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Satisfaire ses partisans sur tous les fronts : le défi de Jason Kenney

Menacé politiquement tant sur sa gauche que sur sa droite, le premier ministre albertain devra réaliser l'impossible pour satisfaire toutes les personnes qui l'ont élu au cours de la prochaine session législative.

Jason Kenney fait un discours à un podium.

Jason Kenney devra montrer des résultats aux personnes qui l'ont élu s'il veut garder leur appui.

Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

Audrey Neveu

Depuis qu’il a pris le pouvoir, au printemps 2019, la cote de popularité du premier ministre albertain, Jason Kenney, ne cesse de chuter. Entre juin 2019 et août 2020, elle est passée de 61 % à 42 %, selon l’Institut Angus Reid. Autant des conservateurs modérés que les conservateurs très partisans sont déçus de son gouvernement, mais pour des raisons très différentes.

Le froid surprend lorsqu’on entre dans la petite usine de fabrication de minéraux de Lee Eddy, à Innisfail, près de Red Deer. Depuis plus de 30 ans, l'homme aux petites lunettes ovales et au rire facile fabrique des suppléments nutritifs pour animaux d’élevage, un produit en forte demande chez les agriculteurs de la région.

Depuis plus longtemps encore, Lee Eddy vote conservateur : d’abord partisan du parti Wildrose, il a ensuite appuyé le Parti conservateur uni (PCU) en 2019, après que Jason Kenney eut fusionné les partis de droite albertains. J’étais un peu anxieux à cause des années NPD, mais j’étais aussi très optimiste, se rappelle-t-il dans un éclat de rire.

Lee Eddy fait une visite guidée de son usine de fabrication de suppléments nutritifs pour animaux.

Lee Eddy a été président d'association pour le Parti conservateur uni jusqu'en 2019.

Photo : Radio-Canada / Richard Marion

Il a déchanté depuis. À son avis, le premier ministre n’a pas tenu sa promesse d’éliminer la bureaucratie inefficace, n’a pas été assez ferme face à Ottawa, et surtout, il considère que les électeurs ruraux lui sont acquis. Le projet de mine de charbon de Grassy Mountain, dans le sud-ouest de la province, l’inquiète particulièrement, car les risques de contamination sont trop grands.

Les agriculteurs de la région se disent : "On dirait que ce gouvernement veut nous frustrer tous les deux ou trois mois." Ils sont vraiment en colère.

Lee Eddy, entrepreneur et électeur conservateur

Bien qu'ils soient nombreux à critiquer le premier ministre derrière des portes closes, rares sont ceux qui osent parler publiquement comme Lee Eddy.

Combien d’entre eux ne voudraient plus voter PCU, se demande-t-il à voix haute. Je ne sais pas, mais s'ils restent au sein du PCU, c'est qu’il n’y a pas de réelle solution de rechange conservatrice en ce moment. Lui-même n’est pas prêt à quitter le bercail conservateur uni, mais il pourrait se laisser convaincre si un autre parti politique conservateur se formait au niveau provincial.

Jason Kenney vulnérable sur plusieurs fronts

Le plus grand danger qui guette Jason Kenney et son parti est que les électeurs de droite insatisfaits se regroupent et s'organisent, selon le politologue au Campus Saint-Jean, de l’Université de l’Alberta, Frédéric Boily. Il croit que Jason Kenney doit faire particulièrement attention de ne pas aliéner sa base électorale dans les circonscriptions rurales.

La façon dont le gouvernement PCU se comporte envers les régions rurales est extrêmement difficile à comprendre, affirme-t-il.

Aujourd’hui, les conservateurs gagneraient encore la plupart des circonscriptions, mais ils n’envoient vraiment pas un bon message aux électeurs ruraux.

Frédéric Boily, politologue, Campus Saint-Jean, Université de l'Alberta

Jason Kenney a promis des emplois, une meilleure économie et des pipelines. Les trois promesses ne sont pas encore réalisées aujourd’hui, rappelle quant à lui le politologue de l’Université Mount Royal Duane Bratt.

Il essaie de gérer la catastrophe économique créée par la COVID-19, ce qui l’a rendu plus dépendant envers Ottawa, alors que certains groupes veulent qu’il soit plus combatif avec Ottawa. Jason Kenney s’est vraiment placé dans une situation intenable, croit-il.

Jason Kenney et Justin Trudeau se serrent la main.

Jason Kenney fait très souvent de son homologue fédéral Justin Trudeau la cible de ses critiques.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Un conflit qui déplaît

Tout comme Duane Bratt, Frédéric Boily croit que le conflit avec les médecins en pleine pandémie aura des répercussions négatives sur ses partisans, en raison de la menace d’exode des médecins des régions rurales. Ce conflit a également largement déplu à ses partisans modérés, qui pourraient se rallier au NPD. Un sondage de la firme Angus Reid plaçait d’ailleurs le NPD et le Parti conservateur uni au coude-à-coude à la mi-septembre, le PCU ayant perdu près de 30 % des appuis qu'il avait obtenus lors de l’élection de 2019.

Il est menacé de tous les côtés, résume Duane Bratt. Il ajoute que l’attitude extrêmement combative de Jason Kenney ne fait qu’allonger sa liste d’ennemis et rogne très rapidement ses appuis.

Selon lui, c'est pourquoi Jason Kenney maintient une discipline de fer dans ses rangs, mais autorise le député Drew Barnes à le critiquer, histoire de créer une soupape pour les électeurs de droite insatisfaits. Plus d’une dizaine de personnes qui votent conservateur nous ont d’ailleurs confié qu'elles hésitaient à critiquer publiquement le gouvernement conservateur uni par crainte de représailles.

Conscient de cette pression, Lee Eddy invite les partisans des conservateurs à avoir des discussions constructives pour faire part de leurs critiques du gouvernement conservateur uni plutôt que de les taire. Je crois qu’en fin de compte il vaut mieux essayer de changer les choses de l’intérieur, conclut-il.

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