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Langues officielles : le cabinet de Blaine Higgs a manqué à ses obligations

Blaine Higgs place un écouteur dans son oreille droite.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, écoute l'interprétation simultanée d'une question qui lui est posée, le 3 avril 2020, à Fredericton.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le cabinet du premier ministre Blaine Higgs n’a pas respecté ses obligations linguistiques, dictées par la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick, en exigeant d’une journaliste qu’elle communique en anglais, plutôt qu’en français, lors d’une conférence de presse le printemps dernier.

C’est ce que conclut le Commissariat aux langues officielles du Nouveau-Brunswick après avoir examiné la plainte de la journaliste Isabelle Larose, de Radio-Canada.

Mme Larose soutenait qu'il y avait des lacunes en matière de prestation de services en français, et la commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, Shirley MacLean, lui donne raison dans sa décision rendue le 30 septembre.

Lors d’une conférence de presse sur l’évolution de la COVID-19 au Nouveau-Brunswick le 25 mars 2020, la journaliste Isabelle Larose, qui travaille à Radio-Canada en Gaspésie, avait posé une question au premier ministre Blaine Higgs sur des ententes interprovinciales entre le Québec et le Nouveau-Brunswick.

Elle a posé une question en français, mais on lui a demandé de la répéter en anglais. Après deux tentatives, elle n’a eu d’autre choix que de la poser en anglais pour obtenir une réponse, en anglais, du premier ministre Higgs.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Extrait de la conférence de presse du 25 mars 2020

M. Higgs, qui a des rudiments de français et lit fréquemment quelques phrases dans cette langue lors d'allocutions, ne parle pas couramment le français et répond presque toujours en anglais aux médias francophones.

Dans sa réponse au commissariat, datée du 10 juin, le premier ministre affirme que la situation survenue en mars était le résultat d'une erreur.

[L]es nouveaux protocoles révisés feront en sorte que cela ne se reproduise pas, écrit-il. Maintenant, le modérateur de la conférence téléphonique indique aux journalistes qu'ils ont le droit de poser leurs questions en anglais ou en français. Ce protocole a été mis en place peu de temps après cet incident et continuera d'aller de l'avant.

Cette précision est effectivement donnée par le modérateur depuis l’incident.

Des écouteurs sont fournis aux participants qui en ont besoin. Ils permettent aux personnes qui les utilisent d'entendre la question en anglais si elle est posée en français, poursuit le premier ministre dans sa réponse à la commissaire.

Depuis l’incident, on a vu Blaine Higgs se servir régulièrement d’écouteurs avant de formuler une réponse en anglais.

Blaine Higgs vêtu d'un t-shirt rouge sur lequel on peut lire « Thank A Trucker ».

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, écoute l'interprétation simultanée d'une question qui lui est posée le 15 mai 2020.

Photo : Radio-Canada

On précise aussi que deux interprètes de la langue des signes sont présents aux conférences de presse sur le coronavirus. Une personne interprète la langue des signes américaine (ASL) et l'autre la langue des signes québécoise (LSQ).

Quant aux mesures mises en place pour assurer un usage équilibré des langues officielles, le premier ministre souligne que le modérateur des conférences de presse est bilingue, que des services d'interprétation simultanée sont utilisés, et que le gouvernement provincial diffuse ses points de presse sur la COVID-19 par l'entremise de deux chaînes YouTube, l'une en français et l'autre en anglais.

La commissaire plus ou moins convaincue

La commissaire aux langues officielles se satisfait de certaines des mesures en place, qui permettront à son avis d'éviter qu’un membre des médias francophones soit encore une fois obligé de poser une question en anglais.

En revanche, elle est moins convaincue des autres prétentions du cabinet du premier ministre.

Shirley MacLean, pose, souriante.

Shirley MacLean, commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, en novembre 2019

Photo : CBC/Shane Magee

Si des écouteurs permettent d'entendre la question en anglais si elle est posée en français, la commissaire espère que l'inverse est aussi vrai, et que les personnes qui utilisent ces écouteurs peuvent entendre en français les questions qui sont posées en anglais.

Il est clair que de nombreuses personnes dans cette province comprennent mieux le français que l'anglais et qu'il y a aussi des personnes qui ne comprennent pas l'anglais, rappelle la commissaire.

Enfin, le Commissariat soupçonne que le cabinet du premier ministre ne comprenne pas ce que l'on entend par usage équilibré du français et de l'anglais dans les conférences de presse et les annonces publiques du gouvernement.

[L]'objet de la Loi sur les langues officielles est d'assurer un traitement égal aux deux langues officielles de la province. Par conséquent, une langue qui n'est disponible que par la voie de la traduction n'est pas traitée d'une manière égale à l'autre, rappelle le Commissariat.

Bien que personne ne soit tenu de parler une langue qu'il ne maîtrise pas, il serait important de demander aux intervenants qui en ont la capacité de s'exprimer plus souvent en français afin d'assurer un équilibre dans l'usage des deux langues officielles lors de tels événements, écrit-on.

Deux recommandations

Le Commissariat aux langues officielles du Nouveau-Brunswick fait au cabinet du premier ministre Higgs deux recommandations :

- que le gouvernement provincial ait un porte-parole francophone ou bilingue lors des conférences de presse;

- que l'ensemble des pratiques en matière d'emploi des deux langues officielles lors des mises à jour ou des conférences de presse [...] soit revu, afin d'assurer un usage équilibré des langues officielles.

Blaine Higgs écrit sur une feuille et Jennifer Russell parle.

Blaine Higgs et la docteure Jennifer Russell le 24 avril 2020 à Fredericton, lors d'un des fréquents points de presse visant à informer le public sur l'évolution du coronavirus

Photo : Radio-Canada

Depuis le début de la pandémie, le gouvernement du Nouveau-Brunswick organise régulièrement des points de presse pour informer la population. La médecin hygiéniste en chef de la province, la Dre Jennifer Russell, y participe presque toujours. Elle parle couramment le français et utilise les deux langues lors de ses présentations. Ce n’est pas toujours le cas pour les autres intervenants, dont le premier ministre.

La commissaire aux langues officielles demande aussi au cabinet du premier ministre d'imaginer ce qui se serait produit dans le cas d'une plainte similaire, mais portant sur le manque de communication en anglais : Imaginez qu'un journaliste anglophone assiste à une conférence de presse gouvernementale à Fredericton, qu'il pose une question longue et complexe en anglais, puis que le modérateur lui demande de répéter sa question en français. Cela aurait-il été acceptable?

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