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Analyse

Quand le marketing efficace de Donald Trump se retourne contre lui

Les adversaires du président peuvent lui reprocher bien des choses : son comportement, son attitude face aux différents paliers de pouvoirs, ses politiques parfois extrêmes et ses décisions pas toujours logiques ni adéquates. Mais, s’il y a une chose qui détonne dans ce portrait, c’est l’efficacité de sa campagne d’autopromotion et la réponse massive de ses partisans.

Donald Trump de dos, devant des partisans. Il fait un signe de pouce en l'air à une femme, qui fait la même chose.

Très efficace en 2016, la campagne d'autopromotion de Donald Trump semble faire du surplace cette année.

Photo : Reuters / CARLOS BARRIA

Depuis qu’il a repris le bâton du pèlerin en campagne, Donald Trump multiplie les événements où les centaines, voire les milliers de casquettes rouges convergent avec une énergie qui fait pâlir d’envie les démocrates.

Partout où il va, ses admirateurs arborent fièrement leurs chandails, drapeaux et autres produits dérivés et surtout répètent, quand on leur pose des questions, toutes les lignes politiques lancées soir après soir par leur chef de file.

Si Biden gagne, les États-Unis deviendront socialistes, les banlieues seront assiégées par les hors-la-loi, les démocrates vont éliminer la religion et ils vont vous enlever vos armes à feu . Des propos dictés par le président lui-même lors de ses rassemblements ou dans ses tweets parfois incendiaires et que ses partisans utilisent sans cesse pour justifier leur vote. 

L’ancien président Franklin Delano Roosevelt se retournerait dans sa tombe s’il voyait l’état de la politique aujourd’hui prônée par Donald Trump. La répétition ne transforme pas un mensonge en vérité, disait-il de son vivant. Sauf que la clé d’une campagne de publicité, c’est la répétition, peu importe que l’argument de vente soit vrai ou pas. Ce qu’il faut, c’est qu’il soit persuasif. Dans le cas de Donald Trump, persuasif il l’est. Et d’une redoutable efficacité. 

L’efficacité de la simplicité

Lors de la campagne de 2016, le candidat Trump, qui a fait fortune notamment grâce à ses émissions de téléréalité, a bien compris qu’il faut juste marteler deux ou trois thèmes sans arrêt afin qu’ils rentrent dans la tête des gens. Build a wall (construire un mur) pour stopper l’immigration. La santé? Remplacer l'Obamacare. Les traités internationaux et le commerce? America First! (L'Amérique en premier) La corruption de Washington? Drain the swamp! (Assécher le marais).

Plutôt efficace, car qui se souvient des positions de la candidate démocrate Hillary Clinton sur l’immigration, la santé et le commerce? On connaît la suite, Donald Trump est devenu le nouveau locataire de la Maison-Blanche.

Des partisans de Donald Trump lors d'un rassemblement.

S'il attire encore des foules impressionnantes lors de rassemblements, Donald Trump semble avoir plus de difficulté à rallier de nouveaux partisans.

Photo : Reuters / CARLOS BARRIA

Socialisme et hors-la-loi

Quatre ans plus tard, le mur à la frontière mexicaine est loin d’être entièrement construit, aucun plan n’a été présenté pour remplacer l'Obamacare et les bagarres commerciales avec l’étranger ont fait souffrir bien des Américains. Quant au ménage de la corruption, le système a été remplacé par un autre, diront certains.

Autant d’accomplissements avec plus ou moins de succès, soit. Mais rien pour décourager les partisans de Trump. Aujourd’hui, pour eux, les nouveaux thèmes ont vite éclipsé ceux du passé. La loi et l’ordre, voter contre le socialisme et sauver les banlieues…

Pendant ce temps chez les démocrates

L'adversaire de Donald Trump, Joe Biden, fait à peine campagne sur le terrain avec, çà et là, quelques dizaines de personnes invitées à participer à ses forums politiques, distanciation sociale oblige. Manque d’enthousiasme? Peut-être. Et ses positions sont plus ou moins connues et relayées, faute d’une bonne force de vente. Quant à trouver des militants démocrates sur le terrain qui font campagne, cela relève du défi.

Biden, l’homme de presque 78 ans, n’a peut-être pas autant d’énergie que son rival, mais après tout, en a-t-il vraiment besoin? Il est en confortable position dans la plupart des sondages nationaux, mais surtout dans une majorité d’États pivots, ceux qui vont décider ultimement du vainqueur. Alors, pourquoi sortir davantage, avec le risque de faire d’éventuelles gaffes?

Des sondages forcément faux

De quoi enrager les partisans du président sortant qui constatent qu’ils sont pourtant des milliers chaque jour à se rendre en chair et en os aux rassemblements pleins à craquer afin de rencontrer leur homme providentiel. Nous sommes nombreux ici et personne chez Sleepy Joe, qui ne sort pas de son sous-sol, déclare souvent le président.

Alors, pourquoi ce décalage entre une campagne de terrain où le redoutable marketing politique fait mouche et les coups de sonde des maisons de sondages donnant presque toutes la victoire au candidat qui ne déplace pas les foules? Sa réponse est évidente : Fake polls, faux sondages… Rappelez-vous 2016, dit-il souvent, ils se sont trompés. Sauf que nous ne sommes plus en 2016, l’effet de surprise est terminé et les avances dans les sondages sont bien plus grandes entre Joe Biden et le président qu’elles ne l’étaient contre Hillary Clinton.

L’arroseur arrosé?

Si sa base est mobilisée au plus haut point, force est de constater que dans les faits, elle semble rétrécir de jour en jour. Donald Trump n’a rien fait pour l’élargir, s’aliénant bien souvent une partie de ce même électorat (évangéliques et femmes de banlieue) dont il a cruellement besoin pour gagner le 3 novembre. Se pourrait-il qu’une certaine fatigue du « trumpisme »  se soit installée chez les Américains? En tout cas, aujourd’hui, ses thèmes de campagne et ses attaques contre ses adversaires sont devenus sa meilleure et sa pire arme. Une arme mobilisatrice contre lui-même. 

Le meilleur exemple? À force d’avoir essayé de détruire la réputation de la poste américaine et de la prise en charge du vote par correspondance par le service postal américain (USPS), il semble avoir réussi à recruter et mobiliser des démocrates pour voter en masse par anticipation, comme en témoigne les files interminables devant les bureaux de vote dans plusieurs États. Plus de 17 millions d’Américains se sont prévalus de ce droit, un record. Même au Texas, une terre habituellement conservatrice. Et malheureusement pour un président sortant, un vote massif par anticipation est souvent un signe de volonté de changement. 

Bref, se pourrait-il que la redoutable efficacité du marketing de Donald Trump soit en train de se retourner contre lui? Si jamais il perd, il ne pourra blâmer qu’une seule personne, lui-même. À moins qu’il ne fasse mentir les fameux sondages…

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