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Suède : « Avec ce genre de pandémie, il faut toujours changer » ses méthodes

Anders Tegnell, le responsable de la stratégie suédoise controversée pour lutter contre la maladie, fait lui aussi face à une reprise des contaminations. L’épidémiologiste en chef du pays doit donc revoir les règles sanitaires et ses concitoyens doivent, eux, s’adapter.

Deux personnes sur le pont d'un bateau, en Suède.

Les Suédois doivent respecter les règles sanitaires comme la distanciation physique.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Anders Tegnell se tient debout au centre de la petite scène. Une main dans la poche, l’autre tenant une télécommande pour changer les graphiques projetés sur les écrans autour de lui. Il parle d’une voix monotone, sans vraiment gesticuler.

La COVID-19 circule plus rapidement parmi les Suédois ces jours-ci. La hausse des cas est notable, au point où le tabloïd national parle de situation considérablement aggravée.

Anders Tegnell, lui, ne laisse paraître aucune nervosité. Il ne voit aucun signe que la situation est hors de contrôle. Il pose son constat : les hôpitaux ne sont pas sous pression, il n’y a que peu de patients aux soins intensifs, le nombre de décès demeure très bas.

Rien à voir, donc, avec ces deuxièmes vagues qui déferlent sur la France, l’Espagne et le Royaume-Uni. La Suède aurait-elle trouvé la solution pour affronter cette maladie sournoise?

Ce qui se passe, explique l’épidémiologiste en chef, c’est ce que nous avions prédit. Une faible diffusion, des flambées dans différentes régions. Avec les mesures en place, elles peuvent être maîtrisées et freinées.

Anders Tegnell regarde la caméra.

L'épidémiologiste en chef de la Suède, Anders Tegnell.

Photo : Getty Images / JONATHAN NACKSTRAND

Un discours de confiance qui trahit un subtil ajustement dans la stratégie suédoise. Ces derniers jours, les appels à la discipline se sont faits plus pressants envers les jeunes Suédois. Des appels presque assourdissants dans le contexte national.

Et puis, les autorités ont refusé d’assouplir l’un des rares interdits qu’elles imposent aux Suédois. Pas question de rassembler plus de 50 personnes en un seul lieu. Même pas pour regarder un match de hockey dans un grand aréna.

Perçue comme un modèle à imiter par certains, la Suède ajusterait-elle finalement ses tactiques à ses voisins européens? L’aveu d’une forme d’échec ou d’une stratégie inadaptée? Ce n’est que du pragmatisme, assure Anders Tegnell.

Avec cette pandémie, il faut toujours changer. Vous devez vous adapter à la nouvelle situation épidémiologique dans laquelle vous vous trouvez. Les contagions augmentent, il faut réagir.

Une figure qui divise

Une position qui peut surprendre venant d’Anders Tegnell. Au printemps, il est devenu le visage du refus suédois d’imposer un confinement à ses concitoyens. Devant les critiques et les dénonciations, il avait gardé le cap.

Une position ferme qui en a fait une sorte de héros pour plusieurs. Sur Internet, on trouve des t-shirts à son effigie. À Stockholm, son visage est parfois utilisé pour rappeler aux clients des restaurants de bien se laver les mains.

Une illustration d'Anders Tegnell placée près d'un robinet.

L'effigie d'Anders Tegnell se retrouve même dans les lieux publics pour inviter les gens à se laver les mains.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Au théâtre La Scala, on a même mis en scène une balade racontant le coup de foudre du pays avec son épidémiologiste en chef. Le chanteur invitant le médecin à le rejoindre en « sexy flanelle ».

Le directeur du théâtre, Michael Lindgren, pense que des compatriotes voient Anders Tegnell comme un bureaucrate prudent et rationnel qui a limité les restrictions au minimum et nous a permis de vivre nos vies.

En effet, même si le télétravail demeure largement pratiqué, les salles de sport et les commerces sont toujours ouverts. Les saunas et les bars continuent d’accueillir des clients.

Anders Tegnell est un peu comme ce père qui vous dit quoi faire en pleine crise, ajoute Gustav Agerblad. Le jeune homme s’est fait tatouer le visage du médecin sur son bras gauche. Je l’admire, car il a toujours été très calme même dans l’adversité.

Gustav Agerblad montre son bras avec le tatouage de la figure d'Anders Tegnell.

Gustav Agerblad porte fièrement le tatouage de son idole sur le bras.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Justement, l’étoile du fonctionnaire a pâli lorsque les Suédois ont pris connaissance de l’importante quantité de décès survenus au printemps, dans un pays qui n’était pas confiné.

Le lourd bilan suédois

Depuis mars, la COVID-19 a tué près de 6000 Suédois, en très grande majorité des personnes âgées de plus de 60 ans et très souvent dans des résidences pour aînés.

Un funèbre bilan par 100 000 habitants, pire que celui de la France et semblable à ceux de l’Italie ou des États-Unis. L’un des plus élevés de la planète.

La comparaison avec les pays nordiques voisins est encore plus sévère : la Suède déplore 11 fois plus de décès (au prorata de la population) que la Norvège.

Une affiche collée sur le sol rappelant les règles de distanciation.

Un rappel de garder ses distances entre les gens.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Anders Tegnell compare la lutte contre la COVID-19 à un marathon plutôt qu’à un sprint et suggère aux autres décideurs de penser en mois, sinon en années.

Il faut penser à la durabilité des consignes aux citoyens, explique-t-il. La population doit se sentir rassurée de voir que vous gérez la situation sur le long terme. Cette maladie ne va pas disparaître. Nous devrons vivre avec pour un bon bout de temps.

C’est la base de la philosophie qui guide la Suède depuis le début de la pandémie : contrôler la circulation du virus en limitant les contraintes imposées aux citoyens.

Des masques pour les Suédois?

L’utilisation des masques pourrait justement confirmer la volonté des autorités suédoises de santé publique d’ajuster leur approche, de s’adapter pour mieux protéger leur population.

Des usagers du métro de Stockholm.

Les Suédois apprennent à vivre avec les risques de contagion à la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Beaucoup de gens se demandent pourquoi nous ne recommandons pas le masque, avait souligné la reine de Suède cette semaine en visitant le quartier général de la Folkhälsomyndigheten, l’autorité suédoise de santé publique.

C’est aussi la question que posent 22 scientifiques suédois, critiques des positions d’Anders Tegnell depuis le début. Parmi eux, Lena Einhorn, une virologue de formation qui limite ses sorties de peur d’être contaminée.

De sa demeure à Stockholm, Lena Einhorn a cependant remarqué un changement dans l’attitude et la stratégie des autorités de santé publique. Elle croit qu’elles ont peur que l’automne soit comme le printemps en ce qui concerne les décès.

La virologue juge la Suède mieux préparée qu’au printemps, et prend en exemple l’augmentation récente des capacités de dépistage et d’identification des contacts d’un malade. Des outils inspirés des expériences asiatiques.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

À Stockholm, sans masque ni grande crainte du coronavirus

Anders Tegnell juge que le masque est une contrainte trop importante à imposer en tout temps à une population. Mais il pourrait en recommander l’usage (avec des confinements localisés) pour contrôler des foyers précis de contamination.

L’homme est fréquemment sollicité par la presse étrangère de passage à Stockholm. Sa stratégie est fréquemment encensée ou critiquée en Europe et en Amérique du Nord. Il répond aux questions avec concision, sans s’attarder pour bavarder.

Avec un détachement très scandinave, il semble véritablement accorder peu d’importance à toutes ces discussions sur sa stratégie. Comme si, peu importe la méthode, les résultats n’étaient pas si différents d’un pays à l’autre.

Anders Tegnell se tient debout devant des journalistes.

Anders Tegnell, médecin âgé de 64 ans, donne une conférence de presse bihebdomadaire.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Les Suédois ont modifié leurs habitudes de vie au moins autant qu’en France ou en Espagne observe-t-il. Les Suédois ont cessé de voyager. Les consignes de distanciation ont été suivies très sérieusement.

Et si ce n’est pas suffisant, promet-il, nous allons changer nos façons de faire dans l’espoir de conserver le faible niveau de contamination actuel.

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