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Itinérance et pandémie : le succès de Lauberivière

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L'édifice de Lauberivière à Québec

Le reportage de Marie Maude Pontbriand

Photo : Radio-Canada / Carl Marchand

Félix Morrissette-Beaulieu

Socialisation chamboulée, heures de repas déplacées et port du masque : à l’image de la société, les personnes en situation d’itinérance vivent de grands bouleversements en raison de la pandémie. Incursion à Lauberivière, un refuge de Québec, qui a poursuivi son mandat de « rallumer des vies » malgré la crise sanitaire.

Soit on est chanceux, soit on est très bon. C'est un des deux, lance en riant le directeur général de Lauberivière, Éric Boulay, pour expliquer le succès des derniers mois.

C’est que depuis la première vague, une seule personne en situation d’itinérance a été déclarée positive à la COVID-19 à Québec, à la suite des dépistages dans des organismes communautaires et mobiles.

Lauberivière n'a connu aucun cas entre ses murs, malgré le passage de plus de 500 personnes quotidiennement.

Depuis le premier jour, on faisait des rencontres quotidiennes pour aller même au-devant des consignes de santé publique et pour mettre des choses en place, précise M. Boulay.

On a pris ça très au sérieux. Résultat : aujourd'hui, il n'y a pas personne qui a attrapé, à notre connaissance, la COVID

Éric Boulay, directeur général, Lauberivière
Éric Boulay, directeur général de Lauberivière

Éric Boulay, directeur général de Lauberivière

Photo : Radio-Canada

Son établissement jouit actuellement de 101 lits et fournit des centaines de repas quotidiennement à ceux qui en ont besoin.

Ce nombre de lits grimpera à 131 lits après le déménagement de Lauberivière, prévue dans quelques mois. À cet endroit, chacun aura sa chambre. D’un point de vue pandémie, c’est un plus, croit-il.

Le futur bâtiment de Lauberivière

Le futur bâtiment de Lauberivière

Photo : Radio-Canada

Bouleversements

Sur la route de la cafétéria, le lavage des mains est maintenant obligatoire. Il s’agit de la première étape avant de faire la file pour recevoir son repas.

Les gens doivent attendre qu’on les appelle pour se servir, contrairement à avant, où ils se servaient eux-mêmes, précise Éric Boulay.

Moi je trouve que c'est efficace, mais c'est chiant en même temps. Comme monsieur Legault dit : vaut mieux se protéger nous autres et protéger les autres, lance Jason, un jeune homme en situation d’itinérance depuis environ 1 an.

Malgré les mesures supplémentaires, Jason est loin de se plaindre, lui qui porte d’ailleurs son masque à l’intérieur.

Ça me permet d'avoir des services. Les intervenants qui sont ici sont super chill et super nice. Ils sont là dans nos démarches pour qu'on puisse s'en sortir

Jason, un jeune homme en situation d'itinérance
Jason est actuellement à la recherche d’un appartement.

Jason est actuellement à la recherche d’un appartement.

Photo : Radio-Canada

Avant la pandémie, il pouvait y avoir jusqu’à 150 personnes en même temps à la cafétéria. C’était bondé. Maintenant, on a une cinquantaine de places. On a diminué de près de la moitié le nombre de gens, ajoute Éric Boulay.

Pas question de faire manger moins de gens, ajoute le directeur général. On a créé un aménagement pour allonger nos plages horaires.

Socialisation chamboulée

Le travail et les services offerts par les intervenants ont aussi été transformés.

La COVID, c'est sûr que pour nous, les intervenants, ça nous a donné une charge de travail supplémentaire pour la désinfection et pour prendre soin de notre clientèle qui nous tient à cœur, explique Laurianne Chabot, responsable du centre de jour à Lauberivière.

Si, avant, le centre représentait un espace de socialisation qui accueillait tout le monde, ce n’est plus le cas aujourd’hui, selon Laurianne.

Laurianne Chabot, responsable du centre de jour à Lauberivière, masquée

Laurianne Chabot, responsable du centre de jour à Lauberivière

Photo : Radio-Canada

Maintenant, c’est seulement la clientèle qui n’a vraiment pas de domicile. On ne peut pas permettre la socialisation des personnes qui venaient jouer aux cartes et venaient faire des activités. Malheureusement, on a dû couper ce service-là pour diminuer le nombre de personnes à l’intérieur.

L'intervenante dit ne pas avoir peur d’aller au travail malgré la situation.

On a mis en place les mesures tout de suite. Depuis mars, on a notre erre d’aller. Je pourrais être au dépanneur et ça serait la même chose

Laurianne Chabot, responsable du centre de jour à Lauberivière

Zone chaude et zone froide

Si le refuge peut opérer actuellement, c’est en raison de son centre de convalescence, situé à 200 mètres de son bâtiment du boulevard Charest. C’est la zone chaude.

Dès que quelqu’un présente des symptômes, on va le rediriger vers le centre de convalescence. Il y a la prise de température, au niveau de la toux et de la perte d’odorat. On ne le prendra pas à Lauberivière s’il présente des symptômes, on va le rediriger vers le centre de convalescence, précise Éric Boulay.

Entre 6 et 12 personnes peuvent se rendre au centre de convalescence quotidiennement. Lorsqu’ils reçoivent un test négatif, ils peuvent retourner à Lauberivière.

Le masque, lorsque possible

Le port du masque est fortement recommandé et distribué à Lauberivière, mais pas obligatoire.

Il y a des gens qui sont très craintifs et ça pourrait être suffisant pour qu’ils ne viennent pas à Lauberivière. En les obligeant à porter un masque, on ne veut pas empêcher les gens de venir, croit Éric Boulay.

Le décret gouvernemental sur le port du masque n’oblige pas les personnes avec des problèmes de santé mentale à porter un masque.

Lorsque tu es en situation d’itinérance, l’estime s’est effondrée. Déjà, aller chercher de l’aide, ça ne fait pas de sens. Aller chercher de l’aide et suivre des règles strictes, ça peut être confondant pour des gens en crise ou avec des problèmes de santé mentale

Éric Boulay, directeur général, Lauberivière

On préfère éduquer les gens pour qu'ils viennent à le mettre d'eux-mêmes que de les forcer, ajoute M. Boulay.

Tous ces efforts de sensibilisation aux mesures sanitaires et le succès de Lauberivière durant la pandémie ne règlent toutefois pas le problème de l’itinérance, qui, lui, grandit, selon le DG.

On sort beaucoup plus de gens de la rue qu’on le faisait avant. Maintenant, il y a plus de nouveaux visages qui arrivent et ça, malgré les meilleures installations du monde, on ne peut pas faire en sorte que des gens sont précipités vers l’exclusion sociale ou l’itinérance, conclut Éric Boulay.

Avec les informations de Marie-Maude Pontbriand

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