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Élections américaines : quel poids aura le vote des expatriés au Canada?

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Steve Nardi à côté d'une pancarte incitant à voter.

Steve Nardi vit à Mississauga, où il est le président de Democrats Abroad Canada. Il pense qu'il y a suffisamment d'électeurs vivant au Canada qui votent au Michigan pour aider à gagner l'État pour Joe Biden le 3 novembre.

Photo : Nick Purdon/CBC

Le Canada compte la part la plus importante d’Américains en âge de voter hors des États-Unis. Leur poids pourrait s’avérer important dans certains États pivots lors des élections. Encore faut-il qu’ils aillent voter.

En 2016, parmi les plus de 825 000 Américains vivant au Canada, plus de 620 000 pouvaient voter lors des élections. Pourtant, à peine 5,3 % de ces électeurs l’ont fait, selon le rapport d’analyse du programme d’aide au vote fédéral du gouvernement américain.


Des milliers de Michiganais vivent dans la région de Windsor, dans le sud-ouest de l’Ontario. En 2016, Donald Trump avait remporté la course avec seulement 10 704 voix d’avance dans cet État.

Pour tenter de rejoindre ces Américains, les partis politiques démocrate et républicain de l'étranger ont accentué leur campagne de persuasion au fil des dernières semaines.

Le poids des électeurs expatriés

Le poids des électeurs américains au Canada demeure toutefois limité notamment en raison du manque de participation, explique Antoine Yoshinaka, professeur de science politique à l’Université de New York à Buffalo.

Il est possible que ça fasse une petite différence ici et là, mais c’est un petit nombre de gens qui vont voter. Ceci étant dit, si vous êtes dans un État où le résultat peut basculer de quelques milliers de votes, ça pourrait faire la différence, mais il faudrait une élection extrêmement serrée, souligne-t-il.

Le professeur rappelle toutefois que les sondages donnent gagnant Joe Biden dans les États pivots avec une certaine marge d’avance. Ce ne sont pas 1000 ou 3000 voix qui viendraient faire la différence. Mais en 2000, George Bush a remporté l’élection et c’est une marge de moins de 600 votes qui a fait la différence en Floride, c’est rien.

Un homme sourit

Antoine Yoshinaka, professeur de science politique à l’Université de New York à Buffalo

Photo : Antoine Yoshinaka

En théorie oui ça peut arriver, mais est-ce qu’on s’attend à ce que l’élection soit décidée en fonction de quelques milliers d’électeurs ici? Ce serait très surprenant.

Antoine Yoshinaka, professeur de science politique

L’expert politique américaine, Donald Cuccioletta, abonde dans le même sens. C’est important d’aller voter si on en a le droit, mais je ne pense pas que les impacts [des électeurs du Canada] sont énormes, soyons honnêtes, dit-il.

Selon lui, c'est d'ailleurs pour cette raison que les États ne viennent pas chercher les électeurs à l'étranger. Ceux travaillant dans les forces armées ou dans les ambassades sont en revanche importants pour les partis, mais aussi d’ordinaire plus impliqués dans la politique américaine.

Les instances électorales suivent où vous déménagez dans certains pays, mais aux États-Unis c’est très décentralisé. Ça met tout le poids sur l’électeur pour chercher et trouver les informations, ajoute Antoine Yoshinaka.

Manque d'incitatifs au vote

Les Américains votent d'ailleurs peu, même quand ils vivent au pays.

On sait que voter aux États-Unis ce n’est jamais facile, même sur place, et pourtant ils se disent une grande démocratie. Il faut discuter avec son employeur pour avoir une heure pour aller voter le jour du scrutin, alors depuis l'étranger entre l'inscription en avance, le vote par la poste... C'est assez pour semer le doute de certains, explique Donald Cuccioletta.

Donald Cuccioletta, chercheur de la chaire Raoul-Dandurand

Donald Cuccioletta, chercheur de la chaire Raoul-Dandurand

Photo : Radio-Canada

Grace Nosek, elle, ne compte plus ses heures de bénévolat pour inciter ses compatriotes à voter. Vancouver, où elle réside, compte le plus d'électeurs américains (en 2016, ils étaient 183 155, selon le rapport du programme d’assistance fédérale au vote). Elle est originaire du sud du New Jersey.

La jeune femme est diplômée de l’école de droit de Harvard et poursuit actuellement un doctorat en droit à l’Université de la Colombie-Britannique, où elle étudie l’industrie des combustibles fossiles et les changements climatiques.

Pour elle, il ne fait aucun doute que les électeurs du Canada peuvent avoir un impact sur l’avenir climatique. Les gens se concentrent souvent sur des actions personnelles pour atténuer le changement climatique, mais malheureusement le public n’a pas pleinement adopté le vote comme action civique qui pourrait être déterminante, regrette-t-elle.

Grace Nosek

Grace Nosek, électrice américaine vivant à Vancouver

Photo : Grace Nosek

Cela pourrait revenir à ces 10 000 voix au Michigan, en Pennsylvanie et au Wisconsin qu’on avait eues en 2016. Tout vote marginal que nous obtenons a une chance de faire basculer cette élection.

Grace Nosek

Haden McKay, lui, vit depuis 12 ans à Windsor, mais travaille de l'autre côté de la frontière, au Michigan. Il a toujours voté dans son pays. Cette année, l'élection lui paraît encore plus importante.

Un homme souriant tenant son violoncelle est assis devant un piano sur lequel repose des feuilles de musique.

Haden McKay, électeur américain vivant à Windsor.

Photo : Nadine Deleury

Il se peut que des gens se sentent moins intéressés, mais j’ai l’impression que tout le monde aimerait voter pour ces élections, car ils savent que l'impact est important partout. L’enjeu est plus grand peut-être cette année.

Haden McKay

Il rappelle le récent complot d'enlèvement de la gouverneure démocrate du Michigan pour expliquer les tensions qui entourent cette élection.

Mais ce qu'il craint le plus, c'est la décrédibilisation du vote depuis l'étranger.

Ce qui me dérange le plus, c’est l’attentat au système de vote et de démocratie. Trump lui-même n’arrête pas de dire que c’est un système piégé, qui n'est pas honnête, qu'il y a quelque chose de pas clair dans le vote par correspondance, dit-il.

Il se réjouit toutefois de voir plus d’intérêt cette année pour les élections. J’ai vu plus de panneaux [de campagnes] sur des pelouses à Windsor que d’habitude, pointe-t-il.

Portrait de Steve Nardi

Dans la seule région de Windsor, « près de 30 000 personnes s'identifient comme étant nées aux États-Unis », selon Steve Nardi, président de Democrats Abroad Canada.

Photo : Nick Purdon/CBC

Certains comptent d'ailleurs sur le vote de l'étranger cette année. Le président de Democrats Abroad Canada, Steve Nardi, estime en effet que le vote de ces électeurs pourrait être déterminant pour cette élection.

De nombreux membres du Congrès, des Sénateurs et même quelques gouverneurs attribuent leur victoire aux votants démocrates à l’étranger. Nous pensons que si nous pouvons rallier des votes nous pouvons contribuer à faire une différence, souligne-t-il.

Une affiche électorale sur le porche d'une maison

Des citoyens de Windsor s'affichent en faveur de Donald Trump.

Photo : Radio-Canada / Marine Lefevre

En revanche, du côté des Républicains à l’étranger, le président de l'organisation, Mark Feigenbaum, n’est pas convaincu que les Américains votant du Canada puissent faire une différence dans des États pivots. Il compte davantage sur la mobilisation des électeurs républicains aux États-Unis.

Mais sur le terrain, le parti peut toutefois compter sur de fidèles partisans pour rappeler à leurs concitoyens d'aller voter.

Portrait de Mark Feigenbaum

Mark Feigenbaum est un avocat de Toronto et le président de la section canadienne des républicains à l'étranger.

Photo : Nick Purdon/CBC

Persuader les Américains expatriés à voter

Outre ceux investis au sein d’un parti, il y a aussi des Américains ayant une voix dans l’espace public qui appellent leurs compatriotes à voter cette année.

Le célèbre entraîneur des Raptors de Toronto, Nick Nurse, comme d’autres joueurs de l’équipe l’ont fait.

Je suis un citoyen américain vivant à l’étranger. Et parfois j’ai utilisé cela comme une excuse pour ne pas m’inscrire [aux listes électorales]. Quand j’étais plus jeune, je disais que je ne savais pas comment faire, que je n’aimais pas les candidats. Je ne pense plus avoir d'excuses aujourd'hui. C’est le moment pour tous d’exercer nos droits.

Nick Nurse, entraîneur-chef des Raptors

Il a même été question un moment d’ouvrir l’aréna de la banque Scotia pour amener les électeurs inscrits de Toronto à venir voter. En raison de la pandémie, cette initiative a dû être annulée.

L'entraîneur-chef des Raptors de Toronto, Nick Nurse

L'entraîneur-chef des Raptors de Toronto, Nick Nurse

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Des craintes pour les lendemains

Les poursuites en justice, le recours à la Cour suprême sont probables pour cette élection, selon Donald Cuccioletta. Ainsi que les manifestations dans la rue.

Est-ce que ces manifestants seront armés, paisibles? On ne sait pas. Ensuite ça pourra aller jusqu’en Cour, avec un délai entre les élections et la prise de mandat du nouveau président, précise-t-il.

Donald Trump menace constamment, il dit déjà que le vote des gens sont fraudés, on entend ça quotidiennement. Il ne faut pas avoir peur de le dire : on peut appréhender les lendemains de cette élection.

Donald Cuccioletta, expert en politique américaine

Il craint aussi les jours précédents le vote du 3 novembre. Des gens qui menacent ceux qui vont voter et le problème c'est qu'aux États-Unis, les gens sont armés, des deux côtés, dit-il.

Haden McKay et Grace Nosek appréhendent aussi les lendemains de cette élection, mais se disent qu'ils auront fait leur part et espèrent que cette année, le pourcentage de votants sera un peu plus élevé.

Comment voter depuis l’étranger?

  • Le site internet https://www.votefromabroad.org/ (Nouvelle fenêtre) aide les électeurs à l'étranger
  • Les électeurs s’inscrivent sur le site FVAP.gov (Nouvelle fenêtre) en utilisant leur dernière adresse aux États-Unis
  • Le bulletin électronique est envoyé par courriel et doit être imprimé
  • Le votant doit remplir son bulletin en secret (il faut signer un formulaire pour attester que ce vote a lieu en privé)
  • Une fois que le tout est rempli, il suffit de le poster
  • Environ une semaine après l’envoi du bulletin, un courriel confirme que le vote a été reçu, il est même possible d'aller vérifier sur le site internet que le vote a bel et bien été compté
  • La date limite à laquelle votre bureau électoral doit recevoir votre bulletin est fixée par chaque État

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