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Le pénis vu par les femmes

Quinze autrices ont écrit des nouvelles sur le pénis dans un recueil qui sort le 20 octobre prochain.

Différents pénis sont illustrés sur la page couverture sur un fond rose.

La couverture du recueil de nouvelles « Projet P. Quinze femmes parlent de pénis »

Photo : Cécile Gladel

Cecile Gladel

L’idée que des femmes parlent de l’organe masculin dans un recueil de nouvelles a suscité le débat dès l’annonce de Projet P. Cependant, les autrices se défendent bien de mener une charge contre les hommes. Au contraire, il s’agit d’une invitation au dialogue.

Des hommes dans mon entourage étaient fâchés. Une question surgissait : Comment réagirait-on si 15 hommes écrivaient sur le vagin?Ma réponse est que les hommes ont écrit sur le vagin et peuvent continuer à le faire, mais la conversation va des deux côtés. Vous parlez de notre corps, on peut parler du vôtre , soutient l’autrice Karine Glorieux, qui a eu l’idée de ce recueil et l’a dirigé.

Un portrait en noir et blanc de l'auteure Karine Glorieux par la photographe Martine Doyon

L'auteure Karine Glorieux

Photo : Martine Doyon

C’est fait avec beaucoup de respect, beaucoup d’empathie et d’amour. Il y a des questionnements, des remises en question, mais il n’y a pas énormément d'attaques. Malgré tout, ce sont des textes féministes. L’un n’empêche pas l’autre , ajoute-t-elle.

L’éditrice du livre, Marie-Noëlle Gagnon, aussi l’autrice d’une des nouvelles, savait que cette parution engendrerait des réactions épidermiques, mais elle pense que ce livre était nécessaire.

Les hommes ont pu discuter du corps de la femme depuis des années. Il est beaucoup plus rare que les femmes discutent de leur rapport avec le pénis.

Marie-Noëlle Gagnon

Ce recueil est aussi une manière pour les autrices d’aller au-delà des stéréotypes, ce qui semble plus facile à faire quand on parle du corps des autres. Je ne veux insulter aucun homme, mais j’ai lu des textes d’hommes qui parlaient de leur pénis et j’ai souvent l’impression qu’on revient à des histoires de performance et de taille. C’est parfois difficile d’accepter la vulnérabilité, pense Karine Glorieux.

Aller au-delà de la blague et de la vengeance

L’objectif était donc de parler différemment du pénis et d’approfondir le sujet.

Quand on en parle, c’est pour rire. On fait des blagues ou on dénonce, mais que peut-on dire de plus? Il me semble que quelque chose bloque la parole. Il y a rapidement un malaise qui s’installe. Même les hommes parlent peu de leur pénis entre eux. Il y avait de quoi à aller creuser.

Karine Glorieux

Pour celle qui dirige le collectif, il était clair que le livre ne serait pas un règlement de compte ou des dénonciations. Je voulais qu’il y ait quelque chose de l’ordre du dialogue ou du moins une tentative de compréhension de ce qui fait qu’on vit, malgré nos différences, ensemble.

Cependant, elle pense qu’il était impossible de passer à côté de la violence liée à l’usage de l’organe masculin lors d’agressions.

Les différentes nouvelles relatent donc des histoires vraies. On voulait s’éloigner de la fiction pour toucher des cordes sensibles. Les autrices ont choisi le thème qu’elle voulait aborder, précise Karine Glorieux.

Une diversité d’histoires

Si le recueil comporte quelques nouvelles saupoudrées d’humour, la majorité des textes abordent des sujets sérieux, comme l’agression, la vasectomie, l’impuissance et les premiers rapports sexuels.

On ne peut pas nier que le pénis est au cœur d’une diversité d’expériences. C’était voulu, d’avoir une palette diversifiée pour offrir cet ensemble de points de vue. Deux textes abordent une agression, car c’est une réalité qu’avec le sexe des hommes viennent des abus, souligne Marie-Noëlle Gagnon.

La nouvelle de la journaliste de La Presse Silvia Galipeau traite de la manière dont un pénis peut changer notre rapport au monde, soit en racontant l’histoire d’une personne transsexuelle qui l’a rejeté et renié.

Portrait en couleur, en plan rapproché, en légère plongée, de Suzanne Myre. La femme sourit, regarde la caméra et porte un foulard sur ses cheveux.

L'autrice Suzanne Myre

Photo : Sarah Scott

L’écrivaine Suzanne Myre, qui a écrit de nombreux recueils de nouvelles où l’humour est bien présent, a abordé l’impuissance masculine dans son histoire. Elle avoue avoir hésité avant d’accepter de participer à ce collectif.

Je trouvais que c’était risqué et je ne peux pas dire que la question du pénis m’intéresse tant que ça, surtout que je suis en ménopause, alors plus il est loin de moi, mieux c’est. Puis, j’en ai un à domicile, donc c’est assez compliqué à gérer. Quand la switch est à off et que même les hormones bio identiques ne font rien, je me dis que c’est fini, je suis bonne pour la poubelle. Mais j’ai la chance d’avoir un conjoint gentil et compréhensif.

Suzanne Myre

Puis, elle a décidé de plonger, car elle avait déjà écrit une nouvelle de quelques pages qui traitait de l’impuissance d’un ancien conjoint.

Finalement, je me suis bien amusée avec ça, j’étais contente. Je me sens quand même à part dans ce groupe. Je n’ai pas l’habitude de participer à des collectifs avec autant de monde, mais j’aime le fait que ça ne m’oblige pas à porter seule le poids de la publication, précise Suzanne Myre.

Fanie Demeule souriant dans un studio de radio.

L'autrice et doctorante en études littéraires Fanie Demeule

Photo : Radio-Canada / Thomas Lafontaine

De son côté, l’autrice Fanie Demeule relate dans sa nouvelle une première expérience sexuelle, une agression, qui se déroule lors d’un jeu de rôle mettant en scène des personnages des temps médiévaux.

J’ai voulu jouer sur le principe de quelque chose de médiéval, avec la connotation dépassée et vieillotte. En même temps, ce qui est terrifiant, c’est que les événements de cet été [les dénonciations d’agressions alléguées sur les réseaux sociaux, NDLR] ont eu une drôle de coïncidence avec la publication de ma nouvelle dans le recueil. Il faut se rappeler que ce qui nous apparaît daté et arriéré est encore présent aujourd’hui. C’est pour ça que j’ai choisi le Moyen Âge, qui permet dans certains cas de légitimer les comportements problématiques, explique Fanie Demeule.

Une autre autrice, Chloé Varin, a écrit une nouvelle très personnelle sur la première vision d’un corps de garçon par une jeune fille. C’est un peu une façon détournée de parler de moi sans parler de moi. Je suis très pudique, je m’exprime rarement sur les réseaux sociaux. Ç’a été ma façon de contourner le sujet, tout en plongeant. Mon texte est assez pudique, pense-t-elle.

Chloé Varin en entrevue à la radio.

L'autrice Chloé Varin

Photo : Radio-Canada / Vicky Lefebvre

De son côté, Karine Glorieux aborde la vasectomie de son conjoint avec douceur et amour. C’est aussi un questionnement sur le passage du temps. Je parle aussi beaucoup du couple.

Un livre pour apprendre

Outre l’intérêt que présentent les différentes histoires, Karine Glorieux, qui est professeure, avait envie que ce livre serve à apprendre des choses au lectorat. J’espère qu’il y aura des lecteurs, car ça peut nourrir la réflexion de tout le monde.

C’est pour cela qu’elle parle de la vasectomie de son mari, à laquelle elle a assisté, ce qui se fait rarement. J’ai accouché trois fois, il était présent et il connaît mon corps. Il était donc naturel pour moi d’y assister. J’en ai parlé autour de moi, et il y avait un malaise. Je disais aux gens que j’avais accouché devant mon chum, donc je ne voyais pas de problème. Pourquoi ça fait autant réagir? En plus, ça dure 15 minutes et ce n’est pas très douloureux. Pour beaucoup d’hommes, c’est impensable, la vasectomie, même pour ceux qui sont très ouverts, soutient l’autrice.

Finalement, Karine Glorieux espère que le livre permettra aux lecteurs de raconter leurs histoires, d’aborder la question des relations entre couple, du rapport à l’autre et de toutes sortes de sujets, en plus de participer à faire avancer les rapports entre hommes et femmes. Et j’espère que les gens ne verront pas ça comme quelque chose de mauvais goût. On n’est pas du tout dans la grosse blague.

Elle reconnaît que toutes les nouvelles, sauf celle de Silvia Galipeau et de Corinne Larochelle, relatent des histoires hétérosexuelles, un aspect qu’elle a réalisé avec les autrices. On s’était dit qu’on espérait que ça ne faisait pas trop hétéronormatif. [...] Cette question était survenue après une réflexion, mais on ne peut pas tout couvrir, conclut-elle.

Le livre Projet P : quinze femmes parlent de pénis sortira que le 20 octobre prochain.

Véritable tremplin pour les écrivaines et écrivains canadiens, les Prix de la création Radio-Canada sont ouverts à toute personne qui écrit, de façon amateur ou professionnelle. Ils récompensent chaque année les meilleurs récits (histoires vécues), nouvelles et poèmes inédits soumis au concours. 

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