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Un nouvel hôpital en Outaouais « attrayant » pour certains étudiants

Quatre infirmières dans un corridor d'hôpital.

Des étudiants croient que le nouvel hôpital va attirer et retenir des professionnels en santé dans la région (archives).

Photo : iStock / Photographerlondon

Radio-Canada

Des étudiantes dans le domaine de la santé en Outaouais se réjouissent de l’annonce de la construction d’un nouvel hôpital et croient que cet investissement permettra d’attirer et de retenir les étudiants dans la région. Mais pour d'autres, les conditions de travail actuelles risquent de nuire aux efforts de rétention.

Le gouvernement du Québec a annoncé mercredi la construction d’un nouvel hôpital de 600 lits en Outaouais.

L’annonce rend perplexes certains intervenants en santé, qui déplorent déjà un manque criant de personnel dans la région. Selon le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais, il manque dans la région environ 300 professionnels de la santé présentement.

Selon Roxane Daboval, étudiante au programme médical de l’Université McGill, campus de l’Outaouais, la combinaison d’un programme offert par l’université montréalaise et l'ouverture d’un nouvel hôpital change la donne pour toute la région.

Je connais des gens qui font leur prémédecine ici et qui viennent de Gatineau alors, de pouvoir faire tes études dans ta ville et de faire ta résidence et de faire des liens avec le personnel de la région, ça augmente les chances que les gens restent après leur formation pour pratiquer dans les soins de santé, soutient Mme Daboval.

Portrait de l'étudiante à l'extérieur devant des conifères.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Roxane Daboval est étudiante au programme de médecine de l'Université McGill campus de l'Outaouais.

Photo : Gracieuseté : Roxane Daboval

Elle ajoute je pense que c'est très attrayant. Ça ouvre des postes. Je pense que l'hôpital va être presque fini quand on va avoir gradué et ça va être la même chose pour ceux qui sont dans les années qui nous suivent.

À savoir si elle-même va rester à Gatineau après ses études, la réponse est moins catégorique. La jeune femme originaire de l’Abitibi-Témiscamingue répond : ça va dépendre de ce que je veux faire plus tard et d’où la vie me mène.

C’est sûr que moi je veux rester dans une petite région, je ne veux pas travailler dans un grand centre. Personnellement c’est ça que je préférerais, conclut Mme Daboval.

Justine Handfield, étudiante en deuxième année au baccalauréat en sciences infirmières de l’Université du Québec en Outaouais croit aussi que le projet de nouvel hôpital change la donne. Grâce au cheminement DEC-BAC, elle en est à sa dernière année dans le programme et travaille comme infirmière à l'Hôpital de Hull.

Portrait de la femme dans son salon.

Justine Handfield est étudiante et infirmière à l'Hôpital de Hull.

Photo : Radio-Canada

Je vois les côtés positifs. Ça va permettre d'ouvrir un nouveau milieu de stage, soutient la jeune femme originaire de Montréal.

À Montréal, il y a plusieurs choix de milieux. En Outaouais, ça se résume par Hull, Gatineau et Buckingham. Tout ce qui est moderne ça va être incroyable comment ça va aider les étudiants et permettre à l'Outaouais de se propulser et être plus avant-gardiste.

Justine Handfield, étudiante et infirmière à l'Hôpital de Hull

Comparé à ce qu'on a aux hôpitaux de Hull et Gatineau, ajoute Mme Handfield, ça va faire du bien de la nouveauté. Ça va apporter de nouveaux étudiants et attirer plus de monde.

Un programme qui affiche complet, malgré une diminution de l’intérêt

Au Cégep de l’Outaouais, on assiste à une baisse des demandes d’admission en soins infirmiers depuis quelques années. Pour la session d’automne en 2018, il y avait 146 demandes d’admission. À l'automne 2020, il y en a eu 126.

D’abord, il faut faire une distinction entre inscriptions et demandes d’admission. Je vous dirais d’emblée que le programme affiche toujours complet, donc 80 étudiantes et étudiants à la session d’automne et 40 à la session d’hiver, explique un porte-parole du Cégep de l'Outaouais par courriel.

Mais avec les demandes qui sont effectivement moins nombreuses, il ajoute cela veut donc dire que le bassin à travers lequel nous devons faire la sélection des candidates et des candidats est moins grand.

Selon Maryse Gaudreault, députée libérale de Hull, la réputation du milieu de la santé n'aide pas à attirer des gens dans la région. Selon elle, un nouvel hôpital n’est pas la solution miracle au manque d’effectifs.

Portrait de Maryse Gaudreault.

Maryse Gaudreault est députée de Hull.

Photo : Radio-Canada / Antoine Trépanier

Il y a eu dans la dernière année des fermetures d'ailes de centres hospitaliers et des sit-in en guise de contestation.

Les infirmières dénoncent l’environnement de travail, dénoncent aussi le temps supplémentaire obligatoire et c’est très difficile pour un jeune qui voudrait travailler dans le domaine de la santé lorsqu’il entend toutes ces doléances.

Maryse Gaudreault, députée libérale de Hull

Je ne suis pas certaine qu’il [l'étudiant] aurait un intérêt à s’investir et s’inscrire dans des formations en santé, ajoute la députée.

Amélie Barrette, étudiante de troisième année au baccalauréat en sciences infirmières à l’Université du Québec en Outaouais ne croit pas non plus que le nouvel hôpital est la solution pour attirer et retenir du personnel qualifié dans la région.

Originaire de Gatineau, elle envisage de quitter la région pour pratiquer son métier.

Je ne pense pas que ça va avoir l'effet que le gouvernement veut parce que le gros problème ce sont les conditions de travail et non le milieu de travail comme tel, explique Mme Barrette en entrevue à Radio-Canada.

La femme regarde droit dans la caméra lors d'une entrevue Skype.

Amélie Barrette est étudiante de troisième année au baccalauréat en sciences infirmières à l’Université du Québec en Outaouais.

Photo : Radio-Canada

Le gros problème c’est le manque de personnel qui fait en sorte que les infirmières ont des conditions qui sont vraiment difficiles. Elles ont des ratios, c'est insensé, une infirmière pour 10-12 patients qui sont super instables, souligne-t-elle à titre d'exemple.

La proximité avec l'Ontario nuit aussi à la rétention du personnel qualifié en Outaouais. Les salaires plus intéressants et des conditions de travail qui semblent meilleures incitent des professionnels de la santé de l'Outaouais à choisir de travailler en Ontario.

C'est comme un cercle vicieux, ajoute l'étudiante Amélie Barrette. Les conditions ne s'améliorent pas, les gens partent, moins il y a d'infirmières, moins on a envie de rester. Et le salaire va faire la différence aussi puisque les infirmières qui sortent de l'école sont payées moins que la nouvelle cohorte de préposés aux bénéficiaires du premier ministre Legault.

Plus de contrats à temps complet, la solution?

Selon Josée Filion présidente-directrice générale du CISSS de l’Outaouais, augmenter le nombre de personnes qui occupent des postes à temps complet améliorerait les conditions de travail et permettrait de répondre au problème de main d’œuvre.

Mme Filion souhaite que plus d'infirmières prennent des postes à temps complet. Selon elle, plusieurs démarches ont été faites au cours des dernières années et les discussions sont toujours en cours.

Josée Fillion en point de presse.

Selon Josée Filion présidente-directrice générale du CISSS de l’Outaouais, augmenter le nombre de personnes qui occupent des postes à temps complet est une piste de solution.

Photo : Radio-Canada

Imaginez-vous si les 2800 infirmières du CISSS de l'Outaouais prenaient toutes un poste à temps complet, explique Mme Filion. Ça serait complètement différent comme offre de service alors que maintenant on a environ plus ou moins 50 % des infirmières qui ont un poste à temps complet; alors je diminue grandement mon bassin de main d'oeuvre.

Mme Filion dit être en discussion avec les syndicats à ce sujet puisque selon elle, c’est la solution pour améliorer le climat de travail dans la région et y attirer plus de travailleurs.

La prise de postes à temps complet va diminuer la pression dans le service, va améliorer le climat de travail et va diminuer les possibilités de temps supplémentaire obligatoire, poursuit Mme Filion. Comme PDG, je ne souhaite pas le temps supplémentaire obligatoire, je sais que ça a un impact important sur le climat de travail et sur la vie personnelle de l'employé qui est visé.

On travaille à identifier des pistes de solution pour éviter que des situations comme cela ne se présentent et pour moi une des pistes importantes, c'est des postes à temps complet, conclut Mme Filion.

Patrick Guay, le président du Syndicat des professionnels en soins de l'Outaouais estime que Mme Filion a raison en disant que ça prend plus de personnel à temps complet.

C'est sûr et certain que le temps complet va aider à diminuer le nombre de quarts qui vont être vacants, soutient-il. Par contre il ne faut pas oublier que si on veut que les gens travaillent à temps complet, il faut régler le problème de surcharge de travail et le problème de ratio professionnels-patients. Sinon, les professionnels ne seront pas tentés de faire du temps complet et du temps supplémentaire en plus de ça.

Selon M. Guay, si des professionnels de la santé choisissent de travailler à temps partiel c’est pour la conciliation travail famille.

Ce n’est pas tout le monde qui veut travailler à temps complet, la conciliation famille, loisir et travail par la suite, c'est ça la nouvelle génération et c'est pour ça qu'on a des solutions pour modifier le temps complet. C'est vers ça qu’on s'enligne syndicalement. On voudrait que le gouvernement accepte, pour le temps complet, qu'il y ait une partie chômée, une semaine de 5 jours et une semaine de 4 jours, ajoute M. Guay.

Le syndicat espère aussi que le CISSS de l’Outaouais prendra tiendra compte du statut particulier de la région pour faire du rehaussement de poste qui permettrait aux infirmières de travailler 8 quarts de travail de nuit dans une période de paie.

Avec les informations de Patricia Sauzède-Bilodeau, Frédéric Pepin et Nafi Alibert.

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