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Les Latinos vont-ils transformer l’Arizona?

Autrefois très républicain, l’Arizona pourrait voter démocrate lors du scrutin présidentiel de novembre. Les Latinos ou Hispaniques forment 30 % de ses 7,5 millions d’habitants. Ils sont au cœur de ce changement. Portrait de quelques-uns d’entre eux.

Des travailleurs et des clients dans un supermarché hispanique.

Un des très nombreux supermarchés pour hispaniques en Arizona.

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Tucson, 550 000 habitants, 2e ville de l’Arizona. Tucson est une ville universitaire, progressiste et peuplée à 45 % de Latino-Américains. Depuis un an, c’est une latina qui dirige la Ville. Regina Romero, 46 ans, est devenue un symbole de la progression de cette communauté en Arizona.

Mes parents étaient des travailleurs agricoles mexicains sans éducation. Tous leurs enfants ont des diplômes universitaires. Et leur fille cadette est mairesse de Tucson. Mais il y a encore des obstacles pour beaucoup d’entre nous. L’accès à la réussite reste limité pour notre communauté.

Regina Romero, mairesse de Tucson
Plan moyen de Regina Romero, souriante.

La mairesse de Tucson, Regina Romero

Photo : Ville de Tucson

Regina Romero est démocrate. Elle a fait campagne sur l’amélioration des écoles publiques, l’investissement dans les quartiers défavorisés et la lutte contre les changements climatiques, un problème de plus en plus urgent en Arizona.

Mme Romero fait partie d’une nouvelle génération de Latino-Américains qui se lancent en politique et qui veulent transformer l’Arizona. Nous sommes de plus en plus nombreux et de plus en plus jeunes, dit la mairesse en parlant de sa communauté. Nous pouvons devenir un facteur décisif dans une élection et encore davantage dans l’avenir.

Pour le moment, ce vent politique latino souffle davantage vers le candidat démocrate Joe Biden que vers le président Donald Trump.

Plan éloigné d'Eduardo Sainz debout dans son bureau.

Eduardo Sainz, directeur de l’organisme Mi Familia Vota pour l’Arizona.

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

L’Arizona était un épicentre du racisme; et maintenant, nous sommes un État serré (Battleground state), dit Eduardo Sainz, le directeur pour l’Arizona de Mi Familia Vota (Ma famille vote), un organisme national qui veut impliquer davantage les Hispaniques en politique.

Eduardo Sainz peut vous parler pendant des heures de l’histoire raciste de l’Arizona, avec les Autochtones, les Noirs et les Hispaniques.

Limitons-nous à l’histoire récente. Entre 1993 et 2017, Joe Arpaio, shérif du comté de Maricopa, qui englobe la métropole de l’Arizona, Phoenix, avait la réputation de terroriser les minorités. Un dur à cuire, qui avait installé une ville de tentes pour immigrants illégaux qu’il comparait à un camp de concentration.

En 2010, l’Arizona promulguait la loi 1070, qui permettait à la police d’arrêter quiconque pouvait avoir l’air d’un immigrant illégal. Cela a terrorisé toute la communauté, raconte Eduardo Sainz, qui était étudiant à l’époque.

Il est vrai qu’à ce moment, l’immigration illégale et le trafic de drogue étaient hors de contrôle. La majorité des électeurs a appuyé la loi. Jusqu’à ce que l’aspect ouvertement raciste émerge. Le but, c’était que nous nous sentions mal, jusqu’au point de quitter l’Arizona, poursuit Eduardo. Il a vu des amis ou des membres de sa famille déménager ailleurs aux États-Unis, ou encore au Mexique.

Mais ceux qui sont restés, comme lui, ont créé des organisations progressistes pour abolir la loi. Ils ont réussi, et le méchant shérif Arpaio a été défait par un démocrate en 2016.

Nous nous sommes dit : assez c’est assez; il faut construire un vrai pouvoir politique qui tient compte de nos valeurs.

Eduardo Sainz

Aujourd’hui, républicains et démocrates sont presque au coude-à-coude au Capitole de l’Arizona. Histoire à suivre.

Trump et « l'intériorisation du racisme »

Plan moyen de Silvia Menchaca dans son restaurant.

Silvia Menchaca, restauratrice

Photo : Lori Weinberg

Chez Silvia’s off the grill, on mange mexicain; plus précisément de la cuisine de l’État de Sonora, qui borde l’Arizona. Les Latinos se trompent quand ils croient que les démocrates vont les aider, nous dit la propriétaire, Silvia Menchaca. Ce sont les républicains qui favorisent la croissance. Silvia est une Hispanique de 3e génération; elle admet qu’elle ne parle pas très bien espagnol. C’est aussi une catholique conservatrice, comme beaucoup de latinos. Les valeurs républicaines lui conviennent très bien.

Il serait faux de croire que tous les Latinos sont démocrates. Mais Silvia Menchaca le reconnaît : La majorité de mes amis latinos sont démocrates. Son seul espoir : Avec Trump, certains commencent à changer d'idée.

Ma fille et son copain étaient des démocrates convaincus. La semaine dernière, elle m’a téléphoné pour me dire qu’elle allait voter pour Donald Trump parce que c’est lui qui représente les gens ordinaires. Je me suis dit : enfin elle a compris, merci, mon Dieu.

Silvia Menchaca

Donald Trump et sa famille courtisent allègrement l’électorat latino de l’Arizona. Est-ce que ça fonctionne? Pas encore sûr. Toute républicaine qu’elle soit, Silvia pense que les immigrants illégaux latinos aux États-Unis devraient obtenir une sorte de chemin vers la citoyenneté. Ronald Reagan, un président républicain par excellence, a légalisé 3 millions d’entre eux en 1986. Mais Donald Trump n’a pas montré beaucoup d’intérêt pour ce genre de réforme. Je crois en lui, il va tout arranger, croit Silvia.

Plan large de Karina Rodriguez, debout, de soir.

Karina Rodriguez travaille pour l’Université d’Arizona à Tucson.

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Je ne comprends pas qu’un Latino puisse voter pour Trump; ça doit être l’intériorisation du racisme, dit Karina Rodriguez, à la porte d’un supermarché mexicain de Tucson.

Karina Rodriguez fait référence aux nombreux propos controversés du président sur les immigrants violeurs et criminels. Et en plus, les républicains locaux ont pratiqué le profilage racial à des niveaux extrêmes, ajoute-t-elle. Et Trump a élevé le niveau de racisme de façon incroyable.

Karina a grandi à Phoenix, qui compte 40 % de Latinos. Mes grands-parents ne parlent pas anglais, précise-t-elle. Dans son quartier, on parlait anglais à l’école et espagnol dans la rue. C’est beaucoup comme ça dans la partie sud de Phoenix.

Et puis elle est allée à Tucson pour poursuivre ses études à l’Université d’Arizona. Ce fut un choc culturel intense, raconte-t-elle. Pour la première fois de sa vie, elle se retrouvait en minorité dans ce milieu très majoritairement blanc.

Heureusement, il y avait les quartiers et les épiceries latinos, où elle pouvait retrouver ses racines.

La jeune femme de 28 ans a fait des études en éducation supérieure et en français. Et après, elle a trouvé un emploi à l’université. Elle s’occupe du recrutement pour la faculté des sciences humaines. Ça a changé ici maintenant, il y a un bureau spécial pour les Latinos, on en voit davantage, ajoute Karina. Et à Tucson, on entend l’espagnol partout. Karina Rodriguez pense que les jeunes électeurs latinos sont politisés et assoiffés de justice. Ils discutent avec leurs parents, leurs grands-parents, et ça peut changer beaucoup de choses, conclut-elle.

Un mur, une ville coupée en deux

Plan moyen de Evan Kory, souriant, devant son commerce.

Evan Kory tient un commerce à la frontière du Mexique.

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Nogales. C’est une ville de l’Arizona… et du Mexique. C’est une ville binationale séparée par un mur, dit Evan Kory, qui a grandi ici. Une sorte de Berlin quoi. Il y a Nogales, Arizona, 20 000 habitants à 95 % hispanique. Et Nogales, Sonora, 250 000 habitants. Et depuis 1995, il y a ce mur qui sépare les deux. Nogales existait avant la création de l'Arizona, donc avant la frontière, dit Evan. Sa famille, qui a des racines libanaises et hispaniques, possède deux magasins sur l’avenue principale de Nogales, Arizona, qui en ce samedi 26 septembre a l’air d’une ville fantôme. Nos clients sont en majorité mexicains et, à cause de la COVID, ils ne peuvent plus franchir la frontière, poursuit M Kory.

Même avant la pandémie, la frontière s’est graduellement transformée.

Il y a eu une espèce de durcissement, des temps d’attentes imprévisibles aux douanes; on dirait que le gouvernement américain essaie de décourager les gens de traverser. À cause de cela, les Mexicains ont tendance à rester chez eux.

Evan Kory, commerçant

Et depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, ça s’est encore compliqué.

Un mur de fils barbelés coupant en deux la ville de Nogales.

Le mur vu de Nogales, Arizona, serti de fils barbelés.

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

En 2018, des militaires sont arrivés et ont installé des fils barbelés accordéons tout au long du mur. Au centre de notre ville, comme si nous étions en guerre, c’était très choquant, dit Evan Kory. Personne à Nogales n’était au courant. Le conseil municipal a protesté, en vain.

À peu près tout le monde à Nogales a de la famille de l’autre côté. Le mur semble irréel pour ces gens. Mais il oblige les migrants à prendre des routes plus dangereuses.

Et voici que pas très loin, le gouvernement américain construit de nouveaux segments, encore plus imposants et plus élevés. De ma cour arrière, je les vois détruire une partie de la forêt nationale pour construire ce mur. Ça n’a aucun sens, soupire Evan.

Car ce mur a aussi des répercussions environnementales. Ce désert de Sonora est riche de biodiversité et le mur massacre tout cela. Bien sûr, le prolongement du mur compte des partisans en Arizona. Mais, selon un sondage récent, c’est moins de 30 % de la population. Evan Kory va, comme la plupart de ses concitoyens de Nogales, voter pour Joe Biden à la présidence.

Ce président est une honte, il promeut la haine, dit-il en parlant de Donald Trump.

Pour écouter le reportage de Michel Labrecque sur l'importance de la communauté latino-américaine en Arizona, cliquez ici.

Le reportage sur la ville frontalière de Nogales a été diffusé à Désautels le dimanche, sur ICI Première.

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