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La pandémie est-elle un problème de métropoles?

Les banlieues ont contribué aux lourds bilans des grandes villes comme Montréal, New York, Détroit et Chicago.

Une femme porte un masque en marchant devant une affiche d'une autre femme portant un masque.

L'épidémie a durement frappé la ville de New York, qui compte près de 250 000 cas. La Ville a déclaré plus de 19 000 morts et croit que 5000 décès supplémentaires seraient également liés à la COVID-19.

Photo : Reuters / SHANNON STAPLETON

Le premier ministre François Legault continue de dire qu’il faut comparer la situation au Québec avec celles des « six équipes originales » du hockey : Chicago, Détroit, Boston, New York, Toronto et Montréal. Et pourtant, en regardant les données, seulement une ville semble suivre le même rythme de propagation que Montréal.

Ils sont à la même place ou pire que nous, a-t-il dit récemment. Il y a une exception : c’est Toronto. C'est quoi la différence? J'aimerais avoir la réponse.

Nous avons analysé les données de ces six villes. Le constat : la situation à Montréal ressemble davantage à celle de Chicago et n’a rien à voir avec celles de Boston, New York ou Détroit.

Au printemps, New York, Boston et Détroit ont dépassé les 60 nouveaux cas par jour par tranche de 100 000 habitants. En comparaison, Montréal n’a jamais dépassé la barre des 30 nouveaux cas pour 100 000 habitants. Toronto est l’exception : la Ville Reine n’a jamais connu plus de 12 nouvelles infections par jour pour 100 000 habitants.

Rappelons que le gouvernement du Québec estime que d’avoir plus de 10 nouveaux cas par jour pour 100 000 habitants indique une transmission communautaire élevée.

Cet été, toutes ces villes ont connu une certaine accalmie. Le nombre de nouveaux cas a recommencé à augmenter, mais à des rythmes bien différents. Si New York, Boston et Détroit ont connu une première vague catastrophique, le début de leur deuxième vague n’est pas aussi exponentiel. En fait, New York n’a pas dépassé les 10 cas pour 100 000 habitants depuis juin; Détroit depuis juillet.

Par contre, Montréal, Boston et Chicago connaissent un début de deuxième vague plus rapide. À la fin septembre et au début octobre, Montréal, Boston et Chicago ont dépassé les 10 nouveaux cas pour 100 000. Montréal a même dépassé le seuil de 20.

En ce qui a trait aux décès, Montréal n’a jamais dépassé les 5 morts pour 100 000 habitants. New York et Détroit ont eu un taux un peu plus élevé, mais les autorités estiment que ces données sont sous-estimées. Par exemple, New York estime qu'il manquerait au moins 5000 décès au bilan.

En somme, Montréal – qui est au cœur de la pandémie – n’a certainement pas les meilleurs bilans parmi ces métropoles, mais n’a pas nécessairement une situation aussi catastrophique que celle de New York et de Détroit.

Si Toronto a réussi à être relativement épargnée au printemps, la ville réussira-t-elle à garder son bilan bas? Je n’ai pas trouvé un expert qui peut me donner la recette pour Toronto, a dit en conférence de presse le ministre de la Santé, Christian Dubé.

En effet, difficile à dire si cette recette magique tiendra le coup cet automne, puisque depuis quelques semaines, le nombre de nouveaux cas à Toronto augmente presque au même rythme que celui de Montréal.

C'est également le cas un peu partout à travers le monde. Au cours des deux dernières semaines, plusieurs États américains et pays ont vu le nombre de nouvelles infections augmenter beaucoup plus rapidement qu’au Québec.

Par exemple, la France, qui vient de décréter des couvre-feux dans plusieurs villes, a recensé 359 cas pour 100 000 habitants du 2 au 15 octobre, comparativement à 173,7 cas au Québec et 68,2 en Ontario.

Selon l’OMS, 90 % des cas dans le monde ont été déclarés dans des zones urbaines.

À la mi-septembre, la porte-parole libérale en matière de santé, Marie Montpetit, a affirmé que le Québeca[vait] le pire bilan au Canada, l’un des pires bilans au monde.

Mais si l’on compare le nombre total de cas pour 100 000 habitants de plusieurs métropoles depuis le début de la pandémie, Montréal, se trouve plutôt au milieu du lot, avec un peu plus de 1800. C’est tout de même loin des taux par habitant de New York, Chicago et de Madrid.

Par contre, on remarque que Montréal est parmi les villes avec un nombre de décès pour 100 000 élevé (170).

Le bilan total de Toronto ressemble davantage à celui de Londres.

« Comparer des pommes avec des pommes »

Il faut rappeler qu’il faut prendre toute comparaison avec des pincettes, puisque le nombre de tests effectués et la méthodologie utilisée pour collecter les données sont différents d’un endroit à l’autre. Ainsi, le nombre de cas et de décès est parfois sous-estimé, ce qui peut fausser en partie les comparaisons.

De plus, la dynamique qui explique la propagation d'une pandémie est extrêmement complexe, tient à préciser Shima Hamidi, professeure adjointe à l'école de santé publique de l'Université Johns Hopkins. Plusieurs autres variables peuvent influencer la transmission, dont les caractéristiques démographiques et les disparités socio-économiques.

C'est pourquoi elle croit que si l'on veut comparer des villes entre elles, il est mieux de comparer des villes qui se ressemblent au niveau démographique.

« Si on prend la région métropolitaine de New York, qui compte 20 millions d'habitants, c'est cinq fois plus que la région de Montréal, qui a environ 4 millions d'habitants. C'est un peu comparer des pommes avec des oranges », dit-elle.

Détroit et Montréal ont toutes deux environ 4 millions d'habitants dans leur région métropolitaine. Mais des taux d'obésité et de pauvreté beaucoup plus élevés à Détroit pourraient expliquer en partie pourquoi cette ville a connu davantage de décès que Montréal.

En contrepartie, si Boston et Montréal ont des données sociodémographiques assez similaires, le nombre de décès plus élevé à Montréal pourrait être expliqué par le fait que Montréal compte davantage de personnes âgées.

La densité, un facteur faussement associé à la propagation du virus

Des chaises rouges sur Times Square à New York.

Times Square à New York pendant la pandémie de la COVID-19.

Photo : Associated Press / Seth Wenig

Plusieurs personnes, dont le maire de New York, ont affirmé que la densité avait contribué à la propagation exponentielle du virus dans les villes.

Mais selon une étude de l’Université John Hopkins, la densité n’est pas le facteur principal. En fait, les chercheurs expliquent que la connectivité entre les villes entourant les métropoles est un facteur beaucoup plus important que la densité pour expliquer la propagation de la COVID-19.

Ainsi, les régions métropolitaines, qui ont de nombreuses municipalités avoisinantes étroitement liées entre elles, sont plus vulnérables, selon l'étude publiée en juin dans le Journal of the American Planning Association.

Le virus peut prendre racine dans les villes, mais se propage ensuite dans les banlieues en raison des liens inextricables entre ces régions et parce que les gens voyagent pour le travail, pour voir leurs familles, dit Shima Hamidi, l'auteure principale.

Cette conclusion peut sembler étonnante, dit Shima Hamidi. D’un côté, la densité peut augmenter les contacts, mais d’un autre côté, les études montrent que les gens dans des régions plus denses sont plus susceptibles de suivre les recommandations de distanciation physique.

Mme Hamidi donne l’exemple des plages bondées en Floride en pleine pandémie.

Les gens qui vivent dans des régions qui ne sont pas densément peuplées ont tendance à croire qu’ils sont moins à risque et ils prennent moins de précautions.

Shima Hamidi, Université John Hopkins

De plus, elle dit que les gens mélangent souvent le concept de densité et de grands rassemblements. La densité, c’est combien de personnes habitent à un endroit au pied carré. Mais ce qui contribue vraiment à propager le virus, ce sont les grands rassemblements.

Il peut y avoir de grands rassemblements autant dans les régions très densifiées que dans celles qui sont peu densifiées.

Shima Hamidi, Université John Hopkins

D’ailleurs, on observe également au Canada que ce sont les régions métropolitaines, et non seulement les métropoles qui sont les plus touchées par la pandémie.

Par exemple, les régions de Peel et de York ont des taux d’infection presque aussi élevés qu’au cœur de Toronto. Au Québec, après Montréal, ce sont les régions de Laval, de Lanaudière et de la Montérégie qui ont le plus de cas cumulatifs par tranche de 100 000 (soit 1872 cas pour Montréal, comparativement à 1914 pour Laval, 1162 pour Lanaudière et 927 pour la Montérégie).

Les chercheurs de l'étude ont toutefois observé que les zones les plus densément peuplées avaient des taux de mortalité plus faibles que les zones avoisinantes. Mme Hamidi explique que les régions rurales et plus éloignées ont généralement accès à moins de services de santé, ce qui augmente les risques de mourir de la COVID-19. Nous devons avoir un œil sur ces régions au cours des prochains mois, croit-elle.

Mme Hamidi, qui étudie l'effet de la densification sur la santé, affirme que les villes doivent s’adapter aux défis présentés par cette nouvelle pandémie. Elle croit que la densification des métropoles améliore la qualité de vie de leurs résidents et elle espère que la pandémie ne sera pas utilisée comme excuse pour encourager l'étalement urbain.

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