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2 employés noirs congédiés par Metrolinx déposent une plainte pour racisme systémique

Metrolinx et le Service de police de Toronto affirment qu'ils suivaient simplement les protocoles de sécurité.

Une femme, à gauche, et un homme, à droite.

Josslyn Mounsey et Thairu Taban, deux Afro-Canadiens, ont déposé une requête auprès du Tribunal des droits de la personne de l'Ontario en 2020 affirmant que Metrolinx exerce une discrimination systémique dans ses pratiques d'embauche contre les personnes noires. La Commission des services policiers de Toronto est aussi visée.

Photo : Fournies par Josslyn Mounsey et Thairu Taban

Deux ex-employés de l'agence de transport Metrolinx, congédiés pour avoir échoué leur vérification des antécédents criminels, tentent de trouver un terrain d’entente avec l’agence provinciale et la Commission des services policiers de Toronto.

Thairu Taban, 25 ans, et Josslyn Mounsey, 31 ans, disent ne pas avoir de casier judiciaire.

Ces répartiteurs de sécurité ont été congédiés peu après leur embauche en 2019. Mme Mounsey n’a occupé son poste qu’un jour tandis que M. Taban y est resté quelques mois.

Dans leur requête déposée l'été dernier devant le Tribunal des droits de la personne de l'Ontario, le jeune homme et la mère de trois enfants, tous deux diplômés du Collège Humber en télécommunications d'urgence, soutiennent que Metrolinx exerce une discrimination systémique dans ses pratiques d'embauche contre les Canadiens noirs.

Selon la plainte, la Commission des services policiers de Toronto, qui vérifiait les antécédents criminels des employés potentiels de Metrolinx à l’époque, effectue ces vérifications d'une manière qui discrimine systématiquement les Afro-Canadiens.

Un homme et sa mère sourient. L'homme montre fièrement son diplôme collégial.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Thairu Taban se rappelle ce moment avec sa mère lors de sa remise des diplômes au Collège Humber en 2018. Thairu a un diplôme en techniques policières et un certificat en télécommunications d'urgence.

Photo : Fournie par Thairu Taban

Metrolinx et la Commission des services policiers de Toronto ont déposé des réponses auprès du Tribunal cet hiver, niant avoir fait preuve de discrimination contre M. Taban et Mme Mounsey. Ils affirment plutôt avoir suivi les protocoles de sécurité nécessaires.

Plus d’un an plus tard, une première médiation est prévue pour jeudi entre les parties.

Metrolinx et la police de Toronto rejettent les allégations

Toute allégation de discrimination raciale ou de discrimination systémique nous préoccupe profondément, dit la porte-parole de Metrolinx, Anne Marie Aikins.

L'agence provinciale affirme que, malgré ses demandes, le Service de police de Toronto n’a pas fourni de détails sur les raisons de l’échec des deux employés lors de la vérification de leurs antécédents.

Metrolinx fait désormais affaire avec le Service de police de Cobourg, qui offre des résultats avec plus de contexte.

Nous obtenons les résultats plus rapidement maintenant et avec des informations plus complètes, au-delà de la mention réussite ou échec, affirme Anne Marie Aikins, de Metrolinx.

L’embauche des deux candidats était conditionnelle à leur réussite de la vérification des antécédents par le Service de police de Toronto, rappelle Metrolinx dans sa lettre au Tribunal des droits de la personne de l'Ontario.

Les répartiteurs de Metrolinx doivent passer cette vérification avec succès pour travailler et avoir accès au Centre d’information de la police canadienne (CIPC) dans le cadre de leur fonction.

Je suis dans l’obscurité. Ce n’est pas juste. J'ai travaillé si dur. Je mérite de savoir pourquoi. Josslyn et moi nous battons pour connaître les raisons pour lesquelles nous avons été congédiés.

Une citation de :Thairu Taban

Selon la Commission des services policiers de Toronto, les raisons pour lesquelles une personne réussit ou échoue ne sont pas divulguées, car cela pourrait compromettre les techniques d'enquête.

Nous ne connaissons pas la raison pour laquelle nous avons échoué, raconte Thairu Taban, mais nous présumons que c'est en lien avec un membre de notre famille qui a un casier judiciaire. À cause de cela, la police ne voulait pas qu'on travaille là-bas, ajoute-t-il.

Le Service de police de Toronto a refusé la demande d'entrevue de Radio-Canada. Par courriel, le corps policier n'a pas voulu préciser les critères retenus pour réussir la vérification des antécédents ni si un lien familial avec une personne ayant un casier judiciaire peut disqualifier un candidat.

Ce n’est pas clair. Aucune partie n’a donné des précisions quant à la raison de l’échec. Nous présumons que c’est en raison de leurs relations sociales, explique leur avocat Glen Chochla.

Une femme assise dans les feuilles d'automne avec ses trois enfants.

Josslyn Mounsey, 30 ans, est mère de trois enfants.

Photo : Fournie par Josslyn Mounsey

Josslyn Mounsey et Thairu Taban considèrent qu'ils devraient être jugés en fonction de leurs compétences.

Quand nous avons été sélectionnés pour cet emploi, tout se basait sur nos connaissances et nos habiletés, mais dès que le Service de police de Toronto s’en est mêlé, j’ai eu l’impression que je n’étais plus jugé pour la personne que je suis, dit Josslyn Mounsey.

Ce n’est pas juste. C’est quelque chose que je fais pour améliorer ma vie. La qualité de l’emploi est un facteur qui a un immense impact sur le bien-être et la qualité de vie quotidienne des gens et on nous a volé ça.

Une citation de :Josslyn Mounsey

Elle affirme que le corps policier s’est basé sur d’autres facteurs [comme son entourage] pour en arriver à cette conclusion d’échec.

Malgré cela, ils sont deux des quatre candidats à avoir été sélectionnés pour le poste, après un rigoureux processus de sélection, raconte leur avocat.

L'absence de justification est ce qui choque le plus Me Chochla.

Selon nous, il y a une obligation légale de la part de l'employeur Metrolinx et de la police de justifier la raison du congédiement et la raison pour laquelle la police a déterminé que mes clients n’ont pas réussi la vérification des antécédents, poursuit-il.

Le Service de police de Toronto explique toutefois que le processus est une enquête complète sur une personne et qu'elle n'est pas uniquement basée sur les informations fournies.

Cette vérification faite par un agent est ensuite examinée par un sergent puis un sergent d'état-major pour s'assurer qu'il n'y a pas de parti pris et que le dossier est évalué avec précision par plusieurs personnes. Si une agence nous demande de réévaluer un candidat, nous le ferons, écrit la porte-parole du Service de police de Toronto, Connie Osborne, dans un courriel écrit à Radio-Canada.

Metrolinx n’a pas demandé à ce que ces deux vérifications soient effectuées de nouveau, selon la porte-parole Anne Marie Aikins.

En 2019, le Service de police de Toronto a reçu 194 demandes de vérification des antécédents, 14 (7 %) d'entre elles n'ont pas reçu la mention réussie.

C’est du racisme systémique

Les deux Torontois, nés de parents immigrants, ont grandi dans des quartiers défavorisés de la région. Cet emploi était pour eux une manière concrète d'améliorer leur qualité de vie.

C'était mon premier emploi au gouvernement. C'était la première fois qu'il y avait une pension et tous ces avantages. J'étais super ravi, raconte M. Taban.

Cette situation est l'exemple parfait du racisme systémique, pense Josslyn Mounsey.

Pourquoi les personnes racisées sont-elles scrutées à la loupe? lance-t-elle en entrevue avec Radio-Canada.

Nous avons grandi dans des quartiers défavorisés, mais cet aspect de ma vie devrait-il être un facteur déterminant pour un emploi?

Une citation de :Josslyn Mounsey

Après avoir cumulé les petits emplois pour essayer de joindre les deux bouts, Josslyn Mounsey était fière d'enfin pouvoir mieux soutenir ses trois enfants.

J’étais humiliée, j’étais dévastée, dit-elle en se rappelant sa première et seule journée de travail chez Metrolinx.

Le Service de police de Toronto s’occupe des vérifications des antécédents de plusieurs autres employeurs. Si le corps de police juge que nous ne remplissons pas les critères pour passer cette vérification, il ne nous reste pas beaucoup d'options, ajoute Josslyn Mounsey.

Le système est mis en place pour garder certaines personnes [au bas de l'échelle], pense-t-elle.

Les deux ex-employés noirs auraient été remplacés par Metrolinx par deux employés blancs, selon Me Chochla. Metrolinx n'a pas pu confirmer si c'était le cas.

Réformes demandées

Les deux ex-employés de Metrolinx demandent des excuses officielles. Ils veulent aussi être réintégrés dans leur ancien poste en plus de recevoir une somme de 80 000 $ chacun pour dommages moraux et le salaire perdu en raison de leur congédiement.

Thairu Taban et Josslyn Mounsey exigent également une enquête de la Commission ontarienne des droits de la personne sur les pratiques d'embauche de Metrolinx et les vérifications des antécédents du Service de police de Toronto.

Les présumées victimes et leur conseiller juridique espèrent que Metrolinx et le Service de police de Toronto réévalueront leurs pratiques pour que cette situation ne se reproduise pas.

Il faut que Metrolinx [divulgue] les raisons [de l'échec] et qu’un candidat pour un poste puisse avoir l’occasion de répondre aux préoccupations de Metrolinx et de la police, croit l'avocat.

Sans ces changements, Josslyn Mounsey et Thairu Taban estiment que la discrimination systémique contre l'embauche de personnes noires persistera.

Avec les informations de CBC News

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