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Faut-il s’inquiéter du taux de cas actifs en Gaspésie?

Même si la région a le plus haut taux de cas actifs par 100 000 habitants au Québec, les experts s’entendent pour dire que, dans le contexte, cette statistique est moins alarmante qu’elle n’en paraît.

Le pont qui relie Pointe-à-la-Croix, au Québec, à Campbellton, au Nouveau-Brunswick.

La MRC d'Avignon, en Gaspésie, est notamment aux prises avec de nombreux cas de COVID-19 (archives).

Photo : Radio-Canada / Luc-Manuel Soares

Avec son taux de cas actifs de 250 cas par 100 000 habitants, la Gaspésie est la région québécoise avec la plus forte concentration de personnes infectées par la COVID-19. Une statistique qui serait toutefois attribuable à sa très petite population. Explications.

Même Montréal, avec ses 114 cas par 100 000 habitants, n’arrive pas à la cheville de la Gaspésie qui, la semaine dernière, affichait même un taux encore plus élevé, à 346 cas par 100 000 habitants.

Pour la municipalité régionale de comté (MRC) d’Avignon, durement touchée par plusieurs éclosions au cours des dernières semaines, ce taux grimpe à 699 cas par 100 000 habitants. Il était de 1364 en date du 8 octobre dernier.

Le nombre de cas actifs doit être divisé par la population […] pour avoir un comparatif raisonnable, explique d’emblée Alan Cohen, professeur agrégé à la Faculté de médecine et des sciences de la santé à l’Université de Sherbrooke.

Autrement, il serait impossible de comparer des situations épidémiologiques entre des villes comme New York et Montréal ou de comparer divers pays comme le Canada et les États-Unis.

100 000 personnes, c’est un bassin de population assez grand pour avoir un chiffre interprétable, ajoute M. Cohen qui détient d’ailleurs un postdoctorat en épidémiologie et en biostatistique. Les risques pour les individus deviennent comparables.

Ça indique l’ensemble de ressources que l’on doit mobiliser pour une région, ajoute pour sa part le directeur régional de la santé publique de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, le Dr Yv Bonnier-Viger. Ça nous permet de voir à quel point nos équipes sont étirées ou non et à quel point elles peuvent répondre à la demande.

Or, selon Alan Cohen, cette méthode développe des failles lorsque le bassin de population d’origine est très petit.

Quand on a une très petite population, on n’a pas l’effet de moyenne à travers une grande population. Donc une éclosion peut faire toute la différence et peut faire augmenter ou descendre les chiffres très vite. Selon moi, c’est ce qu’on voit en Gaspésie.

Alan Cohen, professeur agrégé à la Faculté de médecine et des sciences de la santé à l’Université de Sherbrooke

Supposons que l’on faisait le taux pour ma famille de quatre personnes. En ce moment, le taux de cas actifs serait de 0 sur 100 000 habitants, illustre-t-il. Si une personne attrapait la COVID-19, on tomberait à un taux de 25 000 sur 100 000 habitants. Ce n’est pas un chiffre qui serait très représentatif.

L'importance du contexte

Transposée au contexte de la Gaspésie, une petite variation dans le nombre de cas actifs peut effectivement faire bondir rapidement le taux par 100 000 habitants.

Quand on regarde Maria, Carleton-sur-Mer et Nouvelle, on a eu 101 cas actifs suivis [mercredi] et ça nous donnait un taux par 100 000 habitants de 1209, explique le Dr Bonnier-Viger. Ç'a l’air astronomique, mais, en réalité, ce n'est qu'une centaine de personnes.

Cette centaine de cas actifs ne nécessite environ que cinq enquêteurs pour mener l’opération de traçage de cas connexes.

À titre comparatif, lorsque les municipalités de Maria, Carleton-sur-Mer et Nouvelle sont passées au rouge, la région observait un taux entre 1600 et 1700 cas par 100 000 habitants, note Dr Bonnier-Viger.

Yv Bonnier-Viger lors d'un entretien sur Skype.

Le directeur régional de la santé publique de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, Yv Bonnier-Viger (archives)

Photo : Radio-Canada / Capture d'écran Skype

Le directeur régional de santé publique ajoute l’importance de tenir compte d’indicateurs qualitatifs qui mettent en contexte les récentes éclosions qui pourraient faire grimper ce taux.

Par exemple, plus de la moitié des nouveaux cas dans Bonaventure sont des gens qui sont déjà en isolement puisqu’ils avaient été en contact avec des cas précédents. On les avait mis en isolement et ils sont donc malades en isolement, explique-t-il. Ça l’air gros, ça fait beaucoup de cas, mais, pour nous, ça ne représente pas le même danger, car étant donné qu’ils sont déjà isolés il y a moins de risque qu’ils transmettent la maladie à d’autres.

Des véhicules sur la rue principale de Carleton-sur-Mer.

Les villes de Carleton-sur-Mer, Maria et Nouvelle font partie de celles qui sont les plus touchées actuellement en Gaspésie (archives).

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Du côté d’Alan Cohen, le professeur rappelle l’importance des experts pour interpréter des taux qui peuvent paraître inquiétants en surface.

Je vois beaucoup de gens autour de moi qui commencent à douter des experts, mais nous sommes au moment où nous aurons probablement le plus besoin des experts, estime-t-il. Ça ne veut pas dire que tous les experts sont toujours d’accord ou ont toujours raison, mais c’est particulièrement dangereux quand les gens qui n’ont pas d’expertise partent dans toutes les directions avec une statistique.

Le professeur croit alors qu’un équilibre entre la transparence des autorités dans le dévoilement des statistiques et une prudence dans leur interprétation par la population devient essentiel.

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