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Père absent et champion de boxe : la fille de Gaëtan Hart publie une bio coup de poing

Après un peu moins de dix ans de travail, le livre sur la carrière du boxeur de Buckingham, Gaëtan Hart, va finalement trouver sa place sur les tablettes des librairies.

Le boxeur Gaëtan Hart de Buckingham lève la main en signe de victoire après un K.-O. technique.

Le boxeur Gaëtan Hart a connu une carrière marquée par des hauts euphoriques, mais aussi de nombreux bas, loin de sa famille et de ses proches (archives).

Photo : La Presse canadienne / Ian Barrett

Le livre Mon père, Gaëtan Hart a été écrit par la fille du célèbre combattant dont la carrière a été marquée de hauts euphoriques, mais aussi de nombreux bas. Dans cet ouvrage, Mélanie Hart est partie à la recherche d’un père avec qui les relations ont souvent été tendues pour ne pas dire carrément inexistantes.

Gaëtan Hart est un héros de la boxe québécoise dont la réputation n’est plus à faire, mais aux yeux de sa fille jusqu’à la publication de cette biographie, il a toujours été un parfait inconnu.

Souvent absent, préférant de loin la boxe à sa famille, Gaëtan Hart est loin d’avoir été le père idéal. En entrevue, l’ex-champion canadien admet d’emblée qu’il passait beaucoup plus de temps sur un ring qu’à la maison.

Ma carrière était plus importante dans ma vie à ce moment-là.

Gaëtan Hart, boxeur

À l’époque, j’allais m’entraîner partout à travers le monde. Je n’étais pas souvent à la maison, alors mes enfants n’ont pas vraiment eu la chance d'apprendre à me connaître, a-t-il lancé en guise d’explication. C’est sûr que j’ai pas mal négligé ma famille à ce moment-là.

Ralph Racine affronte le champion canadien des poids légers Gaëtan Hart sur le ring.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sur le ring, Gaëtan Hart se donnait à fond. Il ne mettait pas autant d'effort dans ses relations avec ses enfants. Sa carrière était sa priorité, a-t-il dit, en entrevue. Sur la photo, le boxeur Ralph Racine vient d'atteindre Gaëtan Hart d'une droite, lors d'un combat à l'aréna Paul-Sauvé de Montréal le mercredi 7 mai 1980 (archives).

Photo : La Presse canadienne / Ian Barrett

Même si cet ouvrage se veut une biographie sportive, on se rend compte à la lecture des 300 pages du livre que Mélanie Hart s’est avant tout mise à l’écriture dans une démarche très personnelle. Comme des années de travail avec un psychologue, écrire semble lui avoir fait regagner un respect pour son père, et le boxeur derrière, deux personnages finalement indissociables.

C’est l’histoire d’une fille qui décide de faire de la recherche pour savoir c’est qui cet homme-là, a-t-elle précisé sous le regard attentif de son père. En posant des questions, ça m’a appris à vraiment comprendre ce qu’il faisait quand il n’était pas à la maison et pourquoi les gens l’aimaient autant.

Ça m’a appris à mieux le connaître pour ensuite connecter un peu plus [avec lui] et apprendre à faire la paix avec tout ça!

Mélanie Hart

Maintenant, je le comprends, concède Mélanie Hart. C’était plus compliqué [de le comprendre] étant plus jeune, mais là, on est capables de s’en parler et de voir les belles années qui nous restent à vivre ensemble.

Mélanie Hart et son père Gaëtan ont longtemps vécu des moments difficiles.

Depuis la rédaction de son livre, Mélanie Hart semble avoir une meilleure relation avec son père.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul

Une carrière pas comme les autres

À la lecture de cet ouvrage, l’amateur de sports pourrait être déçu; ceux qui connaissent bien le héros de l’Outaouais n’auront pas des centaines de nouvelles anecdotes à découvrir, la plupart étant déjà connues. Le livre est davantage un plongeon dans les réflexions de l’athlète sur sa carrière.

Le champion canadien des poids légers Gaëtan Hart est conduit dans le coin par l'arbitre alors que Ralph Racine titube à son coin lors d'un match à l'aréna Paul Sauvé de Montréal le 7 mai 1980.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Gaëtan Hart est un boxeur reconnu pour la force de ses coups. Lors d'un mémorable combat contre le boxeur Ralph Racine, il est reconduit dans le coin du ring par l'arbitre alors que son adversaire titube. Hart a remporté le match par TKO au 12e round (archives).

Photo : La Presse canadienne / Mas Tsunokawa

Mélanie Hart fournit aussi des explications sur les réussites de son père, mais, surtout, ses échecs. Elle consacre un chapitre complet à la relation qu’il entretenait avec l’alcool et la drogue.

On sent d’ailleurs que ces deux amis-là ne sont jamais bien loin dans la vie de Gaëtan Hart et qu’ils peuvent expliquer, au moins en partie, sa réputation de boxeur lent à démarrer lors de ses duels.

Mes combats ont toujours été comme ça, se défend toutefois le boxeur. Je commençais toujours lentement et je finissais toujours plus fort. C’est comme ça que je gagnais mes combats : le gars s’épuisait et moi je continuais à performer.

Gaëtan Hart lève la main en signe de victoire tout en étant étreint par son entraîneur.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La mort de Cleveland Denny (à gauche) le 3 juillet 1980 demeure un moment marquant de la carrière de Gaëtan Hart. Denny meurt après avoir reçu de nombreux solides coups de Hart. Les deux hommes se connaissaient bien pour s'être affrontés deux ans plus tôt lors d'un Championnat canadien de boxe, comme le montre la photo (archives).

Photo : La Presse canadienne / Chuck Stoody

Bien entendu, le livre aborde quand même dans le détail les grands moments de la carrière du boxeur. De ses victoires en championnat canadien jusqu’à son combat pour une ceinture mondiale perdu contre Aaron Pryor et son tristement célèbre affrontement contre Cleveland Denny, un boxeur mort des suites d’une blessure à la tête quelques jours plus tard.

D’ailleurs, à ce sujet, Gaëtan Hart semble avoir fait la paix avec cet incident. C’est dommage que ces accidents-là soient arrivés dans ma vie, mais il faut apprendre à vivre avec ça, estime-t-il.

Non, je n’ai pas de regrets. J’ai eu une belle vie. J’ai fait ce que j’ai toujours voulu faire dans ma vie.

Gaëtan Hart, boxeur

Mélanie Hart rappelle que son père a été le premier boxeur canadien à combattre durant quatre décennies.

Gaëtan Hart, 46 ans, prend à gauche Mathias Bedburdick du Texas lors d'un combat en six rounds le mardi 29 février 2000 à Montréal.

À 46 ans, Gaëtan Hart fait un retour malheureux à la boxe, alors qu'il affronte à Montréal, le 29 février 2000, Mathias Bedburdick, un Texan, lors d'un combat en six rounds. Ce fut « la plus grosse erreur » de sa carrière, a-t-il admis. Hart a perdu son combat lors de la 3e reprise par TKO (archives).

Photo : La Presse canadienne / PAUL CHIASSON

Cet exploit réalisé lors de son tout dernier combat a cependant eu un certain prix : une dure défaite par TKO au 3e round face à Mathias Bedburdick, à l’âge de 46 ans.

C’était très risqué d’aller se battre à cet âge-là dans un ring, désapprouve toujours Mélanie des années après le combat. J’étais vraiment fâchée parce qu’on ne sait jamais ce qui aurait pu arriver à la fin de ces rondes-là!

Ça aurait pu être lui qui finisse comme Cleveland Denny.

Mélanie Hart

Mélanie Hart déplore aussi le peu d'encadrement dont bénéficiait son père à l’époque. Gaëtan Hart a eu plusieurs problèmes de santé liés aux nombreuses commotions cérébrales subies lors de ses matchs, mais aussi lors de ses combats simulés à l’entraînement durant lesquels il se faisait frapper solidement.

Gaëtan Hart tombe au tapis.

Gaëtan Hart tombe au tapis après avoir été frappé par Mathias Bedburdick lors d'un combat en six rounds le 29 février 2000 à Montréal. Hart a perdu son combat à la troisième reprise par TKO.

Photo : La Presse canadienne / PAUL CHIASSON

Gaëtan Hart mentionne dans son livre avoir vu des étoiles souvent, notamment parce que l’équipement n’était pas ce qu’il est aujourd’hui et protégeait beaucoup moins bien.

Avec la performance des entraînements et la qualité des coachs d’aujourd’hui, c’est sûr qu’il aurait eu plus de potentiel, remarque sa fille. Mais c’est dur à dire. On ne peut pas comparer les époques, a-t-elle conclu, philosophe.

Le boxeur Gaëtan Hart est retraité de la boxe, mais il continue à s'entraîner.

Maintenant à la retraite, Gaëtan Hart dit ne pas s'ennuyer de la boxe. « C'est fini tout ça! J’ai fait ce que j’avais à faire dans ce métier-là et maintenant, je suis bien avec ça. »

Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul

Le crépuscule du Roi de Buckingham

La lecture de cette biographie oblige à la lucidité sur la carrière de Hart, marquée de plus de mésaventures et de tragédies que la moyenne des athlètes. Le boxeur qui avait le coeur gros comme la terre l’a trop souvent eu brisé, notamment en dehors du ring où des investissements malheureux l’ont conduit à un appauvrissement.

Ce livre est un mélange de plusieurs choses. Il est à la fois le journal intime d’une fille qui a trop souffert des absences de son père et de sa passion pour son sport… et le testament d’un boxeur qui a connu une grande carrière, trop souvent teintée par des chutes au tapis difficiles.

La seule personne qui pouvait écrire un livre sur ma vie et ma carrière, c’est ma fille Mélanie.

Gaëtan Hart, boxeur

C’est enfin un guide de réconciliation. Bien que tout ne soit pas toujours parfait, Mélanie et Gaëtan Hart semblent avoir trouvé un certain apaisement dans leurs relations.

Le livre intitulé Mon père, Gaëtan Hart relate la relation tumultueuse entre le boxeur et sa fille Mélanie.

La biographie de Gaëtan Hart a été rédigée par sa fille Mélanie. Il sera disponible en librairie dès le 20 octobre.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul

Le journaliste Jonathan Jobin a rencontré Gaëtan Hart et sa fille Mélanie

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