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Le comportement du maire de La Tuque dénoncé

L’ex-conseillère Caroline Bérubé a porté plainte à la Commission municipale du Québec

Une femme aux cheveux courts gris croise les bras devant l'objectif.

L’ex-conseillère de La Tuque Caroline Bérubé a porté plainte à la Commission municipale du Québec contre le maire, Pierre-David Tremblay.

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Des coups de poings sur la table, un ton agressif et des insultes. Ils sont plusieurs à dénoncer l’attitude du maire de La Tuque, Pierre-David Tremblay.

Caroline Bérubé songeait à rendre son histoire publique depuis plusieurs mois déjà. C’est en apprenant que le conseiller municipal de La Tuque, Luc Martel, a été exclu du comité exécutif par le maire Pierre-David Tremblay qu’elle a décidé de rompre le silence.

M. Martel a perdu son droit de parole dans ces réunions, parce que le maire le soupçonne d’être à l’origine d’une fuite médiatique. Un air de déjà vu pour l’ex-conseillère qui a remis sa démission l’été dernier.

Ça ne se fait pas bâillonner quelqu’un comme ça. Monsieur Martel a été élu par les citoyens et il a le droit de bien représenter ces gens. Aujourd’hui je ne fais plus partie de l’administration municipale. J’accepte de parler, parce qu’il faut que j’explique à la population ce qui se passe réellement au conseil de ville , explique-t-elle.

Selon elle, le maire Tremblay n’hésite pas à hausser le ton contre ceux qui ne partagent pas son opinion. À plus d’une reprise, elle s’est sentie intimidée. Un incident, survenu en pleine séance du comité exécutif le 8 juillet 2019, l’a incitée à porter plainte pour intimidation à la commission municipale du Québec.

Je demandais des explications sur un dossier et on m’interrompait; on me coupait la parole. Monsieur le maire m’empêchait de bien entendre les réponses, dont j’avais besoin pour comprendre un dossier. Ça a dégénéré. Il m’a dit que je ne comprenais jamais rien. Il s’est mis à crier après moi.

Son histoire est corroborée par des gens qui se trouvaient dans la salle.

Ensuite, il a contourné le conseiller qui se trouvait entre nous. Il a frappé sur le comptoir s’est approché de mon visage et m’a dit "Tu vas pleurer ici?, si tu n’as pas les couilles pour faire ça (de la politique), va-t’en. Tu nous nuis plus que tu peux nous aider." Ensuite, il a quitté la salle, relate l'ex-conseillère.

Une avocate comme médiatrice

La conseillère n’avait pas l’intention d’en rester là. Trois jours plus tard, Caroline Bérubé a retenu les services de l’avocate Mélanie Ricard qui a assisté à une rencontre officielle dans le bureau du maire.

Mme Bérubé a fait appel à mes services pour que je l’accompagne lors de cette réunion. Elle disait craindre être de nouveau victime d’intimidation et estimait que ma présence pouvait permettre de calmer le jeu , explique en entrevue Me Ricard.

La présence de cette dernière n’aurait toutefois pas empêché le maire de livrer le fond de sa pensée.

Il avait préparé une liste de reproches qu’il voulait adresser à Mme Bérubé. Il lui a reproché devant moi d’être une manipulatrice, d’être ingérable, de contester son autorité, d’être menteuse, d’établir des complots contre lui avec des journalistes et de faire des fuites. Les reproches ont duré plusieurs minutes et on a très peu parlé durant cette réunion , explique l’avocate.

Ces propos ont vexé la conseillère. Par écrit, elle lui a proposé des pistes de solutions pour assainir le climat. Elle a reconnu certains de ses torts et demandé au maire de changer de comportement à son endroit. Elle a aussi précisé qu’elle n’accepterait plus de se faire rabaisser.

J’ai porté plainte à la commission municipale du Québec. Me taire serait de lui laisser croire qu’il peut continuer d’agir de la sorte avec tout le monde. C’est intolérable. Il aime avoir le contrôle et gère parfois comme une dictature, estime l'ex-conseillère.

Les cheerleaders d’Hydro-Québec

Le maire de La Tuque, Pierre-David Tremblay, ne s’en cache pas. Il fait part de son mécontentement quand les dossiers n’avancent pas au rythme escompté. Il admet préférer négocier avec les hauts gestionnaires. Dans certains dossiers avec Hydro-Québec, il a régulièrement qualifié plusieurs des employés régionaux de cheerleaders , ce que la direction n’a manifestement pas apprécié.

Dans une lettre envoyée au maire de La Tuque en mai 2019, la vice-présidente – communications, affaires gouvernementales et relations avec les Autochtones, Élise Proulx et le président d’Hydro-Québec distribution, Éric Fillion, le somment d’adopter une attitude respectueuse.

Hydro-Québec reconnaît que des propos et agissements irrespectueux du maire de La Tuque envers des membres de son équipe ont dû nécessiter une intervention de la haute direction auprès du maire , confirme Hydro-Québec.

Dans la missive acheminée à Radio-Canada, le porte-parole de la compagnie, Louis-Olivier Batty va plus loin.

Nous rappelons que c’est tolérance zéro envers le harcèlement psychologique, l’intimidation et l’incivilité que ce soit de la part de notre personnel, de notre clientèle ou de nos partenaires. Nous privilégions une collaboration franche, civile et sans discrimination afin de maintenir des relations respectueuses.

Entrevue déclinée

Radio-Canada a tenté d’obtenir les explications de Pierre-David Tremblay qui a refusé la demande d’entrevue aux termes d’un échange d’une quarantaine de minutes. Il affirme que le climat de travail et les réunions tenues avec les conseillers municipaux n’ont pas à être commentés sur la place publique et relèvent de la régie interne.

Le maire a ensuite fournis une liste de travailleurs d’Hydro-Québec avec lesquels il dit entretenir de bonnes relations. Contactée cet après-midi à ce sujet, Hydro-Québec confirme les propos du maire, mais ajoute qu’elle s’attend à ce qu’il adopte la même attitude avec l’ensemble de ses employés. Elle maintient que l’intervention qu’elle a dû faire auprès de M. Tremblay demeure pertinente et justifiée encore aujourd’hui.

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