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Deux ans après la légalisation du cannabis, la compétition fait rage

Le cultivateur de Boaz Pharmaceuticals regarde une fleur de cannabis au milieu des plantes.

Deux ans après la légalisation, les producteurs de cannabis comme Boaz pharmaceuticals tentent de survivre dans un marché encore incertain.

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

Que ce soit dans les rues de Calgary ou dans celles des plus petits villages albertains, les panneaux ornés du mot cannabis ont fleuri en deux ans. Du producteur au détaillant, le marché du cannabis a grossi de manière exponentielle dans la province, mais pas forcément avec la fortune à la clé.

L’usine du cultivateur Boaz Pharmaceuticals, à Calgary, est l’exemple même des promesses du marché du cannabis.

Les plantes grandissent ici dans des conteneurs maritimes. Il y a deux ans, à l’obtention de sa licence, Boaz n’avait que deux salles de production. Aujourd’hui, les conteneurs sont collés les uns contre les autres, à perte de vue.

Le producteur a triplé sa capacité et prévoit de la tripler encore d’ici la fin de l’année.

Un employé de Boaz marche au milieu de murs de conteneurs maritimes.

Boaz Pharmaceuticals prévoit qu'il aura18 salles de production de cannabis dans ces conteneurs maritimes.

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

Deux ans d'apprentissage du marché

Pour en arriver là, Boaz a dû apprendre à saisir les humeurs d’un consommateur tout neuf.

Dans un des conteneurs, le cultivateur en chef, Bill Vasilakakos, montre fièrement son assortiment d'espèces : des fleurs plus ou moins grosses et des odeurs qui vont du bonbon acidulé à la pizza.

Si cette diversité fait son bonheur, elle ne verra peut-être pas le jour en magasin.

Au début, on disait beaucoup que les fleurs riches en CBD allaient être en demande. Quand on est rentré dans les marchés provinciaux, on s’est aperçu que ce n’est pas nécessairement vrai. [...] Donc, on a fait un virage à 360 degrés pour seulement produire des plantes qui ont 20 % de THC ou plus, explique M. Vasilakakos.

Un employé coupe des fleurs de cannabis à la main.

Pour se différencier dans ce marché compétitif, Boaz compte sur la production artisanale de son cannabis.

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

Il a fallu ensuite concurrencer les quelque 500 autres endroits de production enregistrés auprès de Santé Canada.

Il y a même une course pour faire enregistrer certaines espèces auprès des provinces parce qu’elles ne veulent pas avoir quatre, cinq versions de [cette variété de plante] primal punch, par exemple, raconte M. Vasilakakos.

Les déboires des plus gros

Dans cette course pour accéder aux réseaux de distribution et aux consommateurs, certains se sont brûlé les ailes.

De gros producteurs comme Aurora Cannabis ont déclaré des pertes annuelles de milliards de dollars et ont dû revoir leurs plans de développement.

Ils ont construit plus de capacité de production que ce que le marché pouvait absorber, explique le journaliste du Marijuana Business Daily Solomon Israel. Avec le financement qui s’est asséché et la demande qui n’était pas là, ils ont dû changer de stratégie.

C’est encore un marché qui se cherche.

Solomon Israel, Marijuana Business Daily

M. Israel note toutefois que ce surplus de production a permis de baisser suffisamment le prix du cannabis pour pouvoir concurrencer le marché illégal.

La marge de profit pour les producteurs est cependant réduite, mais il existe encore, selon lui, un nombre potentiel de consommateurs inexploité.

Mireille Tessier regarde un produit de cannabis.

Selon Mireille Tessier, il n'est pas facile pour les magasins indépendants de survivre à cause de la concurrence entre détaillants.

Photo : Radio-Canada / Olivier Périard

Si le Québec et l’Ontario sont à la traîne dans la procession d’approbation de nouveaux détaillants, ce n’est pas le cas en Alberta.

La province compte 526 commerces de cannabis, soit presque le triple de l’Ontario. Environ 186 demandes sont en cours d’examen, selon la Commission albertaine sur l’alcool, le cannabis et les jeux de hasard (AGLC).

Dans le magasin dont elle est copropriétaire, situé dans le sud d’Edmonton, Mireille Tessier s’estime chanceuse. La règle de l'obligation d'avoir 200 mètres entre les détaillants aide à alléger la pression de la concurrence. On ressent les effets lorsqu’il y a un nouveau magasin qui s’ouvre à 200 mètres, explique-t-elle. 

Saturation en vue?

Selon l’analyste en prix à Cannabis Benchmarks, Het Shah, le marché albertain pourrait arriver à saturation.

Les ventes du mois de juillet ont atteint 52 millions de dollars, selon les estimations de Cannabis Benchmarks.

Malgré l’ouverture de nouveaux magasins, le mois d’août devrait seulement voir une augmentation de 1 million de dollars. Nous allons voir des consolidations en 2021, prédit Het Shah.

Plusieurs produits de cannabis, dont une boisson.

L'arrivée de nouveaux produits comme les boissons a stimulé la demande de cannabis.

Photo : Radio-Canada / Olivier Périard

Mireille Tessier est du même avis, surtout depuis que l’AGLC facilite l’expansion des chaînes.

Les règles encadrant la vente limitent, selon elle, la possibilité pour les magasins indépendants de se différencier en offrant de l'information et des conseils.

Ça va être plusieurs chaînes, quelques îlots d’indépendants et beaucoup plus de compétition.

Mireille Tessier, copropriétaire de Daikoku

La directrice de marketing d’une de ces chaînes, FOUR20 Premium Market, Amber Craig, ne cache pas que l’ouverture de nouveaux commerces est prévue.

Il y a tellement de produits innovateurs qui s’en viennent sur le marché. Il suffit de regarder ce qui se passe aux États-Unis : les topiques, les boissons, les produits de beauté, la cuisine au cannabis, dit-elle, en citant l’exemple des centaines de magasins d’alcool en Alberta pour montrer que le marché du détail a encore de beaux jours devant lui.

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