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CHSLD, CIUSSS, PAB… que cachent les sigles et acronymes?

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Des acronymes et des sigles.

Les acronymes et les sigles sont nombreux dans les organismes gouvernementaux.

Photo : Radio-Canada

Nul besoin de s’attarder longtemps sur un site gouvernemental pour découvrir des listes contenant des dizaines de sigles et d’acronymes. Ils sont d’ailleurs particulièrement nombreux dans le milieu de la santé. La pandémie nous a obligés à nous familiariser avec ce jargon médical.

Jongler avec les CIUSSS, les CISSS, les CHSLD, les CLSC, les PAB, l’INSPQ, les UMF et compagnie, c’est parfois à y perdre son latin. Pour Julien Prud’homme, historien spécialisé en histoire de la santé au Québec et professeur à l’Université du Québec à Trois-Rivières, il ne fait aucun doute que c’est la Loi sur les services de santé et les services sociaux, adoptée en 1971, qui est responsable de l’arrivée de tous ces sigles.

Il explique qu’à l’époque, les dirigeants rêvaient d’un système de santé unifié dans toute la province.

Faire un réseau rationnel qui serait pareil d'une région à l'autre, ç’a rencontré un obstacle : ce n'était pas pareil dans la vie d'une région à l'autre. Les acronymes sont une façon de vouloir uniformiser les noms des différents établissements et donc d'uniformiser le rôle, la fonction des différents établissements pour avoir le même genre de machine d'une région à l'autre, indique Julien Prud’homme.

Un sigle est une suite des initiales de plusieurs mots formant un mot unique prononcé lettre par lettre. Par exemple, CHSLD pour Centre d’hébergement et de soins de longue durée.

Un acronyme est un sigle prononcé comme un mot ordinaire, syllabe par syllabe. Par exemple, CIUSSS pour Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux.

Sources : Le Petit Robert et l’Office québécois de la langue française

Confusion

Les sigles et les acronymes ne cessent de se multiplier depuis le début des années 1970, conséquence de la création de nouvelles entités dans le système de santé. Les nouveaux noms étant souvent complexes et toujours plus longs, les abréviations ont la cote.

Ces organismes-là ont souvent des noms très longs parce qu'ils sont spécialisés. Alors ces noms-là, si on les lisait, si on les prononçait au long, ce serait très lourd dans une phrase, dans le discours. On aurait toujours à dire quatre ou cinq mots pour chaque acronyme ou chaque sigle, fait valoir le premier conseiller linguistique de Radio-Canada, Guy Bertrand.

Or, la surutilisation des sigles crée souvent de la confusion dans le public, qui n’est pas familier avec les termes administratifs des organismes gouvernementaux. Ainsi, la signification exacte des lettres qui composent bien des sigles est ignorée par bon nombre de gens.

En fait, on a voulu être plus bref en utilisant un acronyme, mais si on est plus bref et que les gens en face ne comprennent pas ce qu'on dit, on gagne en brièveté, mais on perd en clarté, mentionne le professeur en marketing de l’Université du Québec à Chicoutimi Damien Hallegatte.

La politique derrière les noms

Pour l’historien Julien Prud’homme, il ne fait aucun doute que les noms des organisations sont très politiques.

C'est là qu'on fait le pont entre ce qui est rigolo et ce qui est très sérieux, c'est que les acronymes expriment une volonté de pouvoir. Ces acronymes expriment une volonté d'un ministère de contrôler et d'utiliser son contrôle pour uniformiser les différentes régions sanitaires, soutient-il.

Il va plus loin en affirmant que les changements de noms et donc d’acronymes s’accompagnent très souvent d’une volonté d’effacer l’entité antérieure des établissements, qu’ils soient gros ou petits.

Le professeur a constaté que la création des CSSS en 2003, devenus les CIUSSS en 2015, se traduit par une interruption documentaire et par la disparition de l’identité des établissements. Il est difficile, dans un tel contexte, de documenter l’histoire de la santé.

Ce qu'on aborde avec humour quand on râle ou qu'on rit des acronymes, en fait, permet de réfléchir sur une réalité importante de ce qu'est le pouvoir et de qui veut diriger le système de santé aujourd'hui. Est-ce qu'on le dirige depuis le terrain ou est-ce qu'on le dirige depuis le centre au ministère? demande Julien Prud’homme en conclusion.

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