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L'utilisation de roquettes à sous-munitions sème l'inquiétude dans le Haut-Karabakh

Le défenseur des droits de la personne du Karabakh dénonce l'usage par l'Azerbaïdjan de roquettes avec sous-munitions dans plusieurs villes. Bakou nie les utiliser.

Une homme place une affiche devant une sous-munition tombée dans un poulailler.

Un employé de l'ONG Halo Trust place une affiche devant une sous-munition « 9N235 », ressemblant à un volant de badminton, qui a été découverte dans un poulailler de Stepanakert.

Photo : Getty Images / AFP/ARIS MESSINIS

Agence France-Presse

Les poules tournent autour du petit engin non explosé, planté au milieu du poulailler. À Stepanakert, capitale des indépendantistes arméniens du Haut-Karabakh, les habitants retrouvent des sous-munitions provenant d'une roquette, pourtant interdites par une convention internationale.

Au deux tiers enfouie dans la terre, reconnaissable à ses ailettes en plastique noir qui émergent, la sous-munition cylindrique intacte d'une vingtaine de centimètres de long a été découverte par les propriétaires du jardin au poulailler, après l'un des nombreux bombardements azerbaïdjanais qui ont frappé la cité et ses environs la semaine passée.

Ils ont dit : "il y a quelque chose dans le jardin, je ne sais pas ce que c'est", alors je leur ai dit que je pouvais leur expliquer, affirme à la presse Arayik Arakelyan, de l'ONG Halo Trust, présente à Stepanakert et qui sensibilise au danger de ces munitions les rares habitants encore présents dans la ville et cloîtrés dans des caves.

Selon Greg Polson, conseiller technique de l'ONG, cette sous-munition dénommée 9N235 est l'une des 72 pouvant être emportées par une Smertch.

Ces roquettes de conception soviétique ont frappé à de multiples reprises la capitale séparatiste, pourtant loin du front, depuis le début des combats le 27 septembre entre Arméniens et Azerbaïdjanais, qui se disputent le Haut-Karabakh, aussi appelé Nagorny-Karabakh.

Le conflit a fait plus de 620 morts, selon un bilan partiel qui pourrait être bien plus lourd, l'Azerbaïdjan ne communiquant pas les décès parmi ses troupes.

À proximité de la maison au poulailler, le long tube éventré et plié d'une Smertch est coincé sur le balcon d'un immeuble vidé de ses occupants.

Un long tube de métal repose sur un balcon partiellement détruit.

Le long tube éventré d'une roquette « Smertch » est bien visible sur le balcon d'un immeuble situé non loin du poulailler.

Photo : Getty Images / AFP/ARIS MESSINIS

Montrée du doigt, Bakou nie utiliser de telles armes

Dans un rapport publié mercredi, le défenseur des droits de la personne du Karabakh, Artak Beglaryan, a dénoncé l'usage par l'Azerbaïdjan de ces roquettes avec sous-munitions, notamment sur Stepanakert, Choucha ou Hadrout.

Du 27 septembre au 10 octobre, le service d'état d'urgence de la République d'Artsakh (la dénomination arménienne du Haut-Karabakh, NDLR) a trouvé plus de 180 sous-munitions uniquement à Stepanakert.

Artak Beglaryan, défenseur des droits de la personne du Karabakh

De son côté, Bakou a toujours nié utiliser de telles armes, qui, non explosées, représentent un danger pour les civils des années après avoir été larguées.

Amnistie internationale avait indiqué le 5 octobre avoir corroboré des informations sur leur usage, dénoncé par des vidéos publiées par des sources arméniennes.

Une carte du Caucase mettant en évidence le Haut-Karabakh.

L'Arménie et l'Azerbaïdjan s'affrontent dans la région du Haut-Karabakh.

Photo : Radio-Canada / Google

Les experts de l'ONG ont pu localiser les zones résidentielles de Stepanakert où ont été tournées ces images, et identifié des bombes à sous-munitions d'un autre type, des M095 DPICM de fabrication israélienne, qui semblent avoir été tirées par les forces azerbaïdjanaises, selon le communiqué d'Amnistie.

Israël est un des grands fournisseurs d'armes à l'Azerbaïdjan.

L'utilisation de bombes à sous-munitions est interdite en toutes circonstances par la loi humanitaire internationale, selon une Convention conclue à Dublin le 30 mai 2008, a rappelé Denis Krivosheev, directeur pour l'Europe de l'Est et l'Asie centrale à Amnesty.

Le danger des bombes à sous-munitions qui n'explosent pas

L'ONG estime qu'entre 5 % et 20 % des bombes à sous-munitions n'explosent pas. Elles sont alors laissées sur place, ce qui représente pour les civils une menace similaire à celle des mines terrestres antipersonnel.

À ce jour, un total de 123 États ont rejoint la Convention de Dublin sur les armes à sous-munitions. L'Arménie et l'Azerbaïdjan n'en font pas partie.

Un homme qui tient des dépliants dans une main s'adresse à un petit groupe de femmes dans un sous-sol.

Un membre de l'ONG Halo Trust fait de la sensibilisation sur les armes à sous-munitions dans un abri souterrain utilisé par des résidents de Stepanakert.

Photo : Getty Images / AFP/ARIS MESSINIS

Devant le petit engin à ailettes planté dans le poulailler, Koen van der West, de l'ONG Halo Trust, explique qu'en ce moment la moitié des habitants (du Haut-Karabakh) sont partis de la région.

Le plus grand risque sera quand les gens reviendront dans leurs maisons, dans leurs jardins, sur leurs balcons, et trouveront ce genre de choses. Ils pourront être blessés, même quand les bombardements auront cessé.

Koen van der West, de l'ONG Halo Trust

Beaucoup sont très attirantes pour les enfants, ajoute Greg Polson, car elles ressemblent presque à des jouets, certaines ont des rubans roses attachés. Quand ils les trouvent, les enfants peuvent tirer (sur le ruban), jouer avec, les lancer, c'est un vrai risque.

Celle-là ressemble à un volant de badminton, ce qui en fait un danger pour les enfants, dit-il en montrant l'engin au milieu des poules agitées.

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