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Emily in Paris, la série Netflix qui accumule les clichés et exaspère la France

Une femme avec un béret rouge affiche un air exaspéré.

La série «est un exemple de plus sur la manière dont Paris est devenue une marque profitable […], et cela montre la ville à travers un filtre Instagram», explique l'écrivaine Lindsey Tramuta.

Photo : YouTube / Netflix

Agence France-Presse

La série à succès Emily in Paris, sur Netflix, déchaîne les passions et perpétue un fantasme sur la Ville Lumière qui a la vie dure, du béret au Français « bon vivant ».

Après Un Américain à Paris, Moulin Rouge ou Amélie Poulain, la vision romancée de Paris – aseptisée pour les plus critiques – s’étale pour la énième fois, avec Instagram en invité d’honneur, dans l’une des séries les plus regardées du moment.

De quoi offusquer l’écrasante majorité de la critique française, agacée de voir la population parisienne représentée, pendant les dix épisodes, sous les traits de gardiennes méfiantes, boulangères et serveurs antipathiques, collègues hautains, paresseux ou dragueurs.

L’héroïne américaine, elle, ne semble connaître ni le métro ni la paperasse, et vit dans une chambre de bonne invraisemblablement spacieuse, au-dessus d’un voisin séduisant tout aussi invraisemblable.

Une réalité édulcorée qui irrite Lindsey Tramuta, écrivaine américaine basée depuis 15 ans à Paris et autrice de The New Paris (2017) et The New Parisienne (2020), où elle tente de montrer un Paris diversifié.

Filtre Instagram

On est en 2020 et on continue de recycler les mêmes clichés : l’Américaine ingénue à Paris, les faux pas, les faux amis… Il y a toute une réalité socioéconomique qui est complètement ignorée. C’est une caricature, soupire l’écrivaine originaire de Philadelphie.

Pour elle, il ne s’agit pas d’une série inoffensive de clichés. Lorsque Paris est peint sans cesse de cette manière, cela contribue à une compréhension problématique de la ville, qui oblitère attentats, mouvement des gilets jaunes et grèves historiques.

C’est un exemple de plus sur la manière dont Paris est devenu une marque profitable […], et cela montre la ville à travers un filtre Instagram, ajoute-t-elle, estimant que les équipes de production ont la responsabilité de trouver des scénarios non stéréotypés.

Sortie le 2 octobre, la série trouve toutefois son succès dans cette même recette recyclée depuis près d’un siècle et totalement assumée par Netflix.

 Les clichés ont tous un élément de vérité, sinon ça ne serait pas des clichés. Et les clichés ont la vie dure, note auprès de l’AFP Agnès Poirier, autrice de Rive gauche, ouvrage consacré au milieu intellectuel de l’après-guerre. Comparé aux villes américaines, oui, Paris a l’air romantique et les Français ont une attitude plus tolérante envers les relations extraconjugales.

Stupide et drôle

Mais Paris et les Parisiens continuent de fasciner pour ce qui est malheureusement aujourd’hui des raisons purement historiques, dit-elle, en référence aux livres ou films qui ont façonné l’image d’une capitale de l’amour, de la sexualité débridée ou du savoir-vivre.

La série, créée par le même producteur que Sexe à New York, Darren Star, a d’ailleurs donné lieu à un déluge de tweets d’étrangers affirmant vouloir vivre à Paris après avoir vu la série.

C’est une comédie romantique stupide et drôle, où pas mal d’expatriés se retrouvent, affirme Lane Nieset, journaliste pigiste américaine spécialiste en voyages et gastronomie, qui vit à Paris depuis près de deux ans.

En temps de pandémie, privés de voyage, les Américains veulent voir ça. Ça les fait rêver.

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