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« Un géant avec un cœur d’enfant », Jacques Godin n’est plus

Jacques Godin.

Le comédien Jacques Godin en 1993.

Photo : Radio-Canada / Michel Gauthier

Radio-Canada

Le comédien Jacques Godin, une des figures importantes de la scène culturelle québécoise, s'est éteint lundi. Il avait 90 ans.

M. Godin a succombé à une insuffisance cardiaque, à l'Hôpital de Verdun, indique un communiqué diffusé par l'Agence Goodwin. Celui-ci mentionne également que la date des funérailles sera annoncée ultérieurement.

Merci d'avoir aimé notre beau grand Jacques, ajoute-t-il.

L'annonce du décès de Jacques Godin a suscité beaucoup de réactions dans le milieu artistique, où de nombreux comédiens, metteurs en scène et acteurs ont évolué à ses côtés au cours de sa longue et fructueuse carrière.

Il était d’une grande modernité, Jacques. Il jouait comme les grands acteurs américains de l’Actors Studio, il venait de cette école-là, de la sincérité, de la vérité, a expliqué le metteur scène Serge Denoncourt sur les ondes d'ICI RDI.

Pour le comédien et metteur en scène Yves Desgagnés, c'est une part du Québec qui s'en va aujourd'hui. C'était un camarade de travail hors du commun, mais mystérieux, et c'est ce que j'aimais de Jacques Godin.

Il était authentique, vrai, et transmettait à la population ce qu’on était profondément. Une grande force, un grand acteur du Québec.

Yves Desgagnés, comédien et metteur en scène

L’actrice Marie Tifo, qui a joué entre autres à ses côtés dans Montréal P.Q., se souvient de l’acteur comme un homme géant, presque froid, mais d’une grande fragilité qui marquait ses spectateurs.

Il avait sa carapace de gros bougon, et tout à coup il nous surprenait parce qu’il avait une fragilité, une sorte de blessure qu’il avait en lui, qu’il laissait paraître.

Marie Tifo, actrice

Le samedi 31 octobre à 20 h, aux Grands reportages, revoyez Jacques Godin : acteur de fond de la série Personnalités en hommage à ce grand comédien qui nous a quittés lundi et qui a tenu plus de 200 rôles, que ce soit au théâtre, à la télévision ou encore au cinéma.

Pendant plus de 60 ans, Jacques Godin aura donné vie à des centaines de personnages au théâtre, à la télévision et au cinéma.

Dès ses débuts dans le métier, on le voit dans plusieurs séries québécoises, dont Les belles histoires des pays d'en haut, en 1956, et Radisson, en 1957.

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Jacques Godin est torse nu.

L’acteur est rapidement reconnu pour la force et la densité de son jeu.

Il y a une espèce d’aura de mystère autour de lui et en même temps une façon de jouer qui est totalement personnelle et forte.

Danielle Proulx, comédienne et actrice

Lorraine Pintal, directrice générale et artistique du Théâtre du Nouveau Monde, rappelle qu'il vivait dans l'instant présent. Il avait une grande écoute des autres […] un géant avec un cœur d’enfant.

Lennie écoute parler George.

« Des souris et des hommes », grand classique dans lequel jouent Hubert Loiselle dans le rôle de George et Jacques Godin dans le rôle de Lennie, en 1970.

Photo : Radio-Canada / André Le Coz

D’aucuns se souviendront de Lennie, dans le téléthéâtre Des souris et des hommes, une prestation qui posera un jalon important dans sa longue carrière.

Jacques Godin a déjà souligné combien son interprétation de Lennie, un homme robuste avec un âge mental de cinq ans, avait suscité le doute autour de lui. Les gens me regardaient en voulant dire : "Il va-tu jouer ça comme ça, cette affaire-là? Ça n’a pas de bon sens", disait-il.

Nombreux sont ceux qui se souviennent aussi de sa performance dans le téléroman Montréal P.Q. de Victor-Lévy Beaulieu.

Jacques Godin, habillé en policier, écoute un autre agent.

Jacques Godin jouait le rôle de Victor Téoli dans le téléroman « Montréal P.Q. ». On le voit ici en 1993.

Photo : Radio-Canada / Michel Gauthier

Jacques Godin a été l’un des grands pans de notre théâtre […]. Je me sens privilégié d’avoir pu avoir un tel acteur pour jouer ces rôles-là.

Victor-Lévy Beaulieu, écrivain, auteur et dramaturge

De 1997 à 2001, son interprétation de Jérémie Martin dans la reprise de Sous le signe du lion, de Françoise Loranger, lui vaut deux prix Gémeaux.

Au cinéma, on se souviendra de son rôle d'enquêteur dans Being at Home with Claude.

En 2003, il participe à Nez rouge, une comédie de Patrick Huard présentée au grand écran, et offre au public du Québec une prestation d’un tout autre registre.

Jacques Godin a été fait chevalier de l'Ordre national du Québec en 2017.

La classe politique a d'ailleurs elle aussi tenu à rendre hommage au comédien dans les médias sociaux.

Je me rappellerai toute ma vie de son rôle de Lennie dans le téléthéâtre Des souris et des hommes, en 1971, dans la peau d'un homme avec un âge mental de 5 ans, aux côtés d’Hubert Loiselle et Luce Guilbeault, a écrit le premier ministre du Québec, François Legault, sur son compte Twitter.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau a quant à lui écrit qu'il laissait un héritage important pour notre culture, et que son décès représentait une immense perte pour tous.

Passionné et primé

Au fil de sa carrière, l'acteur a reçu quatre prix Gémeaux, dont l’un pour le meilleur premier rôle masculin dans La charge de l'orignal épormyable, de Claude Gauvreau. Sa prestation lui vaut aussi le prix de l'Association québécoise des critiques de théâtre.

Fabuleux destin pour un homme qui voulait d'abord devenir comptable, avant de se brouiller avec les chiffres et de se tourner vers des études en théâtre.

Jacques Godin, très souriant, tend son trophée.

Jacques Godin montre le trophée Gémeaux qu'il a reçu pour son premier rôle dans le téléroman « Sous le signe du lion », en septembre 2001.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

C'est captivant de découvrir un rôle petit à petit, disait-il.

Évidemment, chacun l'interprète à sa façon. Un comédien va jouer un rôle d'une façon, l'autre d'une autre façon. C'est peut-être comme la peinture : quelqu'un regarde une peinture puis n’aime pas ça, l'autre trouve ça extraordinaire.

Ardent militant contre la cruauté envers les animaux, Jacques Godin dénonçait notamment les pratiques en élevage. Il y a des choses tellement atroces qui se produisent. Même dans l'élevage intensif, c'est épouvantable. La façon dont on élève, transporte et tue des animaux…

Si on faisait la même chose avec des chats et des chiens, on appellerait la police ou les médias. On dirait : "Vous n’avez pas le droit de faire ça". Et on l'accepte, parce que ce sont des animaux d'élevage, mais ils souffrent exactement comme les animaux de compagnie.

Il laisse dans le deuil sa conjointe Brigitte Bougie, journaliste-présentatrice à ICI RDI.

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