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Gilbert Rozon contredit la présumée victime sur toute la ligne

Gilbert Rozon marche dans un couloir du palais de justice de Montréal.

Le procès de Gilbert Rozon en est à sa deuxième journée au palais de justice de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

C'est la plaignante elle-même qui est venue le surprendre dans son lit pour avoir une relation sexuelle, s'est défendu Gilbert Rozon mercredi, au palais de justice de Montréal, au moment de prendre la barre pour témoigner à son procès pour viol et attentat à la pudeur. La veille, la plaignante a affirmé très exactement le contraire.

L'ancien producteur et fondateur du groupe Juste pour rire, qui a plaidé non coupable, a ainsi pu donner sa version des faits, aux antipodes de celle racontée par la plaignante.

Les événements se sont déroulés en 1980, alors qu'il avait 25 ans et la présumée victime, 20.

Après une soirée dans un bar de Saint-Sauveur où ils se trouvaient tous les deux, l'accusé aurait invité la plaignante dans la maison d'une amie qui était absente. Je la trouvais mignonne. Je pense qu’elle me trouvait mignon aussi. [...] C’est probablement moi qui l’ai invitée, a-t-il expliqué.

Il affirme avoir allumé un feu : Je trouvais ça plus romantique. Ils auraient alors commencé à s'embrasser, à se caresser. Mais à un moment, sentant que la victime présumée n'était plus partante, il serait parti se coucher à l'étage, lui indiquant une chambre au rez-de-chaussée.

Il soutient s'être réveillé quelques heures plus tard tandis que la jeune femme était à califourchon sur lui et que c'est elle qui [lui faisait] l'amour. Il affirme avoir trouvé la situation bizarre à l'époque.

L'homme de 65 ans soutient également que ce comportement l'a surpris étant donné que le soir précédent, quand il avait tenté de mettre sa main sous sa robe, la plaignante s'était raidie et avait dit « non ».

L'accusé affirme avoir raconté cet épisode à plusieurs personnes par la suite tellement il en avait été saisi.

Une tout autre version

Présente dans la salle de cour, la plaignante, dont l'identité est protégée par ordre du Tribunal, a écouté le témoignage de Gilbert Rozon en secouant la tête. Elle soutient plutôt que c'est elle qui s'est fait réveiller par l'accusé, qui était déterminé à avoir une relation sexuelle.

Après une soirée plutôt neutre dans une discothèque des Laurentides, sans sentir d'intérêt d'un côté ni de l'autre, elle a relaté que Gilbert Rozon lui a proposé de faire du necking dans la voiture, ce à quoi elle a dit non.

Puis, en allant la reconduire chez ses parents, il aurait dit devoir faire un arrêt dans la maison de sa secrétaire pour aller chercher des documents. À l'intérieur, il se serait jeté sur elle pour l'embrasser et lui mettre la main sur le décolleté, un bouton de sa chemise aurait même sauté.

Elle se serait débattue, ils auraient roulé par terre, elle l'aurait même repoussé avec ses talons. Puis, il aurait cessé, sauf qu'il aurait alors refusé d'aller la reconduire, prétextant être trop fatigué. Il lui aurait indiqué une chambre où elle pouvait dormir. C'est donc le lendemain matin qu'elle se serait réveillée avec Gilbert Rozon par-dessus elle.

La Couronne a d'ailleurs présenté un deuxième témoin mercredi. Il s'agit d'une ancienne amie de la plaignante qui travaillait avec elle en 1980. La plaignante lui aurait parlé de cette soirée en spécifiant qu’elle avait eu à se débattre et en avait perdu sa petite culotte.

Gilbert Rozon nie quant à lui avoir dit qu'il devait passer chez sa secrétaire à 3 h du matin : Ça aurait été une insulte à son intelligence. Il nie aussi avoir voulu faire du necking dans la voiture.

Gilbert Rozon portant un masque dans un couloir du palais de justice de Montréal.

Une ordonnance de non-publication empêche le dévoilement de l'identité de la victime présumée.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ce n'est pas moi qui dois avoir honte

Un peu plus tôt, la victime présumée, âgée aujourd’hui de 60 ans, a dû répondre aux nombreuses interrogations de la défense. Les avocats de M. Rozon disaient avoir l’impression que sa version des faits avait évolué au fil des années.

La femme a fermement maintenu sa version : elle n'est pas sûre des mots exacts qu'elle a prononcés il y a 40 ans. Mais elle sait qu'elle ne voulait pas de cette relation sexuelle, et qu'elle n'y a pas consenti.

L'une des avocates de l'accusé, Me Isabel Schurman, lui a suggéré qu'elle n'a pas manifesté son désaccord à l'homme ce matin-là.

La plaignante lui a répondu qu'elle ne bougeait pas, ne participait aucunement, et qu'il était évident qu'elle ne consentait pas à cette relation sexuelle. Elle lui avait dit non à deux occasions la veille, a-t-elle ajouté.

Après ces questions, la plaignante a demandé à la juge si elle pouvait s'asseoir. Elle a fermé les yeux, le visage rouge, et sa voix a tremblé.

Je veux vous parler de la honte. De la culpabilité. C'est fou. La culpabilité et la honte qu'on a, les victimes. Moi, j'ai honte de m'être laissée faire, et je me sens coupable de ne pas m'être débattue plus.

Et ce n'est pas moi qui dois avoir honte, a-t-elle ajouté la voix brisée. Aujourd'hui, dit-elle, elle a l'impression de s'être fait piéger.

Le procès se poursuit jeudi, alors que le procureur de la Couronne, Me Bruno Ménard, va poursuivre son contre-interrogatoire de Gilbert Rozon.

Avec les informations de Geneviève Garon et de La Presse canadienne

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