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COVID-19 : des infirmières témoignent de manquements graves à l'hôpital de Maria

Un panneau annonce l'hôpital de Maria.

Des employés de l'hôpital de Maria sonnent l'alarme quant au manque de mesures sanitaires.

Photo : Radio-Canada

Des employées de l'hôpital de Maria sonnent l'alarme quant au manque de mesures sanitaires pour contrer la propagation de la COVID-19 au sein de l'établissement. Inquiet pour la sécurité de ses membres, le syndicat des infirmières demande une intervention de Québec.

On a des patients qui montent aux étages et qui sont positifs à la COVID-19, et on ne le sait pas, déplore Nathalie (nom fictif pour conserver son anonymat).

L'infirmière a contacté Radio-Canada pour dénoncer ce qu'elle qualifie de manquements graves aux mesures de prévention de la COVID-19 à l'hôpital de Maria.

À la suite de son témoignage, trois de ses collègues ont accepté de témoigner à leur tour. Toutes ont insisté pour demeurer anonymes, par peur de représailles de la part de leur employeur.

L'une d'entre elles craint la chasse aux sorcières visant les employés qui parlent aux médias, menée par le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Gaspésie.

Des patients atteints de la COVID-19 mal isolés

L'absence de zones distinctes pour les patients atteints de la COVID-19 et les autres à l'urgence de l'hôpital de Maria a déjà été dénoncée en début de semaine par le syndicat des ambulanciers paramédicaux de la Baie-des-Chaleurs.

On a de plus en plus de cas suspects ou positifs et ils sont mis dans des chambres à deux, puis ça contamine le voisin, parce qu'ils n'ont pas de masque dans les chambres. C'est très problématique pour les patients, et nous on travaille avec eux, et ça nous inquiète.

Nathalie, infirmière à l'hôpital de Maria

Cette situation inquiète d'ailleurs le syndicat des infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes de l’Est du Québec (SIIIEQ).

Si on regarde ce qui se fait de bien ailleurs, souvent il y a des corridors de services très stricts appliqués pour les cas de COVID-19, indique le président du SIIIEQ, Pier-Luc Bujold.

Le fait qu'à l'urgence de l'hôpital de Maria, ce sont des rideaux qui séparent les cas positifs des cas négatifs, et que tous les patients, COVID ou non, transitent vers les mêmes lieux, c'est très questionnable, souligne-t-il.

Des infirmiers poussent une civière dans un couloir.

À l'urgence de l'hôpital de Maria, les patients atteints de la COVID-19 empruntent la même entrée que tous les autres patients (archives).

Photo : Getty Images / vm

Or, le problème dépasse l'urgence.

Par manque de place, les infirmières affirment que des patients atteints de la COVID-19 ou en attente de leur résultat se retrouvent fréquemment sur les autres étages de l'hôpital, en zone froide.

Pour nous, c'est inacceptable. Qu'est-ce qu'on fait si un patient sort positif sur notre étage, une zone froide? On contamine tout le département. Mais pour eux, ce n'est pas grave.

Gabrielle (nom fictif), infirmière à l'hôpital de Maria

On a eu un patient positif. L'équipe de la prévention des infections dit qu'il n'est pas contagieux, et ne voulait pas qu'on le mette en isolement. Mais l'infirmière qui s'occupe de cette personne-là a plein d'autres personnes à sa charge. Ça met le personnel et les autres patients à risque, déplore Gabrielle.

De zone froide, à chaude, à froide

Plusieurs infirmières s'inquiètent aussi du fait que certaines d'entre elles soient appelées à faire des remplacements en zone chaude, pour retourner en zone froide le lendemain.

Techniquement, on n'est pas supposées changer de zone, mais finalement il manque quelqu'un alors on n'a pas le choix, témoigne Jeanne (nom fictif), une autre infirmière.

On a beaucoup de mobilité du personnel, confirme M. Bujold.

Il y a des gros risques qui sont pris. Selon les documents de la santé publique, il y a des choses à ne pas faire qui sont malheureusement faites à Maria.

Pier-Luc Bujold, président du SIIIEQ

Des infirmières en zone chaude, qui sont envoyées quelques jours par semaine en zone froide, des infirmières en zone froide qui sont envoyées à l'urgence, en zone chaude, pendant les fins de semaine. Il n'y a pas d'équipe déterminée à l'urgence, c'est le capharnaüm, constate le président syndical.

Des employés jamais testés

Toutes les personnes interrogées dans le cadre de ce reportage constatent que les employés de l'hôpital de Maria n'ont pas à passer de test de dépistage de façon régulière, et ce, même après avoir été en contact avec un cas positif.

Des médecins ont dit que ce n'était pas utile de nous tester. Ils n'ont pas voulu donner de raison, mais on imagine que si ça sort positif, ils vont être mal pris parce qu'on ne pourra pas travailler, et il manque déjà de personnel.

Jeanne, infirmière à l'hôpital de Maria

Il y a beaucoup de gens qui travaillent ici depuis le début de la pandémie qui n'ont jamais passé de test. Ils ne dépistent pas les employés, remarque Nathalie.

On est tellement en pénurie d'employés, que s'ils ont à nous perdre, ils sont vraiment dans le trouble, ajoute l'infirmière.

Une infirmière dans une salle d'opération.

Plusieurs employés de l'hôpital de Maria ont dû travailler alors qu'ils présentaient des symptômes légers de la COVID-19, selon leur président syndical (archives).

Photo : Getty Images / gpointstudio

Cette situation est aussi connue du syndicat.

On a plusieurs cas comme ça sur la table. Souvent, ce sont des décisions de la santé publique de restreindre le bassin de personnes dépistées, dépendamment des contacts et des mesures qui ont été prises, précise M. Bujold.

Au travail avec des symptômes

Il est également courant que des employés qui présentent des symptômes légers de la COVID-19 doivent se présenter au travail, remarque le président syndical.

Souvent, les employés qui présentent des symptômes se font dire : viens travailler, c'est pas grave, si ton test est positif on te renverra à la maison.

Pier-Luc Bujold, président du SIIIEQ

M. Bujold estime qu'un dépistage massif et fréquent n'est pas toujours essentiel, mais qu'il serait nécessaire à l'hôpital de Maria, compte tenu des manquements aux autres mesures de prévention.

Le fait qu'il y ait de la mobilité de personnel, et qu'il n'y ait pas de zone chaude actuellement, il devrait y avoir un dépistage beaucoup plus massif, affirme-t-il.

Vers une intervention de Québec?

On dirait réellement qu'il y a un manque de volonté au niveau du CISSS de la Gaspésie, déplore le président syndical.

Tous les employés interrogés affirment avoir fait part de leurs inquiétudes à leurs supérieurs. Certains ont proposé des solutions, sans que rien ne change.

On se dit que c'est comme ça et qu'on n'a rien à dire, parce qu'ils ne nous écoutent pas de toute manière, déplore Nathalie. Même si on fait des suggestions, ça ne change pas grand-chose. Alors on essaie de se protéger du mieux qu'on peut et on espère qu'il n'arrivera rien, soupire l'infirmière.

Le CISSS est dépassé, et ils sont négligents. On ne peut pas concevoir que l'argent mène encore cette pandémie-là, c'est une question de sécurité publique, souligne M. Bujold.

Ce qu'on souhaite, c'est que le ministère impose son aide au CISSS parce que je ne crois pas qu'ils vont la demander d'eux-mêmes. Il y a un ménage à faire pour que les directives de santé publique soient appliquées.

Pier-Luc Bujold, président du SIIIEQ

Ils ont des solutions entre les mains depuis le mois de mars, affirme-t-il.

Il cite en exemple le rehaussement des employés actuellement à temps partiel à temps plein, et la réouverture de l'unité Benoît-Martin pour en faire une zone dédiée à la COVID-19, munie d'un accès à part. Cette solution était d'ailleurs appuyée par plusieurs médecins, selon le président syndical, mais n'a pas été retenue par le CISSS.

Je pense qu'il y a vraiment un coup de barre qui doit être donné sur la protection des travailleurs. Il ne faudrait pas se retrouver à la fin de la deuxième vague avec des services de santé qui ne peuvent pas fonctionner parce que les travailleurs ont quitté. Actuellement, c'est ce qui se passe, affirme M. Bujold.

Le CISSS de la Gaspésie n'a pas accordé d'entrevue à Radio-Canada pour ce reportage, mais a répondu par écrit aux points soulevés.

Sur l'isolement des patients atteints de la COVID-19 :

Tous les usagers se présentant à l’urgence sont dépistés. Lorsqu’ils sont symptomatiques, ils sont isolés dans des salles à pression négative. Les mesures de prévention et contrôle des infections sont appliquées et la désinfection des lieux est faite immédiatement à la suite du transfert de civière. La trajectoire a été entérinée par l’équipe SWAT de prévention et contrôle des infections, donc évaluée sécuritaire pour les usagers en tenant compte de la configuration spécifique de l’urgence de Maria. En attendant le plan directeur du projet de la nouvelle urgence à Maria, un comité a été mis en place au cours des dernières semaines pour évaluer la situation de l’urgence de l’Hôpital de Maria. Ce dernier est composé de directeurs, de gestionnaires, de médecins et d’une équipe de prévention et contrôle des infections. Tout en composant avec l’environnement déjà présent, de nouveaux aménagements seront faits rapidement afin d’apporter des améliorations au bénéfice du personnel et de la population.

Sur la mobilité du personnel médical :

La stratégie de stabilisation de la main-d’œuvre dans les milieux (incluse dans le Plan de la 2e vague du MSSS) a comme objectif de prendre tous les moyens nécessaires pour réduire les risques de contamination générés par la mobilité des employés entre les installations (bâtiment) de leur établissement. Pour éviter une rupture de services, il pourrait arriver que nous ayons à faire un déplacement dans une même installation. Dans ce cas-ci, toutes les mesures de prévention et contrôle des infections sont mises en application.

Sur le dépistage du personnel médical :

Par définition, les travailleurs de la santé qui travaillent auprès des personnes sont exposés ou possiblement exposés. Lors des enquêtes épidémiologiques, la santé publique vérifie s’il y a eu un bris dans le port de l’équipement de protection individuelle. Sinon, elle considère qu’il s’agit d’un risque faible qui ne nécessite ni dépistage ni isolement. L’attention à l’apparition des symptômes est suffisante.

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