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Trois heures de route pour une opération de l’aorte reportée

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Normand Huard est un homme aux cheveux blancs dans la cinquantaine. Il porte un masque et tient sa valise, en posant pour la caméra.

Normand Huard est l’une des premières victimes collatérales du nouveau plan de délestage du CHU de Québec mis en branle cette semaine.

Photo : Radio-Canada / Guylaine Bussière

Un résident de Charlevoix est l’une des premières victimes collatérales du nouveau plan de délestage du CHU de Québec. L’opération d’urgence à l’aorte que devait subir Normand Huard est reportée. Une décision que M. Huard aurait aimé connaître avant de prendre la route pour un trajet aller-retour de trois heures entre sa résidence de Saint-Irénée et Québec.

La vie de Normand Huard, 68 ans, a basculé il y a deux semaines à la suite de douleurs à la poitrine. Depuis, il a effectué trois voyages à Québec dans l'espoir d'être soigné adéquatement.

Mercredi matin, il devait se rendre à l’Hôpital Saint-François d’Assise pour y subir une importante intervention chirurgicale afin de changer son aorte, l’artère principale du corps humain, qui lui cause ses douleurs.

Au micro plutôt que sur la table d'opération

Mais les plans ont changé. M. Huard s’est plutôt retrouvé au micro de Claude Bernatchez pour dénoncer sa situation à l’émission Première heure.

Encore hier, le médecin m’a dit que c’était assez urgent, qu’il fallait qu’ils m’opèrent. Ce n’est pas seulement la grosseur, mais aussi les douleurs que ça me provoque dans l’estomac qui font que c’est plus urgent que ça aurait dû l’être, explique-t-il.

Les rendez-vous étaient cédulés hier et aujourd’hui. Hier, c’était les derniers examens et les entrevues préopératoires avec les médecins anesthésistes. Et aujourd’hui, c’était l’opération. Tout a lieu comme prévu, mais à la fin de tout le processus, l’infirmière m’a annoncé hier que ma chirurgie d’urgence de ce matin était reportée, ajoute-t-il.

M. Huard pose pour la caméra.

L’opération d’urgence à l’aorte que devait subir Normand Huard, de Saint-Irénée, a été reportée à la dernière minute, mardi.

Photo : Radio-Canada / Guylaine Bussière

Normand Huard retourne donc bredouille chez lui mercredi matin. On lui a dit que son opération aurait plutôt lieu le 23 octobre.

Finalement, au cours de la journée, le CHU de Québec a confirmé que le patient sera opéré lundi, mais par un autre chirurgien.

Mais mettez-vous à ma place. Quand on est à l’hôpital, et puis qu’on remet ça comme ils l’ont fait, comment je peux avoir confiance en eux pour le 23? Dix jours avec la situation actuelle, c’est très loin.

Normand Huard, résident de Saint-Irénée

Ils m’ont dit que si le problème s’aggrave, de me rendre à l’urgence à La Malbaie. Tout le monde se faufilait, personne ne voulait me parler, dénonce-t-il.

Quand la conjointe ne peut rester

Au moment de son entrevue à Première heure, Normand Huard attendait toujours l’arrivée de sa conjointe à Québec. C’est qu’elle n’avait pas accès à l’Hôpital Saint-François d’Assise en raison de la pandémie. Elle est donc retournée chez elle, dans Charlevoix.

Je déplore de faire déplacer des gens de Charlevoix, c’est trois heures de route, et quand on leur garantit qu’on va les opérer, de ne pas le faire.

Normand Huard, résident de Saint-Irénée
Le Dr Roger Grégoire accorde une entrevue dans un bureau.

Le Dr Roger Grégoire, coordonnateur de l’activité chirurgicale en période de pandémie

Photo : Radio-Canada

« On fait un effort surhumain », dit le Dr Grégoire

Mis au fait de la situation, le Dr Roger Grégoire, coordonnateur de l’activité chirurgicale en période de pandémie, a promis de s’enquérir personnellement du cas de Normand Huard.

Quel code d’urgence a été mis sur lui? Je ne le sais pas, a-t-il réagi. Je vais certainement m'enquérir de la situation de M. Huard, car oui, il a raison, ce n’est pas le fun de faire trois heures de route en espérant être opéré, et puis de ne pas l’être.

Mais je vous garantis qu’on fait un effort surhumain pour opérer les patients les plus urgents.

Le Dr Roger Grégoire, coordonnateur de l’activité chirurgicale en période de pandémie

Environ 62 000 opérations sont effectuées annuellement au CHU de Québec. En vertu du nouveau plan de délestage, jusqu’à 6000 rendez-vous et 300 opérations seront reportés ou même annulés chaque semaine dans les 5 hôpitaux gérés par le CHU pour une période indéterminée.

Environ 300 chirurgies reportées, ça équivaut à 30 % de notre capacité par semaine. C’est 30 % de diminution, souligne le Dr Grégoire.

Les codes de priorité

Dans le cas d’une opération chirurgicale, le médecin traitant attribue un niveau de priorité : P1 pour une opération d’ici deux semaines, P2 d’ici 28 jours, P3 d’ici 3 mois et P4 signifie que l'opération peut attendre.

On a demandé à chaque chirurgien de revoir sa liste d’attente, de donner un ordre des patients plus prioritaires. C’est un travail de moine. Plus on déleste, pire c’est.

La donne était différente lors du premier délestage. On manquait d’équipements. Mais là, c’est vraiment une question de personnel. C’est notre grosse problématique à l’heure actuelle, conclut le Dr Grégoire, pour qui l’impact de la COVID-19 va se faire sentir bien longtemps après la fin de la pandémie.

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