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Pandémie : la DPJ sort de l’âge de pierre

Portables et réseaux sociaux font finalement partie de l’arsenal des intervenantes, révèle Enquête.

Myrna Émond-Larrivée assise dans un escalier.

Myrna Émond-Larrivée, intervenante à la DPJ, peut maintenant avoir accès à des outils numériques pour faire son travail.

Photo : Radio-Canada

« Moi je rêve de ça depuis que je suis au Centre Jeunesse, depuis 10 ans. »

Myrna Émond-Larrivée n’aspirait pas à une voiture de fonction ni à une énorme prime salariale; elle rêvait simplement de disposer d’un ordinateur portable et d’un téléphone cellulaire pour pouvoir travailler. La travailleuse sociale a finalement obtenu ces deux outils de son employeur, la DPJ de la Mauricie et de Centre-du-Québec. C’était au mois de mars, après que la pandémie a forcé les intervenantes à travailler largement de chez elles.

Après des années de demandes et d’espérance, on a finalement eu droit à des ordinateurs [...] pour faire du télétravail, mais surtout pour travailler au tribunal pendant les longues heures d’attente, s’est réjouie l’intervenante, établie à Plessisville.

Comme Myrna Émond-Larrivée passe énormément de temps en voiture pour aller visiter des familles à domicile dans le cadre de son travail à l’évaluation des signalements, l’accès à un téléphone cellulaire professionnel était donc devenu nécessaire depuis longtemps. On avait trois cellulaires et un portable pour une douzaine d’intervenants à Plessisville. Maintenant, on a chacun le nôtre.

Des milliers d’ordinateurs et de téléphones portables attendus depuis des années ont été remis aux employés des centres jeunesse dans les derniers mois pour faire face aux restrictions imposées par la pandémie. C’est la DPJ de la Mauricie et du Centre-du-Québec qui en a distribué le plus : 355 téléphones et 304 ordinateurs ont été récemment fournis au personnel. Selon le CIUSSS, tous les titulaires de poste ont maintenant accès à ces outils de base.

Il était temps…, soupire Julie Lafortune, représentante syndicale de l’APTS, notamment pour des raisons de sécurité. On a déjà eu des situations où des employées se sont retrouvées séquestrées dans des domiciles, sans accès à un cellulaire.

Une directive sur l’utilisation des nouveaux téléphones laisse toutefois Julie Lafortune perplexe. Les intervenants n’ont pas le droit de texter leurs clients ou de donner leur numéro professionnel. Le parent ou l’ado qui répond à son intervenante doit laisser un message dans la boîte vocale du bureau. Il me semble que ça passe un petit peu à côté de l’objectif.

Des données partielles indiquent que d’autres régions ont profité de la pandémie pour moderniser l’arsenal technologique de leurs employés : l’Abitibi-Témiscamingue, le Saguenay–Lac-Saint-Jean, la Côte-Nord, l'Estrie et la région de la Capitale-Nationale ont distribué des centaines de téléphones et d’ordinateurs depuis la mi-mars.

La tendance était déjà amorcée dans plusieurs autres régions. À Montréal, Lanaudière et en Montérégie, les porte-parole affirment que la presque totalité des intervenants disposaient de portables et de cellulaires depuis l’an dernier.

Réseau sociaux - une « vue » de l'intérieur, coûte que coûte

Mily Pageau, intervenante à Shawinigan, cherchait le meilleur moyen d’assurer la santé et la sécurité de ses petits clients de 0-5 ans. Or, à la mi-mars, il était devenu compliqué d'entrer chez les gens. Les clients n'ouvraient pas facilement leur porte et, au début, même la DPJ demandait à ses employés de privilégier les interventions au téléphone, sauf en cas d’urgence.

Mily Pageau a donc pris l’initiative d’envoyer des demandes d’amitié à ses clients sur les réseaux sociaux. Surtout sur Messenger, une application très populaire auprès de sa clientèle. Ils ont dit oui tout de suite, ils m’ont ajoutée dans leurs contacts..., se souvient-elle, encore surprise d’avoir obtenu l’accord de certains parents.

Ils ont collaboré quand je demandais des vidéos, des vues, quand je les appelais sur l’application. On se Facetimait, ils me faisaient faire le tour, je leur demandais d’ouvrir leur frigo pour voir s’il y avait de la nourriture dedans, je vérifiais l'hygiène des enfants. [...] Je voulais m’assurer que les enfants aient de la place pour circuler, que ça soit possible de ramper sur ce plancher-là, qu’il n'y ait pas d'outils de consommation [...] accessibles aux enfants…, décrit-elle.

Une travailleuse sociale avec sa tablette numérique.

Une travailleuse sociale peut maintenant utiliser une tablette numérique pour faire des visites virtuelles chez des « clients ».

Photo : Radio-Canada

L’intervenante fut la première à Shawinigan à utiliser ce type de visite virtuelle, une pratique jusqu'alors interdite par son employeur, inquiet des risques de violation de la confidentialité. Elle a pris des dispositions pour éviter l’écueil : Je me suis créé un compte professionnel et j’ai fait en sorte que mes clients ne puissent pas se voir entre eux.

Limites des réseaux sociaux

Mily Pageau a toutefois rapidement saisi les limites de la technologie et il est devenu clair pour elle qu’un appel Facetime ne remplacerait jamais une visite surprise au domicile : Je pouvais constater qu’après la deuxième semaine, ça ne marchait pas nécessairement. Avec Facetime, les clients pouvaient prévoir le moment. [...] C’est sûr que quand j’avais mes vues (vidéos en direct) c’était souvent positif, parce que... ils s’y attendaient. Ça commençait à devenir préoccupant.

Elle a recommencé les visites en personne, après avoir justifié leur pertinence auprès de ses patrons. Dans certains cas, il était temps : Quand je suis entrée dans l'appartement de la maman, c’était très insalubre, le frigo n’était pas fonctionnel et il n’y avait pas de place pour marcher. C’était quelque chose…, se rappelait-elle lors d’une première entrevue réalisée en mai.

Un couteau à double tranchant

Jointe la semaine dernière, Mily Pageau trouve toujours l’utilisation des réseaux sociaux pertinente, mais... envahissante. Il y a des parents pour qui c'est plus difficile de comprendre qu'il y a des heures de bureau. [...] Il ne faut pas que je crée une dépendance, que mes clients se disent que je suis toujours là, 24 heures sur 24.

Elle souhaite toujours les utiliser, mais en cas d’urgence ou de crise seulement.

Mily Pageau se tient debout sur un trottoir.

Mily Pageau a constaté les limites des visites virtuelles qu'offrent les outils numériques.

Photo : Radio-Canada

La DPJ de la Mauricie et du Centre-du-Québec estime que ses intervenantes peuvent continuer d’utiliser les réseaux sociaux pour joindre leurs clients dans le respect des règles éthiques, déontologiques et professionnelles.

Le son de cloche est le même au ministère de la Santé et des Services sociaux.

Une tablette pour voir ses parents

À la mi-avril, les jeunes résidents d’une unité d’un centre d’hébergement de Trois-Rivières ont finalement pu voir leurs parents à l’aide d’un outil très attendu : une tablette électronique. Depuis le 19 mars, les jeunes placés en centre d’hébergement et en famille d’accueil n’avaient plus le droit de voir leurs parents en personne partout sur le territoire québécois. Un arrêté ministériel l’avait interdit temporairement pour éviter les risques de contagion.

Il a donc fallu presque un mois pour qu’une tablette arrive à l’unité Le Séjour, où les jeunes de 12 à 17 ans ont pu l'utiliser pour voir leurs parents en vidéo plutôt que de se contenter de leur parler au téléphone.

Il n'y avait pas d'outils comme les portables ou les tablettes dans les centres d'hébergement de la Mauricie avant la pandémie, confirme le CIUSSS Mauricie-Centre-du-Québec. Le caractère ludique de l’utilisation des moyens technologiques ne constitue pas un outil de réadaptation que nous préconisons, affirme Valérie Provencher, des relations médias du CIUSSS. Mais elle ajoute qu’afin de pallier la situation où peu de contacts physiques étaient possibles au tout début de la pandémie en raison de l’arrêté ministériel, des modalités de contacts virtuels sont possibles et encouragées.

Plus d’une dizaine d’iPad ont été distribués dans cette région. Et les tablettes auront aussi fait leur entrée dans plusieurs autres centres d'accueil grâce à la pandémie : les DPJ du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal et des Laurentides en ont distribué plusieurs dizaines dans les unités d’hébergement pour permettre aux enfants placés de maintenir le contact avec leurs parents.

La plupart des visites parentales ont été rétablies au mois de mai 2020, mais elles pourraient être interdites à nouveau par le ministère.

Le reportage Le calme, puis la tempête de Pasquale Turbide et de Catherine Varga est diffusé à l’émission Enquête le jeudi à 21 h à ICI Télé et en reprise le samedi à 13 h. À ICI RDI, ce sera le dimanche à 18 h 30. À voir en rattrapage sur ICI.Tou.tv.

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