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Le ministre Lafrenière veut « adapter » les recommandations de la commission Viens

Le nouveau ministre des Affaires autochtones du Québec reconnaît que sa nomination ne fait pas l'unanimité. Certains chefs autochtones l'ont accueilli avec une « méfiance totale », admet-il.

Ian Lafrenière, en conférence de presse.

Ian Lafrenière est ministre responsable des Affaires autochtones du Québec depuis le 9 octobre.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Radio-Canada

Des recommandations de la commission Viens doivent être « adaptées » à l'appareil gouvernemental du Québec de manière à préserver leur « essence », affirme le nouveau ministre responsable des Affaires autochtones du Québec, Ian Lafrenière.

Il y a certaines recommandations, quand on essaie de rentrer ça dans l’appareil gouvernemental, c’est difficile parce qu’on dit : "écoute, c’est pas tout à fait ça", a-t-il déclaré à Midi Info en répondant à une question portant plus précisément sur la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

Je pense qu’il faut se donner la chance de bien lire les recommandations, de voir comment [chacune d']elles peut s’adapter à l’appareil gouvernemental, dans le sens qu’on respecte l’essence de la recommandation. Moi, je les regarde une après l’autre, a-t-il poursuivi.

Pour la Déclaration des Nations unies […] je vais voir comment on peut respecter l’essence des recommandations, le but qui est visé, et voir comment ça peut s’appliquer. Parce que oui, des fois, il y a d’autres enjeux qu’on ne voit peut-être pas au niveau légal. C'est ce qu'on va regarder.

Ian Lafrenière, ministre responsable des Affaires autochtones du Québec

La commission Viens, qui portait sur les relations entre les Autochtones et certains services publics du Québec, a fait 142 recommandations au gouvernement du Québec, dont celle de reconnaître et de mettre en œuvre cette Déclaration et d'adopter d’une loi garantissant sa prise en compte dans le corpus législatif de la province.

Jusqu'à présent, le premier ministre François Legault a refusé d'y adhérer, en raison d'un risque pour l'intégrité du territoire et le droit à l'autodétermination du Québec.

La CAQ s'est contentée d'appuyer l'an dernier une motion demandant au gouvernement d'en reconnaître les principes et de s'engager à [en] négocier la mise en oeuvre [...] avec les Premières Nations et les Inuit.

Le ministre Lafrenière demande pour sa part à ce que lui et son équipe obtiennent la chance de trouver des solutions innovantes, de penser en dehors de la boîte à ce sujet, tout en reconnaissant qu'il n'y aura pas de miracles.

Je pense qu’on doit faire des petits pas, parce qu’on doit gagner cette confiance. Parce que la confiance est effritée. Certaines nations sont méfiantes avec nous, c’est clair, a-t-il admis sans détour.

Le ministre a refusé de considérer l'hypothèse que Québec se retrouve ainsi discréditée face au gouvernement fédéral, qui entend déposer une loi pour encadrer la mise en oeuvre de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones d'ici la fin de l'année.

Je ne veux pas faire une jambette à mes collègues du fédéral, mais on va se dire les vraies choses aussi : la Loi sur les Indiens, excusez-moi, on ne peut en parler trois fois sans regarder qu’il y a une forme de racisme là-dedans, a rétorqué M. Lafrenière à ce sujet.

Lafrenière répond à ses détracteurs

M. Lafrenière a par ailleurs admis que les chefs autochtones du Québec avec qui il s'est entretenu depuis que sa nomination a été confirmée vendredi dernier lui ont réservé un accueil mitigé, en raison notamment de son passé de policier au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Il y a des gens qui l’ont applaudie. […] Il y en a qui étaient très heureux, parce qu’il y a des gens qui me connaissent. Ça fait plus de 10 ans que j’entretiens des relations avec les Premières Nations.

J’ai d’autres chefs [...] qui m’ont dit : "je vais être très honnête avec vous, je ne vous connais pas, mais mon chef de police vous connaît bien et m’a dit de vous faire confiance".

Et j’ai l’autre [réaction], qui est la méfiance totale. Des gens qui me disent : "vous avez été policier"..., a-t-il encore dit, avant de s'interrompre sans compléter sa phrase.

M. Lafrenière affirme qu'il profite alors de l'occasion pour retourner à son avantage l'argument du profilage racial, dont se plaignent les Autochtones.

Je leur dis [...]  : on déteste le profilage, vous ne pouvez pas m’en servir moi aussi. On ne peut pas me profiler sur la seule base que j’ai déjà été policier. Ce n’est pas un crime d’être policier, et je suis très fier de ma carrière. Laissez-moi la chance, jugez-moi sur mes actions. Et vous savez quoi? Les gens sont très sensibles à ça.

Ian Lafrenière, ministre responsable des Affaires autochtones du Québec

Tout le monde déteste se faire profiler, se faire mettre dans une petite boîte. On le comprend, a ajouté le ministre. La méfiance, c’est normal, c’est un réflexe qui est humain. Ce sera à moi de montrer qu’on peut bâtir cette relation, et on le fait.

Dans une entrevue accordée préalablement à l'émission Tout un matin, M. Lafrenière avait aussi répondu aux critiques parfois sévères dont il a fait l’objet après que sa nomination eut été confirmée par le premier ministre Legault.

Il s’est notamment défendu de ne pas avoir reconnu qu’il y avait du profilage racial au sein du SPVM, en affirmant qu’il avait contribué à créer un programme de formation sur le profilage racial, pour abolir ça, pour faire en sorte qu’il y ait du profilage criminel, mais pas du profilage racial.

À l’instar du premier ministre Legault, M. Lafrenière refuse cependant toujours de reconnaître un problème de racisme systémique au Québec, y compris dans la mort de l’Atikamekw Joyce Echaquan, survenue dans des circonstances troublantes à l’hôpital de Joliette.

Présentement, venir dire que c’est le système qui fait du racisme… Moi, je vous dirais même qu’à la limite, on enlève une responsabilité de l’individu de venir dire que, par exemple, à Joliette, ce qu’on a vu [...] c’est un système qui a produit ça, s'est-il défendu à Tout un matin.

Moi, je suis désolé, c’est des gens qui ont mal agi. On a agi rapidement face à eux, ils ont perdu leur emploi. Mais moi, de venir enlever cette faute-là en disant que c’est plutôt le système qui les a amenés comme ça, qui est raciste, nous, présentement, on n’est pas là.

Ian Lafrenière, ministre responsable des Affaires autochtones du Québec
Des peluches ont été déposées au pied d'un arbre en mémoire des deux jeunes victimes.

Des peluches ont été déposées au pied d'un arbre en mémoire des deux jeunes victimes.

Photo : Radio-Canada / Hadi Hassin

Pas d'enquête publique à Wendake

Il n’y aura pas d’enquête publique sur le meurtre des garçons de 2 et 5 ans survenu en fin de semaine dans la communauté huronne-wendat de Wendake, a aussi confirmé le ministre Lafrenière à Tout un matin.

Je vais prendre mon chapeau d’ancien policier : on a une enquête de la Sûreté du Québec pour découvrir ce qui est arrivé. Plusieurs personnes le racontent, mais là il faut le prouver, a déclaré Ian Lafrenière à l’émission Tout un matin.

Alors d’aller rajouter quelque chose de public présentement, c’est impossible. C’est impossible pendant qu’on a une enquête de la Sûreté du Québec. Dans ma tête, c’est clair.

Ian Lafrenière, ministre responsable des Affaires autochtones du Québec

M. Lafrenière répondait ainsi à un proche des deux enfants, que l’on ne peut identifier en raison du processus judiciaire en cours, qui a dit craindre qu'un trop grand nombre d'enquêtes n'aient pas les résultats escomptés.

Depuis que le drame s’est produit, quatre enquêtes ont été annoncées, en plus de celle de la Sûreté du Québec, qui se concentre sur Michaël Chicoine, formellement accusé de meurtre au deuxième degré dans cette affaire.

Le Bureau du coroner en mène une, la Commission des droits de la personne et de la jeunesse en a ouvert deux, et une enquête externe sur la gestion du dossier par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de la Capitale-Nationale a aussi été lancée. Ces enquêtes offriront un bon portrait de la situation, affirme le ministre.

Pourquoi aucune visite à Wendake?

Le ministre s’est aussi défendu de ne pas s’être rendu à Wendake dans la foulée du drame. Il assure néanmoins qu’il a parlé au grand chef de la nation huronne-wendat Konrad Sioui dès dimanche matin, pour lui offrir une aide dont il n’a pas précisé la teneur.

On en a parlé le chef Sioui et moi-même. J’ai décidé de ne pas me présenter pour des raisons de COVID et des raisons de convictions personnelles, a-t-il fait valoir, en démentant l’hypothèse qu’il n’avait pas été le bienvenu dans la communauté.

Comme policier, j’ai vu beaucoup de gens qui se déplaçaient sur des tragédies. La dernière chose que je voulais, c’était de devenir un embêtement ou une source de problème pour les gens sur place, a-t-il plaidé dans un premier temps.

M. Lafrenière s’est en outre justifié en soulignant qu’au moment de la fusillade au Collège Dawson, en 2006, le Service de police de la Ville de Montréal, dont il était le porte-parole, devait gérer plus de gens qui voulaient venir voir ce qui s’était passé que l’événement comme tel et qu’il ne voulait pas faire vivre ça à personne.

Quand on offre de l’aide, on l’offre de tout coeur, et on n’a pas besoin de s’exposer pour essayer d’aller chercher du capital.

Ian Lafrenière, ministre responsable des Affaires autochtones du Québec

Peu après, le ministre a toutefois strictement imputé sa décision à la situation sanitaire engendrée par l’épidémie de COVID-19.

Est-ce que la décision aurait été la même l’année passée dans une période sans COVID? La réponse aurait été non. La décision aurait été vraiment différente. Moi, je suis une personne de terrain, a-t-il dit.

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