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Des modèles et des rebelles : les athlètes face aux mesures sanitaires

Des pictogrammes d'athlètes portant un masque ou non.

Une majorité d'athlètes a propagé les recommandations de la santé publique.

Photo : Radio-Canada / Yosri Mimouna

Dans l’espoir de renouer avec la compétition, la grande majorité des athlètes se sont rangés derrière les mesures sanitaires strictes imposées depuis le début de la pandémie. D’autres ont toutefois choisi d’utiliser leur plateforme afin de propager des messages contraires à ceux de la santé publique.

Depuis deux semaines, Dave Leduc a choisi de prendre la parole au moyen de vidéos publiées sur sa page Facebook. Le champion du monde de lethwei — ou boxe birmane — y dénonce notamment les mesures du gouvernement de François Legault pour contrer la pandémie au Québec.

Le Gatinois s’oppose notamment au port du masque et invite à la désobéissance civile sur un ton généralement hargneux à l’endroit des décideurs et des médias. Au moment d’écrire ces lignes, ses trois vidéos ont été vues plus de 632 000 fois et ont été partagées près de 15 000 fois.

C’est la première fois que je vois un sportif qui embarque dans un discours complotiste comme ça. Je trouve ça totalement irresponsable et un mauvais exemple pour la jeunesse, affirme Martin Geoffroy, directeur du Centre d'expertise et de formation sur les intégrismes religieux, les idéologies politiques et la radicalisation du Cégep Édouard-Montpetit.

Dave Leduc.

Dave Leduc est champion du monde de boxe birmane.

Photo : Radio-Canada / Olivier Plante

Dave Leduc a refusé la demande d’entrevue de Radio-Canada. Il dit avoir choisi de boycotter les médias subventionnés par le gouvernement, comme il le répète dans ses vidéos.

Ce dernier fait partie d’une minorité de sportifs qui ont choisi de se prononcer contre le consensus scientifique. Par exemple, l’ancien hockeyeur George Laraque a affirmé être contre la vaccination, après avoir été guéri de la COVID-19.

Le numéro un mondial au tennis Novak Djokovic s’était aussi montré sceptique à l'égard de la vaccination, quelques mois avant de contracter le virus au cours d’un tournoi qu’il avait organisé.

La personne va se servir de sa notoriété comme étant un argument d’autorité.

Martin Geoffroy, directeur du Centre d'expertise et de formation sur les intégrismes religieux, les idéologies politiques et la radicalisation

Quand une personnalité sportive va prendre la parole contre la COVID ou émettre des opinions anti-masques ou autre chose, il va y avoir un effet mitigé. Ses fans vont peut-être adhérer en tout ou en partie aux propos de la personnalité. Dans l’opinion publique, est-ce que ça peut avoir des résultats positifs? Je ne pense pas, explique Marc David, professeur en communication marketing à l’Université de Sherbrooke.

Selon lui, un sportif s’expose à des répercussions dans ce contexte, comme la perte de commanditaires ou de crédibilité auprès des médias.

L’Association des spécialistes en médecine préventive du Québec (ASMPQ) estime pour sa part que la notoriété d’un individu ne devrait pas aller à l’encontre des intérêts collectifs.

Tout le monde a le droit de se poser des questions, c’est tout à fait légitime en cette période d’incertitude. Même les médecins en santé publique ont des incertitudes. Mais on a aussi la certitude que ce n’est pas un complot, a écrit dans un courriel Marie-Laure Hemery, la présidente de l’ASMPQ, citant pour preuve l’étendue de la pandémie.

Il court sur le terrain.

Laurent Duvernay-Tardif au Super Bowl LIV à Miami.

Photo : Reuters / USA TODAY USPW

Une majorité d’athlètes d'accord avec les mesures

Les athlètes professionnels et amateurs ont été nombreux à répondre à l’appel du premier ministre du Québec à la mi-mars demandant aux influenceurs d’interpeller les jeunes afin qu’ils respectent les règles de la santé publique.

L’ancien footballeur Étienne Boulay a participé à une campagne publicitaire du gouvernement du Québec en septembre afin de sensibiliser cette portion de la population aux risques associés au coronavirus.

Les cas de Laurent Duvernay-Tardif et de Kim Clavel ont également souvent été cités en exemple. Les deux athlètes ont choisi de mettre leur carrière sur pause pendant un moment afin de prêter main-forte aux travailleurs du système de la santé.

Il faut se poser la question : est-ce qu’on fait plus confiance à un sportif de haut niveau comme Laurent Duvernay-Tardif, qui est aussi médecin, ou au sportif qui n’est pas médecin. Moi je fais plus confiance au sportif qui est médecin, lance Martin Geoffroy.

Le cas du joueur des Chiefs de Kansas City, qui a fait une croix sur plus de 2 millions de dollars en ne jouant pas cette saison dans la NFL, est aussi mentionné comme modèle par Simon Arsenault, président fondateur du Groupe MVP, une agence de marketing sportif et de représentation d’athlètes professionnels, olympiques et autres personnalités sportives.

Par la nature de leur profession, ils ont une certaine responsabilité sociale, souligne-t-il. Dans le cadre d’une pandémie où on passe une crise sans précédent, c’est sûr qu’on a tendance à vouloir se retourner vers des modèles, on a besoin des leaders. Les athlètes […] sont extrêmement bien placés pour pouvoir communiquer des règles de bonne conduite.

C’est dans cet état d’esprit que Charles Hamelin a fait une publication au sujet du masque, qu’il doit porter même à l’entraînement pendant qu’il effectue des exercices difficiles au niveau cardiovasculaire.

Non ce n’est pas agréable, mais ce sont des choses que tu apprends à passer par-dessus, indique le Québécois en entrevue.

Le patineur de vitesse courte piste a mis sur ses réseaux sociaux une photo de lui sur la glace, masque au visage. Tout en avouant que ce n’est pas facile ni confortable de le faire, il dit choisir de se conformer aux règles pour pratiquer le sport qu’il aime et pour faire sa part pour se sortir de la pandémie.

Je suis conscient qu’il y a beaucoup de gens qui reçoivent mon message quand je le publie, mentionne le quintuple médaillé olympique. Les commentaires que je reçois et la façon que c’est interprété, je vois que les gens aiment ça. Je vais continuer de livrer un message positif, un message encourageant, je pense qu’on a besoin de ça.

Pas question pour lui d’aller à l’encontre des mesures sanitaires. Il souhaite pouvoir reprendre la compétition le plus rapidement possible, mais sait que ce ne sera pas avant février, puisque toutes les épreuves automnales de la Coupe du monde ont été annulées.

Cette attitude est la même que celle des athlètes que Simon Arsenault gère. Il affirme qu’aucun des protégés du Groupe MVP n’a dû être réprimandé depuis le début de la pandémie en raison de messages publiés sur les réseaux sociaux.

Si un athlète professionnel décidait d’émettre des opinions contradictoires, je le rappellerais à l’ordre parce que c’est un risque pour l’athlète qui décide de se positionner de façon controversée. Sa réputation pourrait être entachée, il pourrait perdre des fans. C’est vraiment un pari risqué, offre-t-il comme conseil.

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