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Analyse

Racisme systémique : Ottawa et Québec à la même table, mais éloignés

François Legault estime que le sujet du racisme systémique rend des Québécois mal à l'aise.

Des Autochtones jouent du tambour en marchant le long du boulevard René-Lévesque à Montréal.

Des joueurs de tambour pendant la marche pour Joyce Echaquan à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

Ottawa et Québec doivent travailler ensemble pour répondre aux questions soulevées par la mort de Joyce Echaquan. Mais leurs positions diamétralement opposées sur la reconnaissance du racisme systémique pourraient venir compliquer les choses.

Ottawa tiendra vendredi une réunion d’urgence sur le racisme que subissent les peuples autochtones dans les systèmes de soins de santé du Canada. Des chefs des Premières Nations et des professionnels de la santé sont invités, de même que la famille de Joyce Echaquan, ainsi que les représentants des provinces.

Le ministre québécois responsable des Affaires autochtones, fraîchement assermenté vendredi, a aussitôt levé la main pour demander à être invité à la réunion. Un geste de bonne volonté, oui, mais qui est reçu avec prudence à Ottawa.

Prudence, parce qu’au moment où Ian Lafrenière demandait une place à la table, il refusait également de reconnaître une des prémisses de la discussion : l’existence du racisme systémique.

Je reconnais que présentement le terme racisme systémique ne fait pas l’unanimité, disait-il la semaine dernière.

Comment peut-on s’attaquer à un problème dont on ne reconnaît pas l’origine?, lancent plusieurs sources fédérales, qui déplorent en privé un certain entêtement de Québec sur la question.

Marc Miller vêtu d'un couvre-visage.

Marc Miller, ministre des Services aux Autochtones.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le ministre fédéral des Services aux Autochtones Marc Miller confiait en entrevue à CBC mardi que c'est impossible de s'attaquer aux effets pervers sans reconnaître le racisme systémique.

Au lieu de régler les problèmes dans son ensemble, disait-il, on les attaque un par un quand ils surgissent (comme le jeu de fête foraine whack-a-mole, avec la mailloche et la marmotte). Ça prend plus d’énergie pour taper 10 fois sur la marmotte que de déconnecter l’appareil.

Du bout des lèvres

Par contre, dans un effort de ne pas s’aliéner le Québec, le ministre Miller ajoute que si le cas de Joyce Echaquan n’est pas un cas isolé, ce n’est pas non plus une situation propre à une seule province.

Justin Trudeau aussi évite de lancer directement la pierre à François Legault. En point de presse mardi, il encourageait toutes les personnes en position d'autorité, y compris les politiciens, à reconnaître la réalité du racisme systémique pour prendre la voie de la réconciliation.

De son côté, François Legault avertit le gouvernement Trudeau que le sujet du racisme systémique rend des Québécois mal à l'aise. Ça ne serait pas une bonne idée de se mettre à dos une bonne partie des Québécois, qui pensent qu'il n'y a pas de système de racisme au Québec.

Ian Lafrenière regarde François Legault.

Le nouveau ministre responsable des Affaires autochtones du Québec, Ian Lafrenière, avec le premier ministre François Legault.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Pendant que les deux leaders sont campés sur leur position, ça nous empêche d’avancer résolument vers des solutions concrètes estiment de nombreux élus, tant à Ottawa qu’à Québec. On n’a pas besoin de voir 15 autres exemples de racisme pour savoir que ça existe, indique une source fédérale.

Ottawa estime avoir l’attention et l’intérêt des Canadiens sur la question et que le moment est propice à des changements, dans la lutte contre le racisme en général, et dans les façons de faire du système de santé en particulier.

La réunion d’urgence de vendredi sur le racisme que subissent les peuples autochtones dans les systèmes de soins de santé du Canada doit être la première étape qui, selon Ottawa, pourrait faire en sorte que la mort de Joyce Echaquan mène à des réformes constructives.

Mais certains craignent que le refus du Québec d’entamer la discussion avec le racisme systémique comme point de départ ralentisse le rythme des progrès potentiels.

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