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Des élus québécois visés par une campagne de messages anti-mesures sanitaires

Des militants antimasques sont à l'origine de la campagne.

Une foule de personnes, sans masque, manifeste. Un homme tient une pancarte où l'on peut lire : Non au masque obligatoire.

Des citoyens écrivent aux élus de l'Assemblée nationale pour leur demander de « désavouer » les mesures sanitaires.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Deux militants antimasques ont mené la semaine dernière une campagne coordonnée de messages et d’appels visant les membres de l’Assemblée nationale, leur demandant de « désavouer » l’ensemble des mesures sanitaires mises en place pour endiguer la pandémie de COVID-19.

La Coalition avenir Québec (CAQ), le Parti québécois (PQ), Québec solidaire (QS) et la députée indépendante Catherine Fournier ont tous confirmé avoir reçu de tels messages. Des dizaines de courriels identiques – ou presque – ont vraisemblablement été acheminés à tous les bureaux de comté. À eux seuls, les neuf députés du PQ ont par exemple été la cible de plus de 215 courriels, dit le Parti.

La campagne a été lancée par Mario Roy, figure de proue des manifestations antimasques, et son acolyte Annie Robichaud, qui ont prononcé ensemble un discours devant l’Assemblée nationale lors de la manifestation contre les mesures sanitaires du 15 septembre.

Une femme et un homme derrière un lutrin, devant l'Assemblée nationale du Québec. L'homme parle dans un microphone.

Annie Robichaud et Mario Roy s'adressent à la foule lors de la manifestation antimasque du 15 septembre.

Photo : Capture d'écran YouTube / L’insurgé Live

Ancien membre du groupe ultranationaliste Storm Alliance, Mario Roy croit avoir le droit de procéder à des « arrestations citoyennes » de politiciens et est convaincu que du personnel de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) fait partie d'un réseau d’enlèvement d’enfants (Nouvelle fenêtre). En 2018, il a été reconnu coupable (Nouvelle fenêtre) d’avoir pratiqué illégalement le droit et continue malgré tout de donner des conseils juridiques sur sa page Facebook.

« C’est ça, la solution »

Après leur discours du 15 septembre, Mario Roy et Annie Robichaud ont envoyé aux élus de l’opposition une lettre leur demandant de désavouer par un vote la déclaration d’état d’urgence sanitaire. S’ils ne le faisaient pas dans un délai de 48 heures, ces députés seraient ajoutés à une poursuite criminelle impliquant Dr Horacio Arruda et le premier ministre François Legault, que les deux citoyens accusent de haute trahison, peut-on lire dans la lettre.

Face à l’absence de réponse de la part des élus, Annie Robichaud a lancé la semaine dernière cette nouvelle campagne coordonnée de messages et d’appels, s’organisant notamment par l’entremise d’un groupe Facebook qui compte plus de 700 membres. Un modèle de lettre, une copie de la demande de désaveu initiale ainsi qu’une liste de « preuves » la justifiant, y sont fournis.

C’est votre responsabilité, prenez le téléphone aujourd’hui, appelez vos députés, demandez le désaveu. Faut qu’on soit 10 000, 15 000, 20 000 à appeler aux députés, a lancé Mario Roy dans une vidéo vue plus de 20 000 fois. Lâchez-les pas, c’est ça, la solution.

Le modèle de lettre s’est ensuite retrouvé dans plusieurs groupes Facebook de citoyens opposés aux mesures sanitaires. D’autres internautes sympathiques à la cause ont publié leurs propres vidéos sur le sujet, et l’une d’entre elles a même été partagée par l’adepte des théories du complot Alexis Cossette-Trudel un jour avant que son compte Facebook se fasse définitivement supprimer.

Messages « agressifs »

Si le modèle de lettre à la base de cette campagne ne contient pas de menaces ou de propos violents, la députée indépendante Catherine Fournier affirme que plusieurs des messages qui lui ont été envoyés sont préoccupants.

Ça arrive vraiment souvent, les chaînes de lettres de citoyens qui veulent que les choses changent. Cette fois, c’est le ton qui est différent. Jamais je n’avais reçu des messages avec une telle agressivité, témoigne celle qui dit vivre une forme de harcèlement en ligne depuis qu’elle a abordé publiquement le phénomène de la désinformation au printemps dernier.

Catherine Fournier dans un studio.

La députée indépendante Catherine Fournier dit vivre « une forme de harcèlement en ligne » depuis qu’elle a abordé publiquement le phénomène de la désinformation au printemps dernier.

Photo : Radio-Canada / Vincent Desjardins

Mme Fournier dit avoir reçu des dizaines de messages en lien avec des demandes de désaveu seulement sur les réseaux sociaux.

C’est sur Facebook, surtout. On m’envoie cette procédure de désaveu dans un document de format Word, et avec ça, il y en a qui m’envoient un message d’insulte, ou qui me demandent s’ils peuvent faire un désaveu contre moi. [...] Il y en a aussi qui pensent qu’ils peuvent procéder à des arrestations citoyennes, raconte-t-elle.

La députée de Marie-Victorin dit ne pas répondre aux messages insultants ou menaçants, mais si je vois qu’il y a une ouverture à la discussion, [...] j’essaie de le ramener un peu à la situation actuelle et à la nature des mesures sanitaires.

De leur côté, les députés de Québec solidaire envoient la même réponse pré-écrite à toute personne qui leur envoie un message demandant un désaveu des mesures sanitaires.

Ce sont des personnes qu’on représente, qui ont des inquiétudes par rapport à la situation actuelle, notamment en ce qui concerne les effets de la crise sur la santé mentale. Ce sont des préoccupations que je partage, donc je peux comprendre leurs inquiétudes, explique la députée solidaire de Sherbrooke, Christine Labrie.

La députée de Sherbrooke, Christine Labrie.

La députée solidaire Christine Labrie demande davantage de transparence au gouvernement Legault en ce qui concerne la gestion de la pandémie.

Photo : Radio-Canada

En même temps, ils se basent souvent sur des informations de sources discutables. On les invite à garder leur esprit critique, mais de quand même se baser sur des informations fiables. Parce que oui, il faut être critique en tout temps de ce que le gouvernement fait, mais il faut le faire en gardant à l’esprit aussi [...] qu’il ne le fait pas pour le plaisir, il le fait parce qu’on est en pandémie, ajoute Mme Labrie.

La CAQ et le PQ disent pour leur part ne pas avoir l’intention de répondre à ces messages au-delà d’un accusé de réception. Le Parti libéral du Québec n’a pas répondu à nos questions sur le sujet.

Réunis autour d'une cause commune?

Cette campagne n’est qu’une tactique d’intimidation du mouvement anti-autorité qui occupe de plus en plus l’espace virtuel et médiatique depuis le début de la pandémie, selon le directeur du Centre d’expertise et de formation sur les intégrismes religieux, les idéologies politiques et la radicalisation (CEFIR), Martin Geoffroy.

Grâce à la pandémie, toutes sortes de petits mouvements fragmentés comme l’extrême droite, les gens du nouvel âge, les citoyens souverains, les naturopathes et autres ont maintenant une cause commune : renverser le gouvernement, explique M. Geoffroy.

Des dizaines de personnes sans masques sont réunies et se tiennent à moins de deux mètres l'une de l'autre.

Plusieurs manifestations contre les mesures sanitaires ont été organisées depuis ce printemps.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ils existent par la confrontation avec les pouvoirs en place. Leur but, c’est de piéger les députés pour qu’ils répondent et de leur faire dire des choses qu’ils pourront interpréter comme ils le veulent et ajouter ça à leur biais de confirmation. Et s’ils n’ont pas de réponse, ça fait la même chose parce qu’ils partent avec un biais d’intentionnalité : que les politiciens sont corrompus, ajoute le directeur du CEFIR.

Opération de séduction

Cette campagne donne également la chance à ce mouvement anti-autorité d’élargir ses rangs, croit M. Geoffroy. C’est pour cette raison que le gabarit de la lettre est plutôt sobre et ne contient pas les idées plus marginales des gens qui l’ont créée.

C’est une stratégie que l’on connaît bien. C’est comme en 2018, quand la Meute était en phase de séduction et qu’elle a mis de côté ses éléments radicaux pour pas qu’on la qualifie d’extrême droite, analyse-t-il.

Il ne faut pas oublier qu’en ce moment, les gens sont isolés. Quand ils voient des manifestations [antimasques] où c’est un groslove fest et que tout le monde s’embrasse, ça peut susciter de l’intérêt pour des individus qui se sentent seuls ou désengagés socialement… surtout quand les proches ne sont plus à portée de main et que l’espace sur Internet est occupé par les conspirationnistes.

Mario Roy n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue et Annie Robichaud a refusé de répondre à toute question.

Mise à jour : une version précédente de ce texte identifiait Mario Roy comme étant membre du groupe Storm Alliance. Il affirme ne plus en faire partie.

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