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La pomme est gourmande en pesticides

Quand vous croquez dans une pomme, vous croquez aussi dans un cocktail de pesticides dont les effets à long terme sur la santé sont inconnus, démontre un reportage de L'épicerie.

Une pomme rouge dans un arbre.

Les pommes du Québec contiennent de nombreux pesticides, mais répondent aux normes de la santé publique.

Photo : Radio-Canada

La pomme du Québec est populaire. C’est le fruit préféré des Québécois après la banane. Mais c’est aussi un fruit qui, aux États-Unis, figure dans le sinistre classement des « Dirty Dozen » de l'Environmental Working Group (EWG). De l’autre côté de la frontière, la pomme se classe 5e dans la liste des fruits et légumes contenant le plus de traces de pesticides.

C’est aussi vrai au Canada. Notre enquête révèle que la plupart des pommes que nous consommons contiennent des traces de toutes sortes de pesticides, mais la plupart du temps en deçà des normes fixées par Santé Canada.

Une production gourmande en pesticides de toutes sortes

La culture de la pomme, c’est une importante industrie : près de 500 producteurs au Québec et des revenus annuels de près de 59 millions de dollars.

L’objectif premier des pomiculteurs : avoir des pommes parfaites. Car ce sont elles qui sont les plus payantes.

Et pour parvenir à produire ce fruit parfait qu’exigent les épiciers et les consommateurs, les vergers peuvent recevoir une bonne douzaine de traitements phytosanitaires chaque année.

Ce sont surtout des fongicides, destinés à lutter contre la tavelure de la pomme, un champignon qui prolifère sous le climat frais et humide du Québec. Les pomiculteurs doivent aussi intervenir contre différents insectes avec des insecticides et veiller à limiter la prolifération des mauvaises herbes en recourant à des herbicides épandus à la base des arbres.

Sébastien Beauchamp, agronome, dans un verger.

L'agronome Sébastien Beauchamp aide les pomiculteurs à améliorer leur utilisation des pesticides.

Photo : Radio-Canada

Si on ne traite pas (le verger), il pourrait y avoir une grande majorité des fruits qui vont être déformés. C'est une grosse perte de revenus pour les producteurs.

Sébastien Beauchamp, agronome

L’utilisation de ces pesticides est cependant très contrôlée. Et au Québec, 80 % de l’industrie de la pomme pratique ce qu’elle appelle la production fruitière intégrée.

Objectif : réduire le nombre et la quantité de pesticides utilisés, et chercher de nouvelles avenues pour se protéger des prédateurs en toute naturalité.

Car ces pesticides finissent par coûter cher. Il s’agit du deuxième poste de dépenses le plus important dans le coût de production, après la main-d'œuvre, rappelle un mémoire de l’Union des producteurs agricoles sur l’usage des pesticides en pomiculture.

Avec la pomme de terre, la pomme est la production agricole la plus gourmande en pesticides.

Le point sur les analyses

Tant le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) que l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) analysent régulièrement les teneurs en pesticides de différents fruits et légumes.

Chaque pesticide est testé afin de savoir s’il dépasse la limite maximale de résidus (LMR) qui est fixée lors de l’homologation du produit par Santé Canada.

Pour la pomme, les conclusions sont similaires : le taux de conformité aux LMR dépasse les 98 % bon an, mal an.

Dans le dernier rapport du MAPAQ, le Plan de surveillance des résidus de pesticides dans les fruits et légumes frais issus de la culture conventionnelle vendus au Québec (2018-2019), les analyses n’ont rien trouvé. Autrement dit, les échantillons analysés étaient 100 % conformes.

Le MAPAQ a analysé 41 pommes sur un an. De ce nombre, 28 contenaient des traces de pesticides. On a relevé jusqu’à 9 pesticides différents sur certains échantillons.

Du côté de l’ACIA, le dernier rapport 2015-2016 ne rapporte également aucun cas de non-conformité dans les pommes, aussi bien conventionnelles que biologiques. L’agence teste environ 400 pommes, locales et importées, par année.

L’impact sur la santé

Le fait que les échantillons ne dépassent pas les normes ne rassure pas pour autant la professeure à l’école de santé publique de l’Université de Montréal Maryse Bouchard.

Portrait de Maryse Bouchard.

La professeure en santé publique à l'Université de Montréal Maryse Bouchard.

Photo : Radio-Canada

Le problème, c'est que quand on teste la sécurité de ces produits-là, c'est un à un. L'effet combiné de 10-15 pesticides n'a jamais été vraiment testé scientifiquement. Donc, en fait, c'est difficile de se prononcer à savoir si c'est complètement sécuritaire et s'il n’y a pas de risque pour la santé.

Nous avons demandé à l’Institut national de santé publique du Québec et à Santé Canada de nous accorder des entrevues. Nos demandes ont été refusées.

L’agence fédérale nous a cependant répondu par écrit que la fixation de limites maximales de résidus est fondée sur une démarche scientifique qui garantit que les pesticides sont utilisés d'une manière conforme par les producteurs agricoles et que les Canadiens ont accès à un approvisionnement alimentaire sûr.

Maryse Bouchard reste sceptique. Les normes, elles sont très respectées en effet, mais je questionne la validité de ces normes. Est-ce que ces normes correspondent vraiment à la réalité, auxquelles on peut vraiment se fier? Ces normes ont été établies il y a de nombreuses années et ne tiennent pas compte des données les plus récentes. Et pourtant, il y en a, des avancées scientifiques au niveau des pesticides.

Une production plus naturelle

Reste que les producteurs de pommes sont conscients qu’il faut diminuer la quantité de pesticides utilisés en pomiculture. Mais ils demandent aussi un effort de la part des consommateurs.

C'est sûr, le consommateur québécois achète encore beaucoup avec les yeux. S'il y avait un petit peu plus d'éducation, on pourrait aller économiser facilement quelques traitements par année. Les fruits seraient un petit peu moins parfaits au niveau esthétique, mais toujours aussi bons au niveau nutritif, affirme Robert Lafond, propriétaire du Verger St-Paul.

La production biologique, une solution?

La production biologique est marginale au Québec, ne représentant que 1 % de la production totale.

Une des rares spécialistes de la pomiculture biologique, l’agronome Yveline Martin, constate pourtant qu’il est possible de cultiver de manière biologique sans trop de pertes.

Bon an, mal an, on est à peu près à 80 % de pommes parfaites, donc c'est quand même très bien. J'exclus le calibre, par contre, parce que nous ne tenons pas trop compte du calibre.

Mais en épicerie, le calibre est le nerf de la guerre. Les pommes trop petites sont immédiatement déclassées et ne valent plus rien.

Je pense que la clientèle serait prête à faire des concessions sur le calibre si la pomme est belle, s’il n'y a pas de maladies ni d’insectes.

Yveline Martin, agronome spécialisée en agriculture biologique

Reste que la production biologique est complexe et, surtout, ne donne pas forcément des pommes à un prix abordable pour tous.

Bien nettoyer les pommes

Un bon conseil pour le consommateur de pommes conventionnelles : faire tremper les pommes dans une solution composée de deux tasses d'eau et d'une cuillère à thé de bicarbonate de soude pendant au moins deux minutes avant de les rincer. Des chercheurs de l'Université d'Amherst du Massachusetts ont conclu que c'est la manière la plus efficace de nettoyer les pommes des résidus de pesticides.

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