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Services de santé Alberta prévoit d'abolir 11 000 postes

Le plan initial prévoyait de supprimer jusqu’à 16 000 emplois en trois ans.

Tyler Shandro.

Le ministre de la Santé de l'Alberta, Tyler Shandro, a demandé à l'agence de santé publique de trouver des façons de réduire ses coûts de fonctionnement.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Jusqu’à 11 000 postes seront supprimés dans le réseau de santé de l’Alberta au cours des prochaines années. C'est ce qu'a annoncé le ministre provincial de la Santé, Tyler Shandro, dans le but d'économiser 600 millions de dollars par an.

Entre 9 700 et 11 000 employés de Services de santé Alberta (AHS) seront licenciés, la plupart travaillant dans les services de laboratoire, de lessive, de nettoyage et de restauration auprès des patients hospitalisés.

Ces emplois seront sous-traités à des entreprises privées.

Aucune mise à pied du personnel de première ligne ne sera effectuée durant la pandémie, assure le ministre provincial de la Santé qui confirme toutefois que 800 postes de médecins et d'infirmières seront éliminés par attrition.

Interrogé sur l’éventualité d’une compression du personnel de première ligne après la pandémie, le ministre Tyler Shandro est resté évasif : je pense que toute réduction involontaire sera minime, a-t-il dit.

Cent postes de gestion devraient aussi disparaître avant le mois d’avril, selon Tyler Shandro.

Il indique que ce plan de réduction devrait permettre d'économiser jusqu'à 600 millions de dollars par an et que sa mise en oeuvre se fera à long terme et de façon graduelle.

Plan assoupli, selon Shandro

Le plan initial, daté du 29 juillet et dont CBC a obtenu une copie, contenait des mesures de réduction des coûts plus agressives qui, selon les autorités sanitaires, auraient permis d'économiser entre 837 millions et 1,2 milliard de dollars par an.

Le plan proposé prévoyait la suppression de jusqu'à 10 300 postes équivalents à temps plein, dont des centaines en soutien infirmier et clinique. Jusqu'à 16 700 employés à temps plein et à temps partiel auraient été touchés, en raison des mises à pied et des suppressions de postes.

Mais, selon Tyler Shandro, son cabinet a décidé de ralentir la mise en oeuvre de ce plan en raison de la pandémie en cours : bien que nous sommes toujours engagés aux objectifs de l’examen, notre paysage global a considérablement changé, notamment en réponse à la pandémie, a-t-il déclaré. J’ai donné l’ordre à AHS de s’assurer que rien ne compromette cette réponse [à la pandémie].

Pourtant, plusieurs des changements proposés dans le plan provisoire, incluant ceux qui entraîneraient un transfert des coûts au public et en particulier aux aînés, sont toujours prévus.

AHS prévoit toujours, par exemple, d’externaliser plus de 9000 emplois de services généraux touchant les services de laboratoire, de lessive, de nettoyage et de restauration auprès des patients hospitalisés. Il prévoit également d'augmenter les frais d’hébergement pour les soins continus ainsi que le montant facturé aux patients de tous les établissements de AHS pour les fournitures non couvertes par le régime provincial d’assurance-maladie, comme les béquilles et les plâtres.

AHS envisage encore de transférer les patients de soins de longue durée à des résidences offrant plus d’indépendance aux patients tout en ayant accès à du personnel de soins sur place. Cette alternative transfère toutefois certains coûts comme celui des médicaments de AHS aux patients.

Mauvaise gestion du changement, selon un expert

L'analyste en santé publique Steven Lewis estime que le calendrier initial, qui devait s’échelonner sur trois ans, était trop agressif.

Il croit également que le comportement belliqueux de Tyler Shandro envers les médecins et le syndicat des employés provinciaux de l'Alberta rendra presque impossible la réussite de la mise en oeuvre du plan assoupli, puisqu'il nécessitera la collaboration du personnel.

L'ironie, c’est que le gouvernement a raison sur bon nombre des problèmes du système, mais qu'il est nul en gestion du changement.

Steven Lewis, analyste en santé publique

L'attaché de presse du ministre de la Santé, Steve Buick, a quant à lui précisé : Les changements commenceront tous au cours des trois prochaines années, mais prendront plus de temps à être pleinement mis en œuvre.

Bombe à retardement, prévient l’AUPE

Cette décision vient jeter de l’huile sur les braises encore chaudes de la tension qui existe entre le gouvernement provincial et le Syndicat des employés provinciaux de l'Alberta (AUPE).

L’organisme qui représente plus de 60 000 employés de AHS, incluant des infirmières auxiliaires autorisées, des aide-soignants et du personnel d’entretien et de cuisine, met en garde contre un grave conflit, si le gouvernement ne fait pas marche arrière.

C’est une bombe à retardement, a déclaré sa vice-présidente, Susan Slade.

Déjà peu impressionné de la gestion politique du gouvernement conservateur, le président de l’AUPE a fait savoir que ses membres se préparaient déjà à une grève. Le niveau de colère parmi nos membres était déjà très élevé, a-t-il déclaré en point de presse, mardi.

Nous ferons tout ce que nous pouvons pour lutter contre ces pertes d'emplois à la table de négociation et dans la rue.

Guy Smith, président du Syndicat des employés provinciaux de l'Alberta (AUPE)

Ce plan irritera et démoralisera davantage les infirmières déjà stressées et surchargées de travail en raison de la pandémie, a déclaré la présidente du Syndicat des infirmières unies de l'Alberta (UNA), Heather Smith, qui représente 29 000 infirmières.

Je pense que mes membres réagissent comme n’importe quel travailleur face à l’idée que son employeur soit en train de décimer à toute vitesse son lieu de travail en refusant ou envisageant d’aider les employés qu’ils abandonnent, souligne-t-elle.

Ce gouvernement et AHS sont juste assis en train de préparer des lettres de mise à pied en vue de la fin de cette pandémie, comme pour nous dire : Hé, nous n’avons plus besoin de vous.

Heather Smith, présidente du Syndicat des infirmières unies de l'Alberta (UNA)

Imprudent, stupide et irresponsable, selon le NDP

La chef de l’opposition néo-démocrate, Rachel Notley, n’a pas mâché pas ses mots : C'est une décision absolument stupide. Il n'y a pas d'autres termes pour qualifier cela, a-t-elle lancé.

Selon elle, ce plan causera plus de tort aux patients et aux communautés, en particulier celles des milieux ruraux, en plus d’entraver la reprise économique de la province.

Jason Kenney croit que les Albertains qui nettoient les chambres, lavent la literie et préparent la nourriture dans nos hôpitaux, pendant une pandémie, sont en quelque sorte inutiles [...] Demandez à toute personne qui a déjà eu un être cher à l'hôpital et elle vous dira que la personne qui nettoie le vomi sur le sol est un travailleur de première ligne, poursuit-elle.

Selon elle, la sous-traitance de ces services signifie inévitablement moins de personnes effectuant le travail et pour un salaire moindre.

Nous avons vu les échecs des soins à but lucratif dans les établissements privés de soins de longue durée partout au pays tout au long de cette pandémie.

Rachel Notley, chef de l'opposition néo-démocrate de l’Alberta

Pour les patients et leurs familles, continue-t-elle, cela signifie que les chambres sont nettoyées moins souvent et moins soigneusement et que la nourriture est fournie par le plus bas soumissionnaire.

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