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Wendake pleure ses « petits anges »

Une toile représentant deux anges est accrochée à un arbre.

Témoignant de son chagrin, une jeune fille de Wendake a peint cette toile en l'honneur des deux jeunes garçons trouvés morts dans la nuit de samedi à dimanche.

Photo : Radio-Canada / David Rémillard

Tout Wendake s'est endormi samedi soir en ne se doutant de rien. La communauté huronne-wendat, d'ordinaire tranquille, vit ces jours-ci au rythme de la chasse et d'une campagne électorale.

Le choc fut brutal, dimanche matin.

Les alertes mobiles annonçaient la mort de deux enfants dans un appartement de la rue Chef Nicolas-Vincent, au cœur du village ancestral. L'affaire est considérée comme un double meurtre, et la police évoque un drame familial.

Pour ceux qui se trouvent toujours dans l'arrière-pays, à traquer le gibier, le compte à rebours est enclenché. Dès que leur appareil captera à nouveau le signal, ils encaisseront le choc à leur tour.

Le grand chef sortant, Konrad Sioui, reçoit l'appel fatidique aux petites heures de la nuit. Dès l'aube, il se tient debout près du périmètre de sécurité établi par la Sûreté du Québec et la police de Wendake. Je savais déjà que ce drame-là avait touché des enfants. Mon cœur était chaviré, racontera-t-il.

Plan épaule de Konrad Sioui, le regard triste, devant une maison, à l'extérieur, le jour. Il porte un manteau et un chapeau noirs.

Le grand chef de la Nation huronne-wendat, Konrad Sioui

Photo : Radio-Canada

Quelques heures auparavant, un homme de 30 ans s'était livré de lui-même aux policiers de Québec, dans un poste situé à une dizaine de kilomètres au sud du village. Sa déposition allait mener à la découverte, peu avant  2 h, des corps des deux jeunes garçons âgés de deux et cinq ans.

Pour Konrad Sioui, il s'agit d'abord et avant tout d'un drame humain.

Peu importe la couleur, l'origine, c'est universel. Quand on voit nos petits anges partir comme ça, qui paient le prix de cette société-là qui est peut-être rendue fatiguée et malade, ça blesse.

Konrad Sioui, grand chef de la Nation huronne-wendat

Avec la lourdeur de la pandémie et la mort récente de l'Atikamekw Joyce Echaquan, sans compter une récente tentative de suicide au sein de la communauté, le grand chef a admis, dimanche, avoir de la difficulté à reprendre son souffle.

Élan de solidarité

Bien que leurs parents ne soient pas originaires de Wendake, les deux victimes ont été pleurées comme si elles faisaient partie de la grande famille huronne-wendat.

À quelques dizaines de mètres des lieux du drame, sur le terrain de l'église Notre-Dame-de-Lorette, un mémorial improvisé n'a cessé de gonfler tout au long de la journée, jusqu'à tard en soirée. Au pied d'un arbre, les peluches se sont entassées, parsemées de messages d'amour.

Des peluches et une bougie entassées.

Des dizaines de peluches sont entassées au pied d'un arbre, près des lieux du drame.

Photo : Radio-Canada / Dominic Martel

Ça a été très difficile comme réveil, raconte Atikush Savard Malec, venue se recueillir avec ses enfants. La communauté est vraiment bouleversée.

Mme Savard Malec reviendra au mémorial quelques instants plus tard, seule cette fois. Sous les branches, à travers les feuilles d'érable, elle suspendra un bouclier de médecine, pour la maman, et deux capteurs de rêve qui veilleront sur les jeunes disparus.

Des capteurs de rêves dans un arbre.

Un bouclier de médecine et des capteurs de rêves veillent sur la famille éplorée.

Photo : Radio-Canada / Dominic Martel

Témoignant de son chagrin, une jeune fille a peint une toile à la mémoire des deux garçons.

Wendake, c'est une société très ouverte. On est proches de tout le monde, souligne Konrad Sioui. Par ses services et son centre de formation, son urbanisation et sa proximité avec la ville de Québec, la Nation a l'habitude d'accueillir des membres d'autres communautés autochtones, ainsi que des Québécois.

Plusieurs viennent s'y installer dans l'espoir de vivre une vie meilleure. C'est une terre d'accueil.

« On est à terre »

L'incompréhension était totale dimanche. Dans cette communauté tissée serrée d'à peine 2500 habitants, personne ne s'y attendait. De mémoire de grand chef, Konrad Sioui ne se souvient pas d'un tel drame à Wendake.

Aucun des voisins immédiats rencontrés n'a vraiment eu connaissance des faits. La plupart dormaient et n'ont rien entendu de particulier. Des gyrophares, une sirène, sans plus, dira l'un d'eux.

Tantôt incrédules, tantôt en larmes, les membres de la communauté ont défilé tour à tour devant la scène de crime, jetant un regard furtif vers la résidence condamnée.

Trois autopatrouilles de la police de Wendake sont visibles autour d'une résidence encerclée par un périmètre de sécurité.

Une scène de crime était érigée autour d'une résidence de Wendake située dans la rue Chef-Nicolas-Vincent, au cœur du village ancestral.

Photo : Radio-Canada / Kassandra Nadeau-Lamarche

À l'école, au parc et partout dans la communauté, tout le monde a fini par apprendre la nouvelle. Plusieurs résidents ont su que les deux jeunes victimes fréquentaient l'école primaire et le Centre de la petite enfance de Wendake.

On est à terre, confie Anouche Sioui, elle-même mère d'un jeune garçon. En plus de compatir avec la maman et les proches des victimes, dont plusieurs résident sur la Côte-Nord, elle avait une pensée toute spéciale pour les policiers de Wendake ayant fait la macabre découverte.

La mère des victimes semble quant à elle bien connue et appréciée.

Dans la communauté, c'est sûr que ça va avoir une onde de choc, affirme Caroline Sylvestre. Il y a plein de familles avec de jeunes enfants. Quand des drames comme ça arrivent, c'est sûr qu'on pense à nos propres enfants, on pense à la mère.

Aide psychologique

Mme Sylvestre, comme plusieurs autres personnes rencontrées, a instinctivement avancé des problèmes de santé mentale pour tenter d'expliquer la tragédie. Tous ont hâte d'en savoir davantage, mais il faut attendre l'enquête policière, menée par la Sûreté du Québec.

Déjà, dimanche, le Conseil de la Nation huronne-wendat avait constitué une cellule de crise. Des services psychologiques ont été mobilisés pour épauler tous les membres de la communauté. La Nation peut aussi compter sur une offre de soutien du gouvernement du Québec.

Le travail devait se poursuivre lundi auprès des éducatrices de la garderie et du personnel de l'école primaire. Les enfants doivent retourner en classe mardi, et apprendre à composer avec l'absence de l'un des leurs.

Besoin d'aide pour vous ou un proche?

  • Centre de santé et de services sociaux Marie-Paule-Sioui-Vincent (pour la communauté de Wendake) : 418 842-6255
  • Ligne québécoise de prévention du suicide : 1 866 APPELLE (277-3553).

Un suspect accusé

Le suspect dans cette affaire a été interrogé hier en soirée par les enquêteurs de la Sûreté du Québec. Il a comparu par visioconférence sous deux chefs d’accusation de meurtre au deuxième degré. Il demeure détenu jusqu’à la suite des procédures judiciaires, prévue mardi.

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