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Et si on élisait les juges et les chefs de police?

Une femme se tient debout à l'arrière d'un camion noir à grosses roues tirant une remorque sur laquelle apparaît la photo de la candidate et est inscrit : « Sandy Russell for Superior Court Judge ».

Sandy Russell, avocate en Arizona, fait campagne en vue des élections du 3 novembre. Elle se présente comme indépendante au poste de juge de la Cour supérieure du comté de Cochise.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Des candidats qui font campagne pour devenir juge, procureur ou même chef de police, voilà qui serait impensable dans notre système actuel. Pourtant, au sud de notre pays, c’est monnaie courante dans une majorité d’États américains. En effet, l’élection du 3 novembre ne permettra pas d’élire qu'un président, des sénateurs et des représentants.

En plein milieu d’une parade en l’honneur de la gloire locale de la musique country à Wilcox, petite ville du sud de l’Arizona, on trouve de tout : chars allégoriques, camions de pompier, remorqueuse qui affiche fièrement la bannière Tow Lives Matter ainsi qu’un véhicule tout-terrain arborant le drapeau des confédérés.

Non loin du véhicule du Parti républicain qui brille par ses fanions pro-Trump, suit un camion léger dans lequel une femme brandit un gros marteau en caoutchouc ressemblant étrangement au marteau d’un juge. Rien d’anormal, car Sandy Russell, avocate du coin, se présente au poste de juge de la Cour supérieure du comté de Cochise.

Car oui, ici comme dans une majorité d’États américains, les électeurs pourront choisir leur magistrat le 3 novembre prochain. Au moins, dit la candidate indépendante, si vous choisissez un juge dont vous n’aimez pas le travail, vous pouvez toujours voter contre lui dans quatre ans.

Elle estime que son passé d’avocate, dans lequel elle a plaidé bien des causes différentes, lui donne un avantage sur ses concurrents. Sandy Russell songe même à créer un programme de réinsertion pour les récidivistes et d’aide en santé mentale.

Même si on la compare dès lors à une politicienne qui fait des promesses électorales, elle rétorque qu’un juge peut, jusqu’à un certain point, réaliser des choses en dehors de son mandat habituel qui consiste à trancher des causes.

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Juges et shérifs en campagne aux États-Unis

Acheter une juge?

Financer une campagne électorale coûte cher et les candidats au poste de juge ne peuvent pas échapper aux activités de financement. Est-ce qu’on pourrait alors acheter une juge en lui versant de l’argent pendant la campagne, en espérant que si quelque chose tourne mal côté justice, on puisse demander une faveur?

Impossible, dit Sandy Russell, d’accepter personnellement de l’argent, cela se fait par l’entremise d’un trésorier. Si la réponse semble vertueuse, elle ne règle pas la question de perception en matière d’éthique.

Non loin du kiosque d’information de l’avocate, on fait connaissance avec un autre candidat au même poste, Jason Lindstrom, qui lui affiche davantage sa couleur politique; il est républicain.

Même si le poste n’est pas partisan et que le nom du parti qu’il représente n’apparaîtra pas sur le bulletin de vote, il se permet d’ajouter qu’il n’est pas politicien et qu’il ne pense pas que ce soit une bonne idée que des juges soient politisés. D’accord, mais alors pourquoi s’afficher comme tel?

Tout le monde a des préjugés, dit-il, vous avez des préjugés, vos amis ont des préjugés. Mais cela ne devrait pas teinter vos actions surtout à un poste comportant des responsabilités dans le système judiciaire.

Il ajoute que même s’il a des valeurs conservatrices, il ne sera pas amené à juger des causes sur des questions comme l’avortement ou d'autres sujets polarisateurs, qui sont du ressort ultime de la Cour suprême dont les juges, eux, sont nommés par le président.

Un chef de police qui quête de l’argent

Dans un café du coin, en banlieue de Phoenix, au son de la musique d'un groupe de rock local qui joue sur une petite scène, quelques bénévoles de la campagne de Jerry Sheridan vendent des chandails pour amasser de l’argent. Sheridan, employé haut placé du bureau du shérif du comté de Maricopa depuis 38 ans, avait pris sa retraite récemment.

Il en est sorti pour espérer remporter le poste de shérif occupé actuellement par un démocrate. Il y a quelques mois, il avait même dû se battre pendant les primaires républicaines contre l’ancien shérif, Joe Arpaio, qui a régné pendant 24 ans sur le quatrième comté en importance des États-Unis. Car oui, en plus des juges, les électeurs peuvent aussi choisir leur shérif, l’équivalent d’un chef de police.

Pragmatique et homme d’action, Jerry Sheridan n’apprécie pas beaucoup jouer au politicien et même participer à une campagne pour amasser des fonds. Les citoyens n’ont aucun incitatif pour faire des dons à la campagne d’un candidat shérif parce que je ne peux pas leur donner de laissez-passer qui les sortira de prison.

S’il est élu, il sera à la tête d’une administration de plus de 3000 employés et d’un budget de près d’un demi-milliard de dollars américains. Dans cette course, il est aussi identifié au parti républicain parce qu’il n’a pas le choix. C’est très difficile de gagner comme indépendant, vous devez avoir une affiliation politique.

Mais encore là, selon lui, la loi, c'est la loi, et il n’y a pas lieu d'en faire une interprétation selon ses croyances politiques.

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