•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Analyse

Trump ou Biden : Ottawa surveille

Les élections présidentielles américaines vues du Canada.

Montage photo de Joe Biden et de Donald Trump.

Joe Biden et Donald Trump

Photo : Associated Press / Archives

En 2016, la victoire de Donald Trump a pris par surprise le gouvernement de Justin Trudeau. Une négligence qui a bouleversé le cours de son premier mandat. Quatre ans plus tard, en pleine pandémie et devant une campagne qui semble pouvoir aller dans toutes les directions, pas question de pécher de nouveau par excès de confiance.

Le discours du Trône avait à peine lancé la nouvelle session que dans les cabinets de ministres à Ottawa, on dressait la liste des projets de loi à déposer. Aux commandes d’un gouvernement minoritaire, le gouvernement sait qu’il a peu de marge de manœuvre pour faire adopter certaines réformes.

Le principal conseiller d’un ministre senior me fait sa liste et anticipe les échéanciers en soulignant l’urgence de pousser certaines réformes majeures promises lors de la dernière campagne. Malgré cela, pas question d’accélérer immédiatement le dépôt des projets de loi importants. On va attendre le 4 novembre, lance-t-il. Après les élections américaines.

Ce genre de pratique n’est pas inhabituel. Quand les Américains se préparent à choisir le prochain hôte de la Maison-Blanche, le Canada fait un effort conscient pour ne pas s’immiscer malgré lui dans un débat qui n’est pas le sien. C’est tout à fait normal, explique un chef de cabinet. Un ex-conseiller de Justin Trudeau estime que l'exercice a commencé il y a déjà un mois. Après la fête du Travail, chaque projet de loi est étudié attentivement par le bureau du premier ministre, dit-il.

Sauf que cette fois, on sent que tout le monde fait preuve d’une prudence accrue. Pas question de reproduire les erreurs de 2016, quand on avait sous-estimé les chances de Donald Trump de l’emporter. Personne ne l’avait vu venir, explique un conseiller du gouvernement.

Le gouvernement canadien s’est retrouvé du jour au lendemain mal préparé devant un président américain imprévisible. La renégociation de l'accord de libre-échange, que le candidat républicain avait promis de déchirer, est devenue la priorité du gouvernement. Ça a monopolisé le temps et les ressources du gouvernement, forçant la mise en veilleuse d’autres priorités.

La crainte du chaos

Justin Trudeau ne le dira pas publiquement, mais son administration a clairement des atomes crochus avec les démocrates de Joe Biden. Malgré cela, pas question de minimiser la possibilité que Donald Trump renouvelle son mandat. Au centre (c’est le surnom du Bureau du premier ministre), la course américaine est suivie attentivement, et tous les scénarios sont sur la table.

On peut s’entendre avec les démocrates ou les républicains, explique un chef de cabinet. Surtout qu'après un premier mandat, lui et ses collègues ont noué des liens étroits avec leurs homologues au sud. Les dossiers cheminent et on a appris à composer avec l'imprévisibilité du président.

Justin Trudeau.

Le premier ministre Justin Trudeau

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

En coulisses, ce que l’on craint surtout, c’est une soirée électorale qui se termine sans vainqueur clair, une contestation, un président qui s'accroche.

On se prépare et on regarde, a lancé Justin Trudeau en entrevue jeudi à l’émission Première heure de Radio-Canada à Québec. Ce que l’on aimerait voir, c’est un résultat clair, avec le moins de chaos possible. Un commentaire aux limites de ce que le Canada peut se permettre, selon un ex-conseiller de Justin Trudeau. D’autres estiment qu’il est allé un peu loin. Le mot chaos risque fort de ne plus sortir de la bouche du premier ministre d’ici la fin de la campagne.

Passer sous le radar

Surtout que le but d’Ottawa présentement, c’est de surveiller sans être repéré. Essentiellement de passer sous le radar. Tu ne veux jamais que le mot Canada soit mentionné durant une élection américaine, explique l’ex-conseiller de Justin Trudeau. Il faut éviter de devenir un élément de la campagne, pour éviter d’avoir à gérer les retombées, souvent négatives.

La dernière gaffe du genre remonte à 2006. Le chef de cabinet de Stephen Harper, Ian Brodie, a alors dit à des journalistes que le camp démocrate lui avait assuré que le Canada n’avait pas à s’inquiéter des critiques de Hillary Clinton au sujet de l’accord de libre-échange. Le commentaire s’est retrouvé dans les médias américains, mettant Stephen Harper sur la sellette, bien malgré lui. Au final, l’impact a été limité, mais les conséquences auraient pu être catastrophiques. Un conseil de Barack Obama a qualifié la fuite à l’époque de vraiment, vraiment stupide.

Surveiller les bonnes occasions

En attendant le résultat final, certains sont d’avis qu’il faut préparer le terrain pour l’après-campagne. Surtout si les démocrates gagnent leur pari, comme le laissent croire la plupart des sondages.

Certaines politiques de Biden, surtout en matière environnementale, reflètent presque fidèlement les aspirations du gouvernement Trudeau. Un démocrate ambitieux à la Maison-Blanche pourrait permettre d’accélérer certaines réformes de ce côté-ci de la frontière.

D’autres y voient aussi des occasions d’affaires. De nouveaux marchés pour l’énergie hydro-électrique du Québec et des provinces voisines. Des débouchés pour des entreprises spécialisées dans la fabrication d’équipement vert, par exemple.

Mais attention aux débordements d’enthousiasme, soulignent plusieurs. Les élections de 2016 ont clairement démontré que l’impossible n’avait soudainement rien d’immuable.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !