•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Présidentielle américaine : voici ce que vous devez savoir des grands électeurs

À la traîne dans les sondages, le président Donald Trump pourrait être reporté au pouvoir avec moins de voix que son rival démocrate Joe Biden. Pourquoi? La réponse courte tient en deux mots, au choix : grands électeurs ou Collège électoral. Explication d'un mécanisme électoral qui peut créer des distorsions.

Des articles promotionnels disent : « J'aime le Collège électoral », « Sauvons nos États » ou encore « Démocratie : deux loups et un agneau votant pour leur dîner. »

La Conférence d'action politique des conservateurs (CPAC), qui soutient le Parti républicain, a fait la promotion du Collège électoral lors de sa réunion annuelle, tenue cette année à Oxon Hill, au Maryland.

Photo : Reuters / JOSHUA ROBERTS

En début d’année, les experts envisageaient la possibilité que le candidat républicain signe une victoire encore plus éclatante au Collège électoral qu’en 2016 tout en perdant le vote populaire par une plus grande marge qu’à l’époque.

Aux yeux de l’occupant actuel de la Maison-Blanche, le système qui a fait de lui le 45e président des États-Unis est tout simplement génial.

Quatre ans plus tôt, le magnat de l’immobilier, alors partisan du candidat républicain à la présidence Mitt Romney, portait sur le Collège électoral un regard fort différent. À l’aube de l’élection présidentielle, croyant que ce processus assurerait la victoire du président sortant, le démocrate Barack Obama, il y voyait alors un désastre pour la démocratie.

Un des tweets du président Trump dit: « Le Collège électoral est en fait génial dans la mesure où il met en jeu tous les États, y compris les plus petits. La façon de faire campagne est bien différente! » et le deuxième : « Le collège électoral est un désastre pour la démocratie. »Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La perception que Donald Trump a du Collège électoral a changé radicalement après son élection.

Photo :  Capture d’écran - Twitter / @realDonaldTrump


Mais qu’est-ce que le Collège électoral exactement?

Contrairement à d'autres régimes présidentiels, le président américain est élu au suffrage universel indirect.

Les électeurs ne votent pas directement pour le président, mais pour des intermédiaires, connus sous le nom de grands électeurs. Ces derniers forment le Collège électoral, auquel revient la responsabilité d'élire le président et son numéro deux.

Instauré lors de l'adoption de la Constitution de 1787, ce système était à l’origine pour les pères fondateurs un compromis entre les uns, méfiants à l'égard du vote populaire, et les autres, réfractaires à l’idée d’un président choisi par les élus du Congrès.

Aujourd'hui, les électeurs sélectionnent en fait une liste de grands électeurs potentiels liés à l'un ou l'autre des partis.

Le Collège électoral compte actuellement 538 membres, un total correspondant aux 435 élus de la Chambre des représentants et aux 100 sénateurs, auxquels viennent s’ajouter les 3 grands électeurs du District de Columbia.

Le nombre de grands électeurs d’un État dépend ainsi de son poids au Congrès, soit le nombre d’élus qu’il compte à la Chambre des représentants, déterminé en fonction de sa population, plus ses deux sénateurs, un nombre identique pour tous les États.

Les plus petits États, comme le Wyoming et le Dakota du Nord, ont un minimum de trois grands électeurs. À l'autre bout du spectre, les géants du pays comme la Californie ou le Texas en comptent respectivement 55 et 38.

La composition de la Chambre des représentants, et donc du Collège électoral, est révisée tous les 10 ans pour tenir compte des changements démographiques.

En vertu de la Constitution, les grands électeurs votent le lundi suivant le deuxième mercredi de décembre.


Comment les grands électeurs des États sont-ils attribués aux candidats?

Une grande électrice de la Caroline du Nord tient son bulletin de vote après avoir voté pour Donald Trump.

Après la certification des résultats dans les États, les grands électeurs se réunissent dans leur État, quelques semaines après l'élection, pour enregistrer deux votes : l'un pour le président et l'autre pour le vice-président.

Photo : Reuters / Jonathan Drake

La quasi-totalité des États a adopté le système du winner takes all, le gagnant remporte le tout. Lorsqu'un candidat remporte le vote populaire dans l’un d'eux, ne serait-ce qu'avec une voix de plus, il obtient automatiquement tous ses grands électeurs.

C’est ainsi qu’en 2016 Donald Trump a pu inscrire à son actif les 16 grands électeurs du Michigan en devançant sa rivale Hillary Clinton par un maigre 0,2 point de pourcentage.

Seuls le Maine et le Nebraska ont adopté une forme d’attribution proportionnelle. Dans les deux cas, le candidat à la présidence qui remporte le plus de voix à l’échelle de l’État obtient deux grands électeurs. Mais ces États attribuent un grand électeur additionnel au gagnant de chacun de leurs districts fédéraux, soit deux dans le cas du Maine et trois dans le cas du Nebraska.


Quel est le chiffre magique qu’un candidat doit atteindre pour être élu?

Pour être élu, un candidat doit recueillir la majorité absolue des voix des 538 grands électeurs, soit 270.

Comme le suffrage exprimé à l'échelle du pays n’importe pas, c’est comme s’il y avait une cinquantaine d’élections différentes simultanées, dont les résultats seraient ensuite additionnés pour déterminer le vainqueur.

La majorité des États sont traditionnellement acquis aux démocrates ou aux républicains. Entre les deux se trouve une minorité d’États clés, ou États pivots, susceptibles de basculer dans l’un ou l’autre des camps et de déterminer ainsi l’issue de la course présidentielle.

Cela explique que les candidats des grands partis ne font campagne que dans un nombre limité d’États.


Les grands électeurs doivent-ils respecter le vote des électeurs de leur État?

Comme souvent en politique américaine, cela dépend des États.

La Constitution ne comporte aucune disposition en ce sens, et aucune loi fédérale ne statue sur la question.

Cet été, dans la foulée de la présidentielle de 2016, la Cour suprême a débouté une poignée de grands électeurs rebelles, statuant à l’unanimité qu’un État avait le droit de limiter l'indépendance des membres du Collège électoral.

Le vote des grands électeurs est déjà encadré par une loi ou par les règles d’un parti dans 33 des 50 États ainsi que dans le District de Columbia. Certains de ces États imposent une amende à ceux qui ne respectent pas le vote populaire exprimé dans l’État, d’autres annulent leur vote et les remplacent.

Ailleurs, les grands électeurs conservent leur indépendance.

Il est cependant rare qu’un grand électeur qui a été désigné par son propre parti joue les rebelles. Selon les Archives nationales des États-Unis, plus de 99 % des grands électeurs ont historiquement voté comme prévu.


Est-il fréquent que le gagnant perde le vote populaire?

Hillary Clinton et Donald Trump

Hillary Clinton et Donald Trump

Photo : PC/AP/Matt Rourke/Evan Vucci

Dans toute l’histoire politique américaine, un tel scénario ne s’est produit qu’à cinq reprises, dont trois fois avant 1888. Mais deux des cinq élections qui se sont déroulées depuis 2000 ont couronné le perdant du vote populaire.

Une seule des trois victoires républicaines enregistrées depuis 2000 a reflété le verdict des urnes.

Il y a quatre ans, la démocrate Hillary Clinton avait dans sa défaite recueilli près de 3 millions de voix de plus que son adversaire, le devançant par une marge de 2,1 points de pourcentage.

Fort d’une nette domination au Collège électoral, avec 306 voix contre 232, Donald Trump n'en avait pas moins triomphé. Ultimement, il a remporté 304 grands électeurs et sa rivale 227, en raison du vote de grands électeurs déloyaux.

Ce décalage s'explique par la victoire à l'arraché du républicain dans des États comme la Pennsylvanie, le Michigan, le Wisconsin et la Floride, dont il a raflé les 75 grands électeurs malgré des marges variant entre 0,2 et 1,2 point de pourcentage.

L’exemple précédent remonte à 2000, année où George W. Bush a gagné la course à la Maison-Blanche au terme d'une bataille politico-juridique longue et controversée dans la foulée d'irrégularités électorales en Floride.

Le candidat républicain avait obtenu 271 grands électeurs, devançant de justesse le vice-président démocrate Al Gore, qui avait dû se contenter de 266 grands électeurs. Le premier avait recueilli 47,87 % des voix, moins que les 48,38 % de son rival.


Quelles distorsions le Collège électoral crée-t-il?

Devant l’urne – ou le bulletin de vote postal – tous les électeurs ne sont pas égaux.

Les démocrates sont davantage concentrés dans un plus petit nombre d’États, souvent plus urbains et plus densément peuplés, comme la Californie et New York, alors que les républicains sont davantage parsemés dans un plus grand nombre d’États, moins populeux, davantage ruraux et plus blancs.

Or, le Collège électoral accorde un poids disproportionné aux électeurs des États moins populeux parce que chaque État, peu importe sa population, n’a que deux sénateurs, qui entrent dans le calcul de ses grands électeurs.

La comparaison entre le Wyoming, État le moins peuplé, et la Californie, État le plus peuplé, est frappante. Le premier, qui vote républicain depuis 1968, dispose de 3 grands électeurs pour moins de 580 000 habitants. Avec plus de 39,5 millions de personnes, la Californie, démocrate depuis 1992, se voit accorder 55 grands électeurs. L’écart peut sembler important, mais si le ratio de grands électeurs par rapport à sa population était équivalent à celui du Wyoming, la Californie compterait plutôt 205 grands électeurs.

La formule du gagnant remporte le tout employée par la quasi-totalité des États crée elle aussi une distorsion en effaçant en quelque sorte toutes les voix du perdant, même si quelques milliers de voix le séparent du gagnant de cet État.

Cela fait dire à un éditorialiste du New York Times, Jesse Wegman, auteur d’un livre sur le Collège électoral, que la démocratie américaine n'est ni juste, ni égale, ni représentative : L'élection, comme le dirait M. Trump – mais pas pour les bonnes raisons –, est truquée, argue-t-il dans un texte écrit en septembre.

Comme la campagne se joue dans quelques États clés, leurs électeurs reçoivent en outre une attention disproportionnée.


Quels États doit-on surveiller cette année?

Si on opte pour l’analyse la plus généreuse possible pour chacun des deux partis, il faut surveiller une douzaine d’États, en plus du deuxième district du Nebraska et du deuxième district du Maine.

Les experts ont dans leur mire la Pennsylvanie, le Michigan et le Wisconsin, trois bastions démocrates des Grands Lacs que leur avait ravis Donald Trump par moins d'un point de pourcentage en 2016, ainsi que le New Hampshire, le Minnesota et le Nevada, des États conservés de justesse par les démocrates. Selon les sondages, Joe Biden semble bien placé pour conserver tous ces États dans la colonne des victoires démocrates.

S'ajoutent des États pivots traditionnels, comme la Floride, qui a préféré de peu Donald Trump en 2016, et même l'Ohio et l'Iowa, des États plus conservateurs qui avaient choisi le candidat républicain avec une marge de plus de 8 points.

Mais les difficultés de Donald Trump dans les États de la Sun Belt, dans le Sud, mettent également en jeu des États extrêmement favorables aux républicains, comme la Caroline du Nord, voire des bastions que remportent les républicains depuis des décennies, comme l’Arizona, la Georgie et le Texas.


Dans quelle mesure 2020 risque-t-elle d'être une répétition de 2000 et 2016?

Montage photo de Donald Trump et Joe Biden

À trois semaines de l'élection, Joe Biden bénéficie d'une avance confortable dans les intentions de vote.

Photo : Montage – Saul Loeb/AFP et Tom Brenner/Getty Images

L’avance confortable qu’accordent à Joe Biden les sondages réalisés à l’échelle nationale semble laisser peu de doute sur l’identité du gagnant du vote populaire. À trois semaines de la date officielle du scrutin, il mène par 10,6 points de pourcentage, selon la moyenne compilée par FiveThirtyEight.

Comme le soulignent tous les experts, on ne peut pas prédire l’issue de l’élection à partir des coups de sonde nationaux, puisque la clé réside dans les États pivots, qui détermineront l’issue de la présidentielle.

Ces sondages peuvent toutefois servir d’indicateur. Si les intentions de vote se transposent dans les urnes, il serait surprenant qu’une marge aussi grande ne se reflète pas dans une majorité d’États pivots, même si elle y était moins grande. L'ancien vice-président de Barack Obama mène d'ailleurs dans la majorité d'entre eux.

Une marge trop modeste risquerait cependant de lui être fatale.

Le site FiveThirtyEight, qui établit des prévisions à partir de simulations découlant de sondages, a illustré le mois dernier, dans quelle mesure le Collège électoral favorise Donald Trump.

Si le président remporte le vote populaire, son rival démocrate a moins de 1 % des chances d'être élu.

Mais si Joe Biden le devance par exemple par 1 à 2 points de pourcentage, les probabilités d’une victoire démocrate sont à peine d’une sur cinq. Même avec une avance tout juste inférieure à 3 points de pourcentage, il est davantage probable qu’il morde la poussière.

Les chances de victoire du candidat démocrate ne dépassent celles de son adversaire que s’il recueille plus de 3 points de pourcentage.

Encore faut-il qu’il maintienne son avance, que les électeurs qui l’appuient ne boudent pas les urnes dans les États clés, que les bulletins de vote postaux arrivent à temps et ne soient pas rejetés en nombre significatif. Sans compter que l'issue de l’élection pourrait être scellée par les tribunaux.


Qu'arrive-t-il si aucun candidat n’obtient une majorité de grands électeurs?

Si aucun des candidats ne franchissait le seuil nécessaire de 270 grands électeurs – c’est-à-dire s’il y a une égalité 269 à 269 ou si le nombre de grands électeurs obtenus par des candidats de tiers partis empêchait les meneurs d'atteindre le seuil nécessaire  –, il reviendrait à la Chambre des représentants de choisir le président parmi les trois candidats présidentiels ayant obtenu le plus de voix. La délégation de chaque État ne disposerait alors que d'un vote.

Le Sénat désignerait pour sa part comme vice-président, à la majorité simple, l’un des deux colistiers ayant terminé en tête. Il pourrait donc opter pour un vice-président d'un autre parti que celui du président désigné par la Chambre.


Une réforme du système électoral est-elle au programme?

Une majorité d’Américains, soit 55 %, souhaitent l’abolition du Collège électoral, selon un sondage réalisé en mars par le Pew Research Center.

Cela nécessiterait un amendement à la Constitution, qui devrait être proposé à une majorité des deux tiers des élus de chacune des Chambres ou par les deux tiers des assemblées d’État, puis ratifié par les trois quarts des États, soit 38 sur 50. Un scénario irréaliste dans l’état de partisanerie actuel.

Pour contourner cette difficulté, des États ont conclu une entente, le National Popular Vote Interstate Compact, qui prévoit l’attribution de leurs grands électeurs au gagnant du vote populaire. L’accord entrerait en vigueur lorsqu’un nombre d’États totalisant 270 grands électeurs y auraient adhéré. Jusqu’ici, 15 États et le District de Columbia, qui totalisent 196 votes électoraux, ont adopté une loi en ce sens, mais le Colorado a suspendu la sienne.

Le hic pour les partisans du changement : les juridictions républicaines ne sont pas intéressées à bouleverser un système qui les avantage.

Même si l’objectif de 270 grands électeurs était atteint, des experts soulignent que des obstacles juridiques et constitutionnels se poseraient.

Avec les informations de USA.gov, National Association of Secretaries of States, FairVote, New York Times, The New Yorker, et The Guardian

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !