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COVID 19 : le Québec est-il vraiment pire que l'Ontario?

La deuxième vague de la pandémie risque de frapper aussi fort dans les deux provinces.

Des gens attendent en file à un centre de dépistage à Toronto.

Face aux longues files d'attente devant les centres de dépistage, l'Ontario a resserré les critères d'admissibilité pour les personnes aymptomatiques.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Pourquoi le Québec et ses 8,5 millions de citoyens continuent-ils de dénombrer plus de cas et de décès que l'Ontario et ses 14,6 millions d'habitants? La réponse à cette question n’est pas simple et nécessite de nombreuses nuances.

Au printemps, le Québec a affiché le plus grand nombre de cas confirmés de COVID-19 au Canada, en nombre absolu et en proportion, ainsi qu'un nombre record de décès.

Cet été, le nombre de cas au Québec est redescendu à un niveau se rapprochant de celui de l’Ontario. Mais voilà que les statistiques se sont à nouveau détériorées pour le Québec depuis le début du mois de septembre.

Le nombre de nouveaux cas confirmés par jour pour 100 000 habitants y est passé d’environ 2 cas au début du mois de septembre à plus de 10 ces derniers jours, avec un maximum de 16. Bien plus que les autres provinces canadiennes.

Quand les cas doublent toutes les deux semaines, mais qu’on commence avec plus de cas, c’est sûr que ça va augmenter plus rapidement qu’en Ontario, a offert comme explication le premier ministre du Québec en conférence de presse.

Il faut aussi souligner que le Québec a entamé son déconfinement environ deux semaines plus tôt qu'en Ontario, augmentant ainsi les risques de propagation.

Il faut toutefois se rappeler de toujours comparer avec prudence les données de provinces et de pays différents.

Par exemple, depuis le début de la pandémie, l’Ontario et le Québec ont des stratégies de dépistage très différentes. Au printemps, le nombre de tests effectués par habitant en Ontario était plus faible qu'au Québec, avec l'impact que l'on connaît sur le bilan.

Les experts le rappellent, le nombre de personnes qui ont été infectées est probablement beaucoup plus élevé que ce qui est déclaré, notamment en raison des stratégies de dépistage.

Incapable de gérer le nombre exponentiel de tests de dépistage, l'Ontario a de nouveau modifié ses directives cette semaine : seules les personnes symptomatiques ou celles appartenant à des groupes à risque élevé peuvent maintenant se faire dépister - et seulement sur rendez-vous.

Le Québec, contrairement à plusieurs autres endroits, inclut les cas confirmés par lien épidémiologique (personne qui n’a pas été testée, mais qui présente des symptômes et qui a été en contact étroit avec un cas confirmé), en plus des cas confirmés par laboratoire. Ceci fait gonfler le chiffre total, mais est probablement plus près de la réalité que les chiffres de l’Ontario.

Comme pour les cas, le nombre de décès serait largement sous-estimé en raison de critères différents pour comptabiliser les décès liés à la COVID-19.

L’Institut de la Statistique du Québec affirme que tous les décès liés à la COVID-19 semblent avoir été colligés. Il y a des doutes pour l’Ontario, dit la docteure Cécile Tremblay, microbiologiste-infectiologue au Centre hospitalier de l'Université de Montréal, en entrevue à RDI. Elle précise que nous ne saurons pas avant encore plusieurs mois si le Québec a réellement eu plus de décès que l’Ontario.

L’Ontario accuse un retard?

Si la courbe au Québec est de nouveau au-dessus celle de l’Ontario, certains experts croient que la deuxième vague de cette province est deux ou trois semaines derrière celle du Québec.

Sur les ondes de RDI, le médecin Jérôme Leis, du Sunnybrook Health Sciences Centre de Toronto, relativise les écarts entre les deux provinces.

Je ne dirais pas que nous sommes meilleurs en Ontario. Nous sommes décalés par rapport au Québec. Nous sommes tout autant dans la 2e vague.

Jérôme Leis, Sunnybrook Health Sciences Centre

Depuis les dernières semaines, l’Ontario demeure autour de la barre des quatre nouveaux cas par jour pour 100 000 habitants. Mais il y a plusieurs signes inquiétants : 

  • L’Ontario a rapporté vendredi sa plus importante augmentation de nouveaux cas quotidiens, avec 939 infections.

  • Le nombre d’hospitalisations est en forte hausse depuis le mois d’août. Dans la région de Toronto, 87 % des unités de soins intensifs sont à pleine capacité, selon des données obtenues par CBC.

  • Environ 10 % des écoles et des résidences pour aînés font face à une éclosion de COVID-19.

Plusieurs experts en santé publique sont par ailleurs exaspérés par les décisions du gouvernement Ford et affirment que la province est à un point de basculement. Certains d’entre eux, réclament la démission du médecin hygiéniste en chef de l'Ontario, David Williams.

Problèmes de dépistage et de traçage

L'Ontario fait présentement face à un arriéré important de 68 000 tests et certains Ontariens attendent jusqu'à une semaine avant d'obtenir un résultat. Ainsi, selon David Fisman, épidémiologiste et professeur à l'Université de Toronto, le nombre de cas risque d’augmenter au cours des prochains jours. Il craint aussi que de nombreuses personnes, frustrées par l'attente, aient possiblement abandonné leur isolement et aient peut-être continué de propager le virus dans la communauté.

La croissance épidémique est masquée par le fait que le système de dépistage est brisé en Ontario.

David Fisman, épidémiologiste

De plus, Santé publique Toronto a annoncé qu'elle réduit la portée de ses enquêtes de traçage.

La situation n'est guère mieux au Québec : la santé publique de Montréal et celle de la Capitale-Nationale ont annoncé que des personnes infectées devront elles-mêmes retracer certains contacts.

Si l'Ontario adopté l'application COVID alerte deux mois plus tôt que le Québec, selon CTV News, seulement 4 % des Ontariens infectés ont inscrit leur diagnostic dans l'application entre le 31 juillet et le 28 septembre.

Les Ontariens respectent-ils vraiment mieux les consignes sanitaires?

Deux policiers dans un parc près d'un homme portant un masque et posant le pied sur un ballon de soccer.

Des policiers dans un parc de Montréal le 2 mai 2020.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Le ministre québécois la Santé, Christian Dubé, a affirmé à plusieurs reprises que les Ontariens sont plus disciplinés dans le respect des mesures de distanciation que les Québécois. C’est un élément de réponse, je le dis très poliment, affirme-t-il pour expliquer le terrible bilan dans sa province.

Les Québécois ont beaucoup écouté lors de la première vague, a-t-il mentionné. On sait que nous avons un tempérament latin… On est revenus à la fin de l’été un peu tannés. La dernière chose qu'on voulait c’était de remettre des règles.

Pour avoir autant de cas au Québec, c’est clairement parce qu’on a plus de contacts rapprochés qu’en Ontario, indique Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l’Institut national de santé publique.

Un sondage au printemps a par ailleurs montré que les anglophones et allophones au Québec étaient plus inquiets d’être infectés que les francophones. C’est peut-être pourquoi les francophones sont plus portés à prendre des risques, dit Marie-France Raynault.

Mais la Dre Cécile Tremblay n’est pas convaincue que l’aspect culturel explique tout. Épuisés par des mois de stress, de nombreux Canadiens ont baissé la garde cet été.

On peut parler de fatigue dans la population; les gens ne voient pas la lumière au bout du tunnel. C’est plus ça [qui a une influence sur le nombre croissant de contacts] que l’indiscipline.

Dre Cécile Tremblay, microbiologiste-infectiologue au CHUM

D’ailleurs, selon l’étude canadienne iCare, à la mi-avril, 83 % des Canadiens respectaient la plupart du temps les consignes sanitaires de base (port du masque, distanciation et lavage des mains). Deux mois plus tard, cette proportion est descendue à 56 %. Par ailleurs, selon l’étude, entre 12 % et 25 % des personnes interrogées (le plus souvent des hommes dans la vingtaine et au début de la trentaine), ne pratiquent pas l’isolement volontaire même s’ils savent ou croient qu’ils ont contracté le virus.

Écoles et port du couvre-visage : un impact?

Une élève de l'école Wexford Collegiate School for Arts, à Toronto, est assise dans une classe vide. Elle porte un masque.

Une élève de l'école Wexford Collegiate School for Arts, à Toronto.

Photo : CBC/Evan Mitsui

Environ 36 % des écoles au Québec ont eu au moins un cas de COVID-19 depuis la rentrée scolaire, contrairement à 10 % en Ontario. Quelques facteurs pourraient expliquer cet écart.

Selon Karl Weiss, microbiologiste infectiologue à l’Hôpital général juif à Montréal, le port du masque obligatoire dans les écoles ontariennes a peut-être contribué à y freiner la propagation communautaire.

En Ontario, les élèves de la 4e à la 12e année sont tenus depuis la rentrée de porter un masque à l'intérieur de l'école, y compris dans les couloirs, dans leur classe et dans l'autobus scolaire. Le Québec a attendu le 8 octobre pour imposer le port du couvre-visage à l'intérieur et à l'extérieur pour les élèves fréquentant une école secondaire située en zone rouge.

L'Ontario a également offert, dès le début de l'année scolaire, l'option aux élèves du primaire et du secondaire de suivre les cours en ligne. En Ontario, jusqu’à 25 % des parents ont choisi l’enseignement à distance pour leurs enfants compte tenu de la COVID-19.

Au Québec, ce n'est que depuis le 8 octobre que les élèves de secondaire 4 et 5 étudiant en zone rouge iront à l’école un jour sur deux.

Les leçons des autres provinces

Enfin, selon le Dr Fisman, s’il y a une province qui doit être prise en exemple, c’est la Colombie-Britannique. Même si c’est dans cette province qu’il y a eu les premières éclosions dans les résidences pour personnes âgées, même si le nombre de cas a commencé à augmenter dès le mois d'août, les autorités ont toujours réussi à freiner la propagation. Ils ont de très bonnes données et ont fermé ce qu’ils devaient de façon très méthodique, selon ce qu’ils observaient avec les données.

Le New York Times a d’ailleurs déclaré que Bonnie Henry, la médecin en chef de la Colombie-Britannique, était la docteure qui a réussi le test du coronavirus, tout en ajoutant qu’elle est l’une des meilleures responsables de santé publique au monde.

Le Dr Fisman ajoute qu’il faut aussi observer la situation dans les provinces atlantiques. Les endroits avec peu de cas ont une histoire importante à raconter. Leurs bilans ne sont pas un accident, c’est le résultat de leur travail acharné.

Avec les informations de de David Gentile et Daniel Boily.

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