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Il faut cesser « de sous-estimer » la jeunesse, arguent des médecins

Une fille et un garçon qui portent un masque se saluent en se touchant le coude.

Les adolescents peuvent contribuer à trouver des mesures de lutte contre la pandémie, selon des experts.

Photo : iStock

Frappés de plein fouet par des mesures sanitaires qui chamboulent leur quotidien, les enfants et les adolescents du Québec ont fait l'objet d'une attention particulière au cours des dernières semaines. Mais a-t-on su les impliquer dans les discussions et gagner leur confiance? Des voix s'élèvent pour qu'on leur tende la main et qu'on « fasse appel à leur intelligence ».

Anxiété, démotivation, décrochage, violence : le Dr Gilles Julien observe une augmentation de tout ça chez les jeunes du Québec cet automne. Au-delà de la deuxième vague de contamination, c'est la deuxième vague de restrictions qui fait le plus mal, selon lui.

Au printemps, enfants et adolescents ont été confinés durant de longues semaines à la maison, isolés physiquement de leurs amis et de leurs milieux de vie. Le Dr Julien a vu beaucoup de traumatismes associés à ce premier épisode de la pandémie de COVID-19.

Puis l'été est arrivé, apportant avec lui le déconfinement de la province et des vacances loin du virus pour certains.

Après cette relative accalmie, la rentrée scolaire était souhaitée et souhaitable pour le développement des jeunes, y compris par le gouvernement du Québec. Mais les contraintes sont vite réapparues et le sentiment de normalité a été à nouveau mis à mal.

Les décisions changent trop vite et les jeunes ne sont pas capables de s'adapter. Nous non plus, d'ailleurs!, affirme le Dr Julien en entrevue à Radio-Canada. Tu peux voir tes amis, t'as pas le droit de voir tes amis, ou un seul à la fois, ou la moitié d'un. Ça n'a pas de sens pour eux.

Le Dr Gilles Julien

Le Dr Gilles Julien est considéré comme le père de la pédiatrie sociale au Québec.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Arsenault

Si le Québec veut vraiment aider ses enfants à surmonter la crise, le Dr Julien appelle à les impliquer davantage. Il faut [faire preuve] de plus de clarté avec les jeunes, mieux les informer quand on prend une décision qui les concerne directement, plaide le pédiatre. [Ces restrictions] nuisent à leur développement, raison de plus de les mobiliser.

Il suggère par exemple la visite de médecins ou d'infirmières dans les milieux scolaires afin de bien transmettre les connaissances sur le virus. Il ne faut pas hésiter, dit-il, à aller au-delà de la base et expliquer la science derrière la pandémie, les réflexions derrière les mesures qu'on leur impose. Ils ne sont pas fous, ils veulent comprendre.

Citoyens à part entière

Mais surtout, dit-il, il faut cesser de sous-estimer les enfants et les adolescents. Ils ont une intelligence, ils ont une réflexion. S'ils sont bien informés, ils sont capables de s'associer à nos plans d'action, affirme le Dr Julien. On les sous-estime énormément.

Nous [comme société], on est encore au point où on considère les enfants et les jeunes comme des citoyens qui ne sont pas encore matures, ou de deuxième classe. [...] Ce sont des citoyens à part entière.

Dr Gilles Julien, pédiatre et père de la pédiatrie sociale au Québec

Après sept mois de pandémie à négliger cet aspect, il estime qu'il est temps pour les adultes de leur tendre la main. Ils doivent participer à la définition de leurs milieux de vie et conseiller les adultes, argue le médecin.

La stratégie est employée dans les centres de pédiatrie sociale, poursuit le Dr Julien. Après quelque 50 ans de pratique, on ne peut plus se passer de l'opinion des jeunes, dit-il. Les enfants sont toujours présents pour nous guider.

Des comités y ont été mis en place afin d'entendre leurs solutions, leurs idées. On peut aller chercher de nouvelles façons de penser, de nouvelles suggestions pour nous aider à mettre des mesures en place.

Le Dr Julien reconnaît qu'il existe de tels comités dans les écoles, mais ces derniers servent trop souvent à décider de la couleur des murs. La pandémie est une occasion d'aller plus loin.

Une petite fille avec un sac à dos vue de dos alors qu'elle entre dans la cafétéria d'une école.

Les enfants peuvent offrir un nouveau regard sur la pandémie et les mesures à prendre, selon le pédiatre Gilles Julien.

Photo : Getty Images / SDI Productions

L'approche ne peut pas se faire à grande échelle, prévient-il. C'est rêver en couleurs de s'imaginer un groupe d'enfants qui conseillerait le premier ministre. Tout part selon lui de la communauté locale, des établissements scolaires et de tous les milieux fréquentés majoritairement par les jeunes.

De l'avis du pédiatre, si les solutions sont réfléchies par eux et pour eux, ou du moins adaptées avec leur collaboration, leur réceptivité risque d'être meilleure quand viendra le temps de les appliquer. Comme ça vient d'eux, on va les mettre en place avec eux et ça a beaucoup plus de chances de marcher.

Besoins différents

L'Association des pédiatres du Québec abonde dans le même sens que le Dr Julien.

Marie-Claude Roy, pédiatre et membre du conseil d'administration de l'association, trouve que les jeunes, en particulier les adolescents, ont trop souvent mauvaise presse. Il y a eu une belle collaboration des adolescents [lors de la première vague] et je trouve qu'on ne l'a pas assez dit, lance-t-elle d'emblée. Même les plus rebelles et les plus coriaces ont, pour la majorité, fait leur part à son avis.

Encore cet automne, elle trouve qu'ils ont été jugés trop sévèrement.

Ils ont eu la responsabilité des éclosions dans les écoles alors que, souvent, ce n'était pas des éclosions et ce n'était que le reflet de ce qui se passe dans la communauté.

Marie-Claude Roy, pédiatre

Malgré tout, on continue de leur en demander beaucoup, se désole-t-elle, craignant les effets nuisibles d'un trop grand nombre restrictions sur leur santé mentale et physique. À ce sujet, elle rappelle que les jeunes ont des besoins qui sont différents de ceux des adultes et ne doivent donc pas être traités de la même manière.

On leur demande encore plus d'efforts, proportionnellement, à ceux demandés aux adultes. Il y a un puissant moteur interne qui les pousse à aller vers les autres, à socialiser et à sortir de la bulle familiale, alors qu'on leur demande exactement le contraire, déclare-t-elle, invitant à considérer ces différences dans les prises de décision.

Jean-François Roberge s'adresse aux journalistes.

Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, a ordonné cette semaine le port du masque obligatoire en zone rouge, au secondaire, jusqu'au 28 octobre.

Photo : Radio-Canada

Ne pas les perdre

L'une des inquiétudes est aussi de voir les jeunes perdre confiance envers les autorités et de cesser de démontrer la même collaboration.

Elle dénonce notamment les messages contradictoires envoyés par la santé publique et le gouvernement ces dernières semaines au sujet de la rentrée scolaire.

Une autre erreur, selon Marie-Claude Roy, est d'avoir mis une échéance sur certaines mesures sanitaires en zone rouge avec le défi 28 jours. Un moment donné, l'argument ne fonctionnera plus, affirme la pédiatre. On le sait tous que, dans 28 jours, ce ne sera pas jaune et vert partout, craint-elle.

S'il fallait prolonger l'application des mesures encore longtemps, elle redoute des effets sur le moral et le comportement des jeunes. D'autant plus, ajoute-t-elle, que le resserrement des mesures, à la base, est contre-nature pour les adolescents. Ce n'est pas en étant sévère qu'on va les amener à collaborer.

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