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Cinq leçons à tirer de la 2e vague en Espagne

Des masques sur des mannequins faciaux.

Comme ailleurs, le business du masque se porte bien à Madrid.

Photo : Radio-Canada / Yanick Dumont Baron

L’Espagne a été le premier pays en Europe à être touché par cette fameuse « seconde vague » de contaminations. Sa capitale a été la plus grande ville à connaître un second confinement. La situation sanitaire semble se stabiliser, après de longues semaines d’angoisse. Une expérience qui permet de tirer quelques leçons.

1) La seconde vague ne sera (peut-être) pas aussi intense que la première

C’est un constat délicat, qui repose sur des données qui se transposent difficilement d’un pays à un autre. Prudence, donc. Mais optimisme, également.

Dans les dernières semaines, l’Espagne a recensé des nombres records de nouveaux malades touchés par la COVID. Davantage qu’au printemps. Mais attention : le pays teste beaucoup plus ces jours-ci qu’il ne le faisait en mars ou en avril. Plus il teste, plus il identifie des malades.

Indicateur plus pertinent : les admissions à l’hôpital. C’est pour empêcher que les soignants ne soient submergés par des besoins trop pressants que le confinement a été décrété au printemps.

Cette fois-ci, nous n'avons pas atteint les limites de saturation que nous avions au début de l'année, confirme Eduardo García Navarrete, directeur de l’hôpital universitaire de la Princesa de Madrid.

Si la courbe des cas demeure stable et commence à descendre, ça sera un soulagement. Le personnel médical a été beaucoup sollicité, des chirurgies non urgentes ont été annulées. Mais rien d’aussi dramatique qu’au printemps.

2) Il n’a jamais été aussi hygiénique de manger dans un restaurant

Sergio Bayón, propriétaire du restaurant Mayser de Madrid, dans une salle à manger où il a dû retirer la moitié de ses tables.

Sergio Bayón, propriétaire du restaurant Mayser de Madrid, dans une salle à manger où il a dû retirer la moitié de ses tables.

Photo : Radio-Canada / Yanick Dumont Baron

Les restaurateurs espagnols sont soumis à des normes d’hygiène très strictes. Même chose pour les propriétaires de bars. Des normes qui visent à protéger et à rassurer les clients. Des normes devenues habitudes.

Se laver les mains avant de passer à table est devenu une routine à Madrid. Les distributeurs de gel désinfectant sont partout. Les serveurs veillent au grain, pour les rares clients qui oublieraient.

À Madrid, comme à Milan, on ne passe plus un menu plastifié d’une table à l’autre, sans se soucier des microbes qui peuvent s’y être logés. Il apparaît sur votre téléphone.

Il s’agit de prendre un symbole en photo. Un fameux code QR, parfois collé sur les tables, parfois présenté de manière bien élégante sur un bibelot ou près d’une fleur.

Les couverts arrivent souvent dans des sachets de plastique, garantissant encore une fois leur propreté. Le personnel est constamment masqué. Les autres convives sont attablés à au moins 2 mètres.

3) La fameuse vie nocturne espagnole en prend pour son rhume

Toutes ces précautions sanitaires n’ont pas empêché les bars et restaurants d’être soumis à d’autres restrictions. Comme l’heure de fermeture anticipée pour les bars et les restaurants.

Des contraintes semblables ont été imposées aux restaurateurs français et belges notamment. Mais elles font particulièrement mal aux Espagnols, qui ont la réputation de manger tard en soirée, de rester longtemps à table pour discuter.

Ça nous touche beaucoup, tempête le restaurateur Sergio Bayón. Ces temps-ci, les clients doivent avoir quitté la table avant 23 heures. Ce sont 2-3 heures bien payantes que je perds.

Le propriétaire nous fait remarquer qu’il n’y a presque aucune table dans sa salle à manger. Il montre le vide entre 2 tables : normalement, il y en aurait une ici, une ici, comme ça...

Consignes sanitaires obligent, la moitié des tables ont disparu. La moitié de ses ventes aussi.

Des contraintes qu’il accepte pour la sécurité de tous... mais qu’il souhaite voir accompagnées d’aides financières plus généreuses.

4) Il ne faut plus compter uniquement sur les touristes

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
La Plaza Mayor de Madrid par un bel après-midi d'automne, un lieu où se croisent d'ordinaires nombreux touristes, étudiants, travailleurs en pause.

Madrid assiégée par le coronavirus

Photo : Radio-Canada / Yanick Dumont Baron

C’est un constat qui se fait un peu partout en Espagne, le pays européen dont l’économie dépend le plus des voyageurs étrangers. L’incertitude bloque toujours bien des voyageurs. L’attente est longue pour les taxistas.

Sur les terrasses installées le long de la fameuse Plaza Mayor, au cœur de Madrid, les serveurs se tournent les pouces en espérant une foule de clients qui ne se matérialise pas.

Je n’ai jamais vu ça, lance un vieux serveur bien habillé. C’est vide, alors que d’ordinaire la foule est dense, joyeuse et circule dans tous les sens.

L’homme balaie la vaste place du regard : une cinquantaine de promeneurs au maximum. Seulement deux clientes à sa terrasse. Deux de plus qu’à la terrasse voisine.

Dans ce quartier où les touristes se mêlent d’ordinaire aux Madrilènes, les trottoirs sont déserts. Les rares terrasses ouvertes également.

Bien des commerces sont fermés depuis le printemps. Des volets de fer baissés. Des affichettes promettant de rouvrir le plus tôt possible.

Plus loin, les cartes postales et autres t-shirts ont disparu de cette boutique de souvenirs. À leur place, sur les tablettes, des masques de protection de toutes les couleurs.

C’est tout ce que ce commerce offre maintenant, avec quelques boîtes de sucreries espagnoles.

Ça s’est bien vendu au début, admet une autre employée qui se tourne les pouces, mais plus maintenant.

5) La 2e vague ravive les tensions au détriment des questions sanitaires

Ces tensions, les Madrilènes les vivent au quotidien depuis quelques semaines. Il n’y a qu'à prendre en exemple le confinamiento perimetral, qui limite les entrées et sorties de la capitale.

La mesure a été imposée par le gouvernement espagnol (de gauche), après de longues journées de négociation avec le gouvernement régional de la capitale (de droite).

L’un veut agir au nom de la santé publique, l’autre parle d’équilibre entre la santé et l’économie. Jeudi, l’imposition de ce confinement a été annulée par un tribunal, à la demande des autorités de Madrid.

Vendredi, le gouvernement espagnol a imposé l’état d’alerte sur la capitale et dépêché des soldats sur certaines routes pour contrôler les Madrilènes désirant quitter la ville au début d’un long week-end.

Cette déclaration unilatérale envenime les relations entre deux paliers de gouvernement dirigés par des partis adversaires. Elle sème aussi la confusion chez les Madrilènes et peut miner leur adhésion aux consignes sanitaires.

Dans les dernières semaines, la France et le Royaume-Uni ont aussi vu des voix s’élever contre les restrictions dictées par les autorités centrales.

Devant les débuts de fronde, les gouvernements ont reculé, assoupli les exigences… ce qui pourrait aussi réduire l’impact des mesures sanitaires.

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