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Le gouvernement espagnol décrète l'état d'alerte dans la région de Madrid

Plusieurs policiers masqués discutent avec une femme aussi masquée dans une gare.

Des agents de la police nationale espagnole discutent avec une femme dans une gare de Madrid.

Photo : Reuters / SERGIO PEREZ

Agence France-Presse

Confronté à une explosion du nombre des cas de coronavirus dans la région de Madrid, le gouvernement espagnol a décrété un « état d'alerte » dans la capitale et dans plusieurs villes voisines, afin de rétablir leur bouclage partiel, annulé la veille par une décision de justice.

Cet état d'alerte est entré en vigueur avec effet immédiat et pour une durée de 15 jours, a indiqué le ministre de la Santé, Salvador Illa, à l'issue d'une réunion extraordinaire de deux heures du Conseil des ministres.

Il faut prendre des mesures pour protéger la santé des Madrilènes et éviter que l'explosion des cas de coronavirus ne gagne le reste du pays, a-t-il déclaré.

Des forces de police et de la Garde civile devaient se déployer sans tarder sur les grands axes routiers pour contrôler les entrées et les sorties de la capitale.

L'Espagne, avec quelque 850 000 cas et près de 33 000 morts depuis jeudi soir, est l'un des mauvais élèves de l'Europe en ce qui concerne la lutte contre la pandémie, et Madrid est, de très loin, la ville où la situation est la plus mauvaise.

La décision du gouvernement de gauche du socialiste Pedro Sanchez a été prise malgré l'opposition farouche des autorités régionales de Madrid, dirigé par le Parti populaire (opposition conservatrice).

Le gouvernement a dû agir, car la présidente de la communauté autonome de Madrid a décidé de ne rien faire, a déclaré M. Illa à propos d'Isabel Diaz Ayuso, qui a tenté jusqu'au bout de convaincre le gouvernement de ne pas proclamer l'état d'alerte.

Bouclage partiel de la capitale

Le but principal de cette décision était de rétablir le bouclage partiel de Madrid et de plusieurs municipalités voisines en vigueur depuis le 2 octobre, mais qui avait été invalidé jeudi, à la surprise générale, par un tribunal madrilène.

Depuis le 2 octobre au soir, un bouclage partiel de la capitale et de neuf localités limitrophes était en place. Il avait été imposé par le ministère Illa – donc par le gouvernement central – aux autorités régionales de Madrid, qui n'en veulent pas, car elles estiment cette mesure à la fois contre-productive et néfaste pour l'économie.

Depuis cette date, les plus de4 millions de personnes concernées n'ont plus le droit de sortir de leur municipalité, sauf pour aller travailler ou étudier, se rendre chez un docteur ou dans un tribunal ou pour une urgence humanitaire.

Mais les forces de police ne pouvaient pas infliger d'amende aux contrevenants sans validation par la justice.

C'est cette validation qui a été refusée jeudi par le Tribunal supérieur de Madrid, qui, sans se prononcer sur le bien-fondé du bouclage partiel pour combattre la propagation du coronavirus, a estimé qu'il ne reposait sur aucun socle légal, puisque résultant d'un décret du gouvernement.

En vertu de la Constitution espagnole, les régions sont seules compétentes en matière de santé.

Une femme applaudit des infirmières masquées devant un bâtiment.

Une femme applaudit le personnel infirmier lors d'une grève déclenchée jeudi à l'hôpital La Paz de Madrid pour réclamer de meilleures conditions de travail.

Photo : Reuters / JUAN MEDINA

Cette décision constituait un revers terrible pour M. Sanchez, qui accuse le gouvernement régional de ne pas prendre les mesures nécessaires pour contrôler l'épidémie.

L'approche d'un long week-end de trois jours en raison de la fête nationale, qui sera célébrée lundi, rendait la situation encore plus délicate, le gouvernement voulant à tout prix éviter que les Madrilènes se déplacent en masse hors de la capitale.

Une décision télégraphiée

La situation à Madrid est très préoccupante, avait commenté jeudi M. Sanchez après avoir pris connaissance de l'arrêt du tribunal, laissant entendre qu'il n'en resterait pas là.

Dans la soirée, il avait appelé à deux reprises Mme Diaz Ayuso, pour lui adresser ce qui s'apparentait à un véritable ultimatum.

Selon un communiqué du gouvernement, M. Sanchez a expliqué à Mme Diaz Ayuso qu'elle pouvait prendre les dispositions légales afin de valider le bouclage partiel de Madrid et des neuf localités voisines ou bien demander elle-même au gouvernement central de proclamer l'état d'alerte.

À défaut, avait-il dit, le gouvernement central proclamera cet état d'alerte de manière unilatérale.

Un homme passe le balai dans un espace public désert.

Un garçon de café de Madrid passe le balai sur une place publique largement désertée.

Photo : La Presse canadienne / AP/Manu Fernandez

Lors d'une conférence de presse alors même que se déroulait le Conseil des ministres, le conseiller pour la santé du gouvernement régional, Enrique Ruiz Escudero, a répété l'opposition des autorités madrilènes à l'état d'alerte, dont la proclamation, convenait-il, ne faisait plus aucun doute.

Nous avons un plan, un plan qui fonctionne, un plan qui a donné des résultats, a affirmé M. Ruiz Escudero.

Il se référait à des mesures pour freiner la transmission du virus mises en place le 21 septembre par le gouvernement régional, mais rendues ensuite caduques par l'imposition d'un bouclage partiel de toute la ville.

Ces mesures, beaucoup plus limitées, visaient certains quartiers pauvres du sud de la capitale et des banlieues voisines, caractérisées par une densité de population et des taux de contamination très élevés, parfois supérieurs à 1000 cas pour 100 000 habitants sur une période de 14 jours.

La courbe [des cas] baisse, a assuré M. Ruiz Escudero, ce qui montre, a-t-il ajouté, que l'état d'alerte est inutile.

Selon des chiffres officiels, le taux de contamination dans la région de Madrid s'établit actuellement à 564 cas pour 100 000 personnes sur les 14 derniers jours, contre 257 pour l'ensemble du pays, un taux bien supérieur à la moyenne de l'UE.

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