•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Analyse

COVID-19 : le Québec ne fait pas mieux que ses voisins

Le gouverneur Andrew Cuomo, qui s'adresse aux médias, montre un masque.

Très présent depuis le début de la pandémie, le gouverneur de New York, Andrew Cuomo, a donné des conférences de presse quotidiennes.

Photo : Reuters / BRENDAN MCDERMID

Récemment, le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo, disait que la meilleure façon de réduire l’anxiété ambiante, c’était de s’intéresser plus que jamais aux faits, aux données, aux indicateurs précis. Sans juger de l’ensemble de la gestion de la crise dans l’État de New York, force est de constater que la communication du gouverneur Cuomo a été exceptionnelle.

Depuis mars dernier, je me suis permis de souligner à plusieurs reprises combien l’État de New York était généreux en graphiques, explications claires et fouillées. Je ne sous-estime pas la portée politique des interventions du gouverneur Andrew Cuomo. Et je ne sous-estime pas non plus les difficultés aiguës qu’ont connues les New-Yorkais au début de la pandémie.

Mais force est de constater que le nerf de la guerre, ce sont les données, et New York l’a compris depuis longtemps. Une cueillette touffue, une analyse précise et ciblée ont permis à cet État de mieux expliquer les enjeux, mais possiblement aussi de mieux contrôler son épidémie et de maintenir cette maîtrise encore aujourd’hui au cœur de la deuxième vague. 

70 cas par million d’habitants

Ainsi, selon les informations de l’Université Johns Hopkins aux États-Unis, répertoriées quotidiennement par la Banque Nationale, le nombre moyen de cas de COVID-19 par million d’habitants depuis sept jours dans l’État de New York est de 70,6. Sur 28 jours, on est à moins de 50 cas par million d’habitants, le meilleur bilan aux États-Unis. 

Au Québec, le nombre de cas de COVID-19 par million d’habitants depuis sept jours est de 127,6 et de 74,7 pour les 28 derniers jours. Dans tous les cas, le bilan québécois dépasse de loin ceux de l’Alberta et de l’Ontario avec deux à trois fois plus de cas par million d’habitants. 

Ces données nous montrent aussi d’autres indicateurs. Les données captées par Google sur la mobilité vers le travail (moyenne sur cinq jours), par exemple, montrent qu’au pire de la crise, cette mobilité avait chuté de 80 % à New York. Aujourd’hui, cette mobilité a remonté, mais elle est encore en baisse de 60 % par rapport à la mi-mars. 

À Montréal, au pire, on était en chute de 75 %. Aujourd’hui, on est à 40-42 % sous le niveau de la mi-mars. Autrement dit, la baisse des déplacements vers le travail a été un peu moins prononcée à Montréal et la mobilité a repris plus rapidement qu’à New York. 

Ce sont des données utiles, qui peuvent aider les autorités à mieux informer la population, qui pourrait être plus à même aussi de mieux comprendre les enjeux qui sont en cause. 

Depuis sept mois, Andrew Cuomo prépare, avec son équipe, une présentation factuelle, chiffrée, appuyée par des tableaux et des graphiques. L’information est facile à comprendre, les messages clés sont limpides. On a bien vu passer quelques graphiques chez nous aussi depuis sept mois, mais ça n’a rien à voir avec le niveau de transparence et de clarté des autorités new-yorkaises.

Transparence

Les déclarations d’Andrew Cuomo sont également retranscrites sur le site web de l’État avec une multitude de données. Ainsi, au jour 222 de la crise, le gouverneur explique que 145 000 tests ont été faits la veille. Un record dans tous les États-Unis.

L’État augmente le nombre de tests dans les secteurs les plus touchés, classifiés par les codes postaux, les zip codes aux États-Unis. Le gouverneur est capable de dire que les foyers d’éclosion touchent 6 % de la population de l’État. 

Alors, on cible cette part de 6 % de la population, dit-il, parce que nous avons assez de données pour savoir ce que font ces 6 % de la population [...] dans ces foyers d’éclosion et nous savons exactement où ils sont. 

Chez nous, les dirigeants ont passé beaucoup de temps à tenter d’expliquer leurs décisions, souvent complexes, en évolution, revues, corrigées, ajustées. Plusieurs observateurs sont d’avis que ces messages ont souvent manqué de clarté, de précision, de cohérence.

Dans les derniers jours, le premier ministre du Québec a dit que l’engagement de son gouvernement était celui de protéger le milieu de la santé, mais aussi d'identifier le plus rapidement possible les personnes qui ont pu rencontrer, dans les deux dernières semaines, les gens atteints de la COVID-19.

L’adhésion du Québec à l’application Alerte COVID va aider le gouvernement à mieux contrôler la situation, mais une adhésion plus rapide, il y a deux mois, aurait pu, peut-être, aider davantage le Québec en ce moment même où nous en avons tellement besoin.

Le premier ministre a raison de dire que les risques sont faibles quant à l’intrusion de cette application dans la vie personnelle des gens. Les experts l’expliquent, factuellement et clairement : cette application ne fait pas de traçage avec GPS, mais fonctionne avec la technologie Bluetooth, ne conserve pas de données personnelles et ne fait qu’aviser des gens qui ont été en contact avec une personne qui a déclaré être atteinte de la COVID-19. 

Le Québec fait moins bien que ses voisins

Maintenant, le premier ministre dit que tous les États de l'est qui ont un contact plus fort avec l'Europe ont les mêmes problèmes que le Québec. Et que les États avoisinants sont tous dans la même situation ou dans une situation pire que nous autres.

C'est vrai si on prend les données totales depuis le début de la pandémie. Toutefois, la tendance actuelle montre que la situation dans les États environnants est moins grave qu’au Québec. Le nombre de cas de COVID-19 par million est plus élevé au Québec que dans les États du New Jersey, de New York et du Massachusetts ainsi que dans la province voisine, en Ontario.

Le graphique suivant illustre le nombre moyen de cas quotidiens de COVID-19 par million d’habitants pour les sept derniers jours. La source, c’est l’Université Johns Hopkins. Les données sont tirées d’un document d’information que la Banque Nationale publie tous les jours.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !