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Vos pieds sont-ils entre bonnes mains?

Au Québec, la confusion règne dans le vaste domaine des soins de pieds, où travaillent à la fois des professionnels de la santé, soit podiatres, infirmières et infirmières auxiliaires, et des non-professionnels, appelés podologues, dont la pratique de certains soulève des questions.

Plan moyen d'une femme qui soigne les pieds d'une autre femme.

Les podologues du Québec ne sont regroupés au sein d'aucun ordre professionnel.

Photo : Radio-Canada

Le vieillissement de la population entraîne une augmentation de la demande pour les soins de pieds. Mais qui choisir parmi tous ceux qui proposent leurs services? Pas facile pour le public de démêler qui fait quoi. Pour mieux protéger la population, trois ordres professionnels proposent des balises dans un document dont La Facture a obtenu copie.

Plan large de Pierrette Legros et de son mari se balançant côte à côte.

À 84 ans, Pierrette Legros n'est plus capable de prendre soin de ses pieds comme avant.

Photo : Radio-Canada

Quand une taille d’ongles tourne mal

Comme bien des aînés, Pierrette Legros est moins souple qu’avant. À 84 ans, elle est incapable de tailler elle-même ses ongles d’orteils. Il y a trois ans, elle a donc confié cette tâche à Roger Tremblay, qui se présentait comme technicien en soins de pieds avancés, dans une clinique tout près de chez elle.

En août 2019, Roger Tremblay lui retire une partie de l’ongle de son gros orteil qui avait commencé à se décoller de sa racine. Ca a fait très mal parce que c’était à froid, explique Pierrette Legros. Le jour même, comme lui recommande Roger Tremblay, elle consulte son médecin, qui lui diagnostique une infection et lui prescrit des antibiotiques. Inquiète, elle contacte l’Ordre des podiatres. Elle réalise alors que Roger Tremblay n’avait pas les compétences pour agir comme il l’a fait. Avec sa formation de 160 heures en podologie, il doit s'en tenir aux soins de base, tels que la taille des ongles et la réduction des callosités.

Les professionnels et non-professionnels

Cette histoire illustre le fouillis qui règne dans le domaine des soins de pieds au Québec, qui réunit de nombreux intervenants séparés en deux groupes distincts. D’une part, les professionnels : soit environ 300 podiatres et 700 infirmières et infirmières auxiliaires. D’autre part, les non-professionnels, qui utilisent souvent l’appellation podologue. Roger Tremblay fait partie de cette catégorie. Au Québec, n'importe qui peut utiliser ce titre.

On ignore leur nombre exact parce qu'ils ne sont pas régis par un ordre professionnel et qu'ils sont répartis dans plusieurs associations. Celles-ci tentent d’encadrer leurs membres de différentes manières et à différents degrés. Mais il n’y a aucune obligation d’adhésion. Roger Tremblay d’ailleurs n’est membre d’aucune des principales organisations connues réunissant des podologues au Québec.

La formation d’un podologue est extrêmement disparate d’une école à l’autre. Il n’y a aucun prérequis. Il n’y a pas de formation initiale reconnue.

Dre Andréanne Beaudoin, coordonnatrice à l’amélioration de l’exercice à l’Ordre des podiatres du Québec

Un cas parmi d’autres

Après enquête, l’Ordre des podiatres décide de poursuivre Roger Tremblay pour exercice illégal de la podiatrie et pour avoir laissé croire qu’il avait le droit d’exercer la podiatrie. Cette affaire n’est pas unique. Ce n’est tellement pas rare que les gens dépassent leurs compétences, explique la directrice générale de l’Ordre des podiatres, Martine Gosselin, en parlant des podologues. On veut qu’ils [les podologues] aient leur place, mais qu’ils ne dépassent pas leurs limites, ajoute-t-elle. Le 30 septembre dernier, Roger Tremblay a plaidé coupable à chacun des 4 chefs d’infraction déposés contre lui.

Plan moyen de Vivianne Leblanc, assise.

Vivianne Leblanc. présidente de l'Association des podologues affiliés du Québec

Photo : Radio-Canada

Le rôle des podologues

La présidente de la principale association de podologues au Québec est formelle. Pour Viviane Leblanc, le rôle du podologue est d’offrir des soins de confort, comme réduire les callosités et les cors, tailler et amincir les ongles, et prévenir les ongles incarnés. Mais certainement pas de faire des actes chirurgicaux. Tout ce qui relève d’un problème médical, une affection de la peau, comme une verrue plantaire, c’est sûr que ça ne relève plus de nos fonctions. Il faut référer au podiatre ou à l’infirmière, dit-elle.

Pour l’experte en soins podologiques Denise Pothier, la confusion des rôles provient du manque d’intérêt pour les pieds de la part des professionnels de la santé. Le pied assure la première libération de l’enfant et la dernière liberté du vieillard. C’est pas très glamour les pieds. Ça sent pas bon, c’est pas très beau, dit-elle. Elle-même infirmière, Denise Pothier est l’auteure d’ouvrages de référence sur le sujet et directrice générale d’un centre de formation en soins podologiques pour les infirmières. Pour elle, les podologues viennent ainsi combler un vide. Mais ils doivent s’en tenir à des soins d’hygiène et d’entretien.

De nouvelles balises

Devant l’ampleur du nombre de cas de pratique illégale, trois ordres professionnels, celui des podiatres, des infirmières et des infirmières auxiliaires, en collaboration avec le Collège des médecins, lancent un rappel à l’ordre en publiant des balises quant aux rôles de chacun.

Leur but est d'informer et de protéger le public dans un contexte où de plus en plus de gens ont besoin d'un coup de main pour l'entretien de leurs pieds. Ce rapport-là, c'est une première au Québec. C'est un outil à la fois pour la population et aussi pour les non-professionnels pour qu'ils puissent référer à la bonne personne au bon moment quand c'est nécessaire, indique Caroline Roy, directrice adjointe à l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec. 

En vertu de ces recommandations, le podologue ou non-professionnel doit ainsi limiter sa pratique aux clients dont la peau est intacte et qui n’ont pas de problèmes de santé à haut risque, comme le diabète, à moins d’un avis favorable du médecin. Il ne doit pas non plus utiliser d’instrument dit « effractif », soit tranchant.

Les actes que peut poser un podologue

  • Hygiène des pieds, y compris le lavage des pieds et l’application de crème ou de lotion;
  • Soins de la peau, notamment la réduction des cors et callosités en l’absence de lésions ou de symptômes localisés aux pieds;
  • Soin des ongles, notamment la coupe des ongles de longueur et d’épaisseur normales;
  • Prévention des blessures et application de pansement protecteur en vente libre;
  • L’enseignement au client.

Source : Soins de pieds - Rapport du comité d'experts cliniques

La présidente de l’Association des podologues affiliés du Québec dit qu'elle aurait aimé être consultée. À son avis, les trois ordres vont trop loin. Ça va être difficile de faire accepter des restrictions si grandes que nos membres ne peuvent plus offrir leurs services à leurs clients, soutient Viviane Leblanc. Elle trouve notamment exagérée la recommandation voulant que les podologues ne puissent plus utiliser d’instruments tranchants, puisque ceux-ci sont utilisés, dit-elle, non pas pour couper, mais plutôt pour gratter la peau.

Mme Leblanc aurait également souhaité consulter le rapport dont Radio-Canada lui a rapporté les grandes lignes.

Questionné sur l’encadrement du travail des podologues, le ministère de la Santé et des Services sociaux nous renvoie à l’Office des professions. Celui-ci nous répond ne pas avoir eu de demandes pour la création d’un Ordre de podologues.

Le reportage complet de Marie-France Bélanger et de Jean-François Vézina sera diffusé à l'émission La Facture, mardi à 19 h 30 sur ICI Télé.

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