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Comparaison de la grippe espagnole de 1918 à la pandémie d’aujourd’hui à Winnipeg

Sur une photo en noir et blanc, on voit six infirmières qui portent un cercueil, sortant d'un bâtiment et devancées par deux hommes habillés de longs manteaux noirs.

Des infirmières portent un cercueil pendant l'épidémie de grippe de 1918-1919.

Photo : Archives du Manitoba

Radio-Canada

Depuis l'arrivée du nouveau coronavirus, la comparaison avec la pandémie de 1918, pendant laquelle la grippe espagnole a frappé partout sur la planète, revient souvent. Sans être identiques, les deux pandémies représentent en quelque sorte le même combat, affirment des professeurs.

Les principales mesures sanitaires se ressemblent, comme la fermeture des lieux publics.

Les mesures de distanciation physique n’ont qu’un seul objectif : éviter un pic incontrôlable du nombre de nouveaux cas qui surchargeraient le système de santé. C’est ce qu’on appelle aplatir la courbe.

Depuis le début de la pandémie du nouveau coronavirus, en mars, les responsables de la santé publique répètent comme un mantra qu’il faut aplatir la courbe.

Tableau montant la progression des cas de COVID-19 à Winnipeg entre les mois de mars et d'octobre 2020.

Tableau montant la progression des cas de COVID-19 à Winnipeg entre les mois de mars et d'octobre 2020.

Photo : Radio-Canada

La courbe de la COVID-19 à Winnipeg a légèrement augmenté à la fin de mars et au début d'avril, s'est aplatie presque entièrement au printemps et à l'été, puis a bondi en flèche en septembre.

L'ascension initiale de la courbe de COVID-19 se compare à la dernière courbe de la pandémie de la grippe espagnole à Winnipeg.

Winnipeg avait été épargnée lors de la première vague mondiale de grippe espagnole à la fin de l'hiver 1918.

La capitale manitobaine a toutefois été durement touchée lors de la deuxième vague de la pandémie, à l'automne 1918. En quelques semaines, plusieurs milliers de personnes ont été infectées.

La courbe de la grippe s'est aplatie à Winnipeg lorsque des milliers de personnes ont contracté la maladie.

Ce tableau compare la progression de la grippe espagnole de 1918 et de la COVID actuelle, à Winnipeg.

Ce tableau compare la progression de la grippe espagnole de 1918 et celle de la COVID-19 actuelle à Winnipeg.

Photo : Radio-Canada

Les deux courbes ont peu de ressemblance, en partie en raison des virus eux-mêmes, mais surtout à cause des immenses changements apportés à la médecine moderne, à la santé publique, à l'hygiène personnelle et au mode de vie des gens.

Des changements ont été apportés en raison de la gravité de la pandémie de grippe espagnole de 1918-1920 qui a fait environ 50 000 victimes au Canada.

Des courbes pandémiques différentes

Le Manitoba Free Press du 1er octobre 1918 signalait le premier cas de grippe à Winnipeg en titrant en page 5 : La grippe espagnole est ici.

Le 12 octobre, les autorités avaient déjà fermé les écoles et les lieux de rassemblement publics, tels que les théâtres et les salles de réunion.

La réponse initiale à la grippe espagnole a un parallèle avec la réponse à la COVID-19. Il y a eu 11 jours entre la première infection signalée et la fermeture des écoles en 1918 et en 2020.

L'expérience quotidienne des maladies infectieuses était alors plus fréquente qu'aujourd'hui, indique la professeure d’histoire à l’Université du Manitoba, Esyllt Jones.

Des maladies telles que la diphtérie, la rougeole, les oreillons, la coqueluche et la tuberculose étaient encore courantes, rappelle l’auteur du livre Influenza 1918: Disease, Death, and Struggle in Winnipeg.

Les professionnels de la santé publique de cette génération étaient vraiment très expérimentés face aux problèmes de transmission, ajoute-t-elle.

Malgré l'imposition précoce de mesures de distanciation physique à l'automne 1918, la grippe espagnole a ravagé Winnipeg, où habitaient un peu moins de 180 000 personnes à l'époque. Au 1er janvier 1919, 12 950 personnes à Winnipeg étaient infectées.

Une ancienne carte.

Une carte recensant les victimes de la grippe de 1918 à Winnipeg.

Photo : Archives de la Ville de Winnipeg

Le logement surpeuplé a été un facteur important de la propagation rapide, rappelle Esyllt Jones.

Elle explique que c'était une maladie respiratoire. C'était l'hiver. Les gens vivaient dans des conditions de vie surpeuplées et, quand quelqu'un était infecté, il n'y avait vraiment aucun moyen d'isoler cette personne.

Les données d'évaluation de la Ville de Winnipeg indiquent que les maisons construites avant 1920 ont une surface habitable moyenne d'un peu plus de 110 mètres carrés.

Selon Statistique Canada, c’est en moyenne 4,6 personnes qui auraient logé sous un même toit lors de la pandémie de 1918.

Selon le dernier recensement en 2016, le ménage canadien moyen compte presque deux fois moins de personnes.

Il y a un siècle, il n'existait aucune capacité scientifique pour tester le virus. Identifier les porteurs asymptomatiques était impossible.

De plus, le travail à distance n'existait pas. Après la Première Guerre mondiale, de nombreux foyers n'avaient toujours pas de téléphone, encore moins Internet. 

La deuxième vague de cas de grippe espagnole à Winnipeg, au printemps 1919, a été beaucoup plus petite que la vague initiale. Le virus a finalement disparu de la capitale du Manitoba au cours de l'été 1919.

Cela diffère de la COVID-19. La première vague en mars 2020 à Winnipeg a été le résultat du retour des voyageurs internationaux, principalement. En septembre, la capitale manitobaine fait face à une seconde vague causée principalement par des contacts étroits et une transmission communautaire.

Les antibiotiques auraient sauvé des vies

En date du 7 octobre, la COVID-19 a coûté la vie à 27 Manitobains. En 1919, au moment où la grippe espagnole est en partie résorbée au Manitoba, le virus avait fauché 1200 vies parmi les 180 000 habitants que comptait la capitale.

Le professeur associé et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les virus émergents à l’Université du Manitoba, Jason Kindrachuk, affirme qu’il ne faut pas être surpris par le taux élevé de mortalité causé par la grippe espagnole puisqu’il faut aussi prendre en considération les soins médicaux de l’époque.

Pour lui, il est difficile de faire une analyse comparative de la pandémie de la grippe espagnole et de celle du coronavirus puisqu’un certain nombre de facteurs ont changé depuis 1918.

En 1918, il n'y avait pas de vaccin. Même chose avec [la COVID-19], à la différence [qu’en 1918] nous n'avions pas toutes les mesures supplémentaires en soins de santé que nous avons actuellement, souligne Jason Kindrachuk, qui a étudié la pandémie de 1918-1920 et qui est engagé dans la recherche sur la COVID-19.

Il précise : lors de l'épidémie de grippe espagnole, la grande majorité des patients décédés ont été tués par des infections opportunistes liées aux bactéries qui ont affligé ces personnes dont le système immunitaire était affaibli par la grippe.

Un scientifique dans son laboratoire.

Jason Kindrachuk a étudié la pandémie de 1918-1920 et fait actuellement des recherches sur la COVID-19.

Photo :  CBC / Jaison Empson

Le nombre de décès dus à la grippe aurait été considérablement réduit si des antibiotiques avaient été disponibles, mais ils ont été développés deux décennies plus tard. 

D'autres pratiques médicales auraient pu également épargner des vies, selon le professeur. Les ventilateurs n'avaient pas encore été inventés. Les injections par intraveineuse n'étaient pas une pratique courante et l'utilisation d'équipements de protection individuelle par les médecins, les infirmières et les aides était rudimentaire.

Un autre facteur qui a aggravé la situation était la pénurie de personnel médical expérimenté.

Lorsque la grippe espagnole est apparue, la Première Guerre mondiale faisait toujours rage en Europe. Plus de la moitié des médecins du Canada et des milliers d'infirmières ont servi à l'étranger, selon le Musée canadien de la guerre.

Les soins de santé n'étaient pas accessibles à tout le monde en 1918 à Winnipeg. De plus, les hôpitaux étaient souvent surpeuplés et mal ventilés.

Tout cela fait en sorte qu’il est difficile de comparer la situation d’il y a 100 ans avec celle d’aujourd’hui, croit Jason Kindrachuk. Cela étant dit, nous avons quand même un million de personnes décédées [de la COVID-19 dans le monde].

Oui, les chiffres brossent un tableau de 1918, mais nous devons être conscients de toutes les variables que nous avons à notre disposition, conclut-il.

Avec les informations de Jacques Marcoux et Bartley Kives

L'évolution de la COVID-19 d'heure en heure.

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