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Les écoles secondaires du Québec apprivoisent les nouvelles règles en zone rouge

De jeunes adolescents, de dos.

L'obligation de porter un masque en classe rebute de nombreux élèves, concèdent des directrices d'écoles.

Photo : Ivanoh Demers

Les élèves et les enseignants des écoles secondaires du Québec situées en zone rouge apprennent aujourd’hui à composer avec les nouvelles règles sanitaires décrétées par le gouvernement Legault pour endiguer la propagation de la COVID-19.

Tous les élèves devront dorénavant porter un masque en tout temps, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’école, sauf pour le dîner et lors des cours d'éducation physique. Ceux de 4e et 5e secondaire doivent en outre s’astreindre à suivre un enseignement à distance une journée sur deux.

Ces mesures sont officiellement en vigueur pour 20 jours, soit jusqu'au 28 octobre, mais elles pourraient être prolongées selon l'évolution de la maladie.

Des directrices d’établissements interrogées par Radio-Canada ne cachent pas que les élèves des écoles secondaires touchées par ces nouvelles contraintes ne sont guère enchantés de devoir porter leur masque en tout temps.

Ce n’est pas très bien accueilli. Les élèves ne sont pas contents de cette mesure-là, concède Geneviève Richard, directrice de l’école secondaire de Mortagne, qui accueille plus de 2700 élèves à Boucherville, en Montérégie.

Par contre, nos élèves sont aussi extraordinaires, ils ont une belle capacité d’adaptation, ajoute Mme Richard en entrevue à Tout un matin.

Depuis le début de l’année, toutes les mesures qu’on a mises en place dans l’école sont très bien respectées par les élèves. Alors même s’ils ne sont pas en faveur de cette mesure-là pour la majorité, je ne suis pas inquiète que ce matin nous n’aurons pas trop de discipline à faire.

Geneviève Richard, directrice de l’école secondaire de Mortagne

Même son de cloche à l’école secondaire Roger Comtois de Québec, fréquentée par quelque 1700 élèves.

Chaque élève a un degré de tolérance différent. On ne peut pas généraliser. Mais hier [mercredi], ce que j’entendais, c’est "madame, quand est-ce qu’on va respirer?", relate la directrice, Laurie L’Hérault, rencontrée jeudi avant la rentrée des classes.

Pour eux autres, être assis en classe, à leur pupitre, et porter le couvre-visage, c’est un non-sens. Il y en a qui disent : "ça va me déconcentrer" , dit-elle, avant de relativiser. Il y en a d’autres qui s’acclimatent et qui me disent : "moi, je ne le sens même plus dans mon visage".

Ce qu'en pensent les élèves

Voici quelques propos d'élèves du secondaire recueillis jeudi matin à la rentrée des classes tant à Montréal qu'à Québec, deux régions situées en zone rouge.

Sur le port du masque en tout temps :

  • Ça ne me dérange pas trop, parce que je pense que c’est nécessaire.
  • Ça va quand même être difficile d’avoir des cours et de porter le masque, surtout qu’il y a des gens qui travaillent le soir avec le masque.
  • C'est sûr et certain que c’est un peu décevant qu’on en soit rendus là à cause de certains imprudents.
  • J’ai trouvé ça un peu "poche" parce qu’on va avoir de la misère à respirer, mais sinon, ça ne me dérange pas tant que ça.

Sur l'enseignement hybride :

  • Je trouve que c’est vraiment balancé. Personnellement, je pense que c’est ce qu’on aurait dû faire depuis le début. […] Ce sera autant obligatoire [à la maison] qu’à l’école. On a cinq cours par jour. On doit avoir un environnement calme pour ne pas avoir les effets négatifs sur le mental. […] Ils nous préparent bien.
  • Honnêtement, je trouve que c’est un petit peu bizarre. J’aimerais plus que ce soit tous [les cours] chez nous ou tout à l’école. Et porter le masque tout le long de la journée c’est suffocant. Mais je n’ai pas le choix.

Le défi technologique de l'enseignement à distance

Pour les élèves de 4e et 5e secondaire, le défi consistera à demeurer intéressés à suivre leurs cours pendant des journées complètes depuis leur résidence, souvent en l’absence de leurs parents.

Un défi qui n’a d’égal que celui des enseignants, selon Geneviève Richard de l’école de Mortagne. Ce qui est demandé aux enseignants est énorme. On leur demande une grande capacité d’adaptation, dit-elle.

Ils doivent avoir beaucoup de souplesse parce que l’enseignement hybride demande de revoir complètement la planification de l’enseignement, notamment pour des laboratoires en sciences, qu’on ne peut pas faire à distance, indique-t-elle.

Mme Richard assure cependant que son personnel est prêt à relever le défi, grâce à ce qui a été appris lors de la première vague de COVID-19 le printemps dernier, et à la préparation effectuée depuis le début de l’année scolaire.

L’aspect technique n’était pas présent l’année dernière pour nous. L’équipement pour le personnel n’était pas adéquat, raconte la directrice, qui s’est donc attelée au problème avec son équipe dès la rentrée scolaire.

Tout le personnel a [maintenant] un équipement adéquat. Et ils avaient comme mandat de se préparer à l’enseignement à distance. [Ils] devaient se préparer et pratiquer avec les élèves en classe pour s’assurer que les élèves allaient être capables de se brancher [et qu’ils pourraient] donner des devoirs aux élèves via les outils.

L’autre aspect de ce défi technologique consiste à s’assurer que tous les élèves ont des ordinateurs ou des tablettes pour pouvoir suivre ses cours. À l’école secondaire de Mortagne, un sondage a permis d’identifier 400 familles qui devaient être dûment équipées.

J’ai des familles qui ont trois enfants. Donc, ils ne peuvent pas suivre les cours en même temps s’ils ont seulement un outil, explique Geneviève Richard, qui souligne le travail du personnel de l’école, dont celui chargé des ressources informatiques, pour être prêt.

Toutes les familles ont été rejointes en 4e et 5e secondaire. Tous les élèves ont un portable pour eux. J’ai quelques familles qui ne les ont pas récupérés, mais le portable les attend à l’école. Donc ce matin, les écoles vont pouvoir commencer avec les outils, affirme-t-elle.

À l’école Roger Comtois, la directrice Laurie L’Hérault comprend que l’objectif du gouvernement de ne pas fermer les écoles est louable. Il ne faut pas fermer les écoles. On a vu l’impact de ça le printemps dernier, admet-elle sans détour. On a réalisé que l’école, c’était irremplaçable.

Le numérique, c’est un beau vecteur de valeur ajoutée, mais ça ne remplacera jamais l’intervention humaine, la proximité et la relation que les jeunes ont avec leurs enseignants, prévient-elle cependant.

Le problème des programmes sports-études

Toujours dans le but d’éviter les rassemblements, Québec a aussi suspendu dans les zones rouges toutes les activités parascolaires, les compétitions interscolaires, de même que les sorties scolaires.

Les élèves inscrits à des programmes sports-études peuvent continuer à s'entraîner ensemble, mais seulement à l'intérieur de la même classe-bulle.

À l'école de Mortagne, qui a plusieurs programmes du genre, cela a impliqué une importante réorganisation, d'autant plus que les cinq salles d'entraînement de l'école sont maintenant fermées.

La journée où [les élèves] sont à la maison, ils ne pourront pas se déplacer à l’école si l’entraînement a lieu à l’école, résume la directrice Geneviève Richard. Cette journée-là, il y aura congé de sports pour eux.

Les nouvelles mesures annoncées par Québec touchent aussi les cégeps et les universités situés en zone rouge. Ces derniers sont priés d'offrir leurs cours à distance dans la mesure du possible.

Qui plus est, toutes les activités de socialisation seront interdites sur les campus.

Le ministre de l’Education Jean-François Roberge debout durant une conférence de presse.

« On vit des moments qui sont assez difficiles », a admis le ministre de l’Education Jean-François Roberge.

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

On vit des moments assez difficiles, concède Roberge

Dans un bref point de presse en matinée, le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, a défendu les décisions prises par le gouvernement lundi pour les écoles secondaires situées en zone rouge.

On vit des moments qui sont assez difficiles, avec le nombre de cas qui augmente dans nos écoles. Il faut le reconnaître, a-t-il admis d'entrée de jeu.

Il faut reconnaître cependant que le gouvernement a posé des gestes importants, courageux, suite aux recommandations de la santé publique pour protéger la santé et la sécurité de nos élèves. C’est une priorité. Et protéger la santé et la sécurité de tout le personnel dans le réseau scolaire, c’est extrêmement important, a-t-il enchaîné.

Garder nos écoles ouvertes, c’est la meilleure façon de permettre à nos élèves de poursuivre leurs apprentissages, d’avoir une meilleure santé mentale, de garder contacts avec leurs amis, d’avoir accès à leurs professionnels.

Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation du Québec

M. Roberge a aussi souligné que des policiers de partout au Québec doivent se rendre près des écoles pour sensibiliser les élèves au respect des consignes sanitaires.

J’ai eu des conversations privées avec la vice-première ministre, qui m’a confirmé que le mot d’ordre est parti dans tous les corps policiers du Québec […] pour [qu’ils soient] plus présents que jamais autour des écoles secondaires, a-t-il dit.

Je pense que c’est bonne idée d’avoir de l’aide des corps policiers pour venir faire des interventions d’information, de sensibilisation autour des écoles.

Le porte-parole du Service de police de l'agglomération de Longueuil (SPAL), Patrick Barrière, précise que des contraventions à des élèves ne seront distribuées qu'en tout dernier recours.

On privilégie toujours la sensibilisation, la prévention, la collaboration des jeunes, en partenariat avec les parents, qui eux peuvent convaincre les jeunes de collaborer aux diverses lois sanitaires, a-t-il dit. Mais en tout dernier recours, il pourrait effectivement y avoir des constats d’infractions remis aux élèves.

En théorie, des constats de 500 $ à 1000 $ peuvent être remis à des adolescents de 14 ans et plus. Mais depuis le début de l'année, aucun constat du genre n'a été donné par le SPAL.

Avec la collaboration de Karine Bastien, Diana Gonzalez et Hadi Hassin

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