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Une file de militaires.

Des militaires protègent le siège social de la Sûreté du Québec le 18 octobre 1970.

Photo : La Presse canadienne / Archives

Si le Québec a été le théâtre principal de la crise d’Octobre en 1970, les enlèvements et l’assassinat de Pierre Laporte commis par le Front de libération du Québec (FLQ) ont eu des conséquences ailleurs au Canada. En Alberta, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) est même allée jusqu’à arrêter des militants francophones sympathiques au FLQ.

Cinquante ans après les faits, Frank McMahon n’a rien oublié de ce moment turbulent de l’histoire.

Comme partout ailleurs à cette époque, la jeunesse franco-albertaine se rebelle et certains étudiants développent une sympathie pour les revendications du Front de libération du Québec, se remémore l’ancien professeur et doyen du Collège universitaire Saint-Jean, qui est devenu une faculté de l’Université de l’Alberta.

Une des arrestations survient à la suite d’un congrès réunissant les étudiants albertains, au cours duquel un petit groupe de Saint-Jean prononce un discours en faveur du FLQ.

Un étudiant avait proposé que soit appuyé le manifeste du FLQ, car il était important de travailler à la libération des francophones au Canada, relate l’ancien doyen aujourd’hui âgé de 83 ans.

On venait d’annoncer [la loi] des mesures de guerre, je pense que c’était le même soir. À ce moment-là, la police, la GRC, a pris connaissance de ce qui s’était passé et a arrêté un étudiant de Saint-Jean, ajoute-t-il.

Frank McMahon en entrevue.

Cinquante ans après les faits, Frank McMahon conserve un souvenir clair de la crise d'Octobre.

Photo : Radio-Canada

À l'affût de l’activité militante sur les campus universitaires, la GRC va même jusqu’à interroger le doyen du Collège universitaire Saint-Jean.

Ils sont venus dans mon bureau pour me parler. Ils voulaient savoir s’il y avait des militants du FLQ chez nos étudiants, si certains avaient un problème avec la Loi sur les mesures de guerre.

Frank McMahon, ancien doyen du Collège universitaire Saint-Jean

Si lui-même a été peu intimidé par cette visite impromptue de la police, Frank McMahon dit toutefois que les étudiants du campus ont été marqués par les arrestations de leurs camarades.

Il n’y a jamais eu d’accusations comme telles [les étudiants] n’ont jamais été accusés de crime contre la Loi sur les mesures de guerre, mais ç’a été assez traumatisant pour les étudiants, raconte-t-il en entrevue à son domicile d’Edmonton.

Une période difficile pour la francophonie canadienne

Si une poignée d’étudiants sont sensibles aux idées du FLQ, la francophonie canadienne demeure nettement fédéraliste. Dans les communautés francophones du Canada, la crise d’Octobre provoque de vives réactions, souligne Valérie Lapointe Gagnon, professeure d’histoire à la Faculté Saint-Jean.

[Dans les communautés] on n'est pas d'accord avec cette violence et c'est ce qui est mentionné notamment dans les journaux de l'époque. On condamne la violence et on veut continuer avec le ton de la démocratie et de la bonne entente.

Valérie Lapointe Gagnon, professeure d'histoire

Un an avant la crise d’Octobre, le gouvernement de Pierre Elliot Trudeau fait adopter la Loi sur les langues officielles, vue comme une avancée majeure pour la francophonie canadienne. Celle-ci craint désormais que ses revendications linguistiques soient associées à celles du FLQ.

Une caricature représente deux porcs portant des dossards sur lesquels est écrit « FLQ » devant une auge dans laquelle est écrit « Assassinats », « Haine » et « Terrorisme ».

Une caricature publiée le 21 octobre dans l'hebdomadaire Le Franco-Albertain compare le FLQ à des porcs.

Photo : Archives, Université de l'Alberta

[Chez les francophones] on veut continuer à dialoguer avec le fédéral, qui est un ami. On veut aussi que la réputation des francophones de l’Alberta, de la Saskatchewan, du Manitoba et de l’Ontario soit intacte. On ne veut pas nuire aux relations qu’on est en train de bâtir avec le fédéral, rappelle également Mme Lapointe Gagnon.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
La professeure d'histoire Valérie Lapointe Gagnon de la Faculté Saint-Jean de l'Université de l'Alberta

Il y a 50 ans, la crise d’Octobre : les répercussions hors Québec

Photo : Radio-Canada

Frank McMahon souligne aussi que la sympathie que pouvaient ressentir certains jeunes Franco-Albertains pour le FLQ était l’illustration d’un choc des générations dans la francophonie, alors que leurs parents étaient farouchement fédéralistes et catholiques pratiquants.

Les jeunes ont voulu se faire reconnaître comme des intervenants importants au sein de la francophonie, indique-t-il. [...] Pour les jeunes [l’establishment] c’était des vieux, des têtes blanches qui avaient l’habitude d’être très conservateurs. C’étaient des catholiques qui tenaient à leur français comme une valeur du passé [...] Les jeunes voulaient une vision nouvelle.

Une publication controversée

En Alberta, la crise d’Octobre est un sujet délicat pour la communauté francophone. Même si Normand Ferrier Le Clerc, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Le Franco-Albertain, signe le 21 octobre un éditorial dénonçant le terrorisme du FLQ, sa décision de publier intégralement le manifeste felquiste dans la même édition, après la mort de Pierre Laporte, lui vaut d’être congédié.

Dans l’édition suivante du 28 octobre, Roger Motut, président de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), propriétaire du journal, publie un long éditorial s’excusant de la publication du manifeste.

L’Association canadienne-française de l’Alberta s’est toujours opposée aux politiques extrémistes et aux programmes préconisés par des petits groupes au Canada français [...] L’opposition de l’Association canadienne-française au FLQ est d’autant plus forte que ce groupe préconise la violence, peut-on lire.

Extrait de l'éditorial.

L'éditorial du 28 octobre 1970 de l'hebdomadaire Le Franco-Albertain dénonce la publication du manifeste du FLQ la semaine précédente.

Photo : Archives de l'Université de l'Alberta

Ça va créer une minicommotion dans la communauté, parce qu’on se dit, quel manque de délicatesse que d’avoir publié ce manifeste-là. On le voit comme un appui à la violence de la part du rédacteur en chef du Franco-Albertain, relate Valérie Lapointe Gagnon.

On ne voulait vraiment pas que Le Franco soit associé à des gestes contre la loi, c’était vraiment une horreur pour le conseil d’administration du Franco, se souvient également Frank McMahon, qui devient trois ans plus tard président de l’ACFA.

En Alberta, cette période turbulente est tombée dans l’oubli, mais Valérie Lapointe Gagnon estime qu’il faut comprendre le contexte plus large d’octobre 1970.

On sait qu’il y a eu une poignée d’arrestations dans l’Ouest canadien, mais ça reste encore une fois très minoritaire, c’est rien comme ce qui s’est passé au Québec à l’époque, conclut l’historienne.

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