•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Dans cette école de Westmount, on prend le FLQ au sérieux

À Selwyn House, une école anglaise huppée, les étudiants passent plus de temps sur le chapitre « crise d’Octobre » que ce que prévoit le ministère de l'Éducation. « Parce que comprendre cet événement permet de mieux saisir le Québec ».

Façade en pierre de l’école secondaire.

Cette école privée située au cœur de Westmount rappelle par son architecture les collèges anglais.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ils ont 16 ou 17 ans. La cloche vient de sonner et les garçons sont un peu dissipés. Ils gigotent sur leur chaise, tripotent leur masque. Madame Vidal, leur enseignante, les rappelle à l’ordre et me souhaite la bienvenue dans la classe de 11e année de l’école Selwyn House, dans laquelle je pénètre grâce à Zoom, pandémie oblige.

Mais, nous ne sommes pas là pour parler de cette situation historique qui marquera sans doute ces jeunes hommes et dont ils se souviendront toute leur vie, mais pour parler d’autres jeunes hommes révoltés, dont les actions ont marqué l’histoire du Québec, il y a 50 ans.

De jeunes hommes pour qui Westmount était un symbole du colonialisme britannique, un quartier dans lequel habitaient les "big boss" patroneux et leurs valets, disait le célèbre manifeste, une élite qui, expliquait le manifeste, gardait les francophones dans la misère et le mépris.

Ce manifeste, les étudiants de Selwyn House le connaissent bien. Ils en ont étudié chaque mot, il y ont réfléchi, surtout. Parce que dans cette école anglophone de Westmount, les jeunes passent plus d’un mois de leur 10e année (l’équivalent du secondaire 4) à étudier les tenants et les aboutissants de la crise d’Octobre.

En fait, à Selwyn House, les étudiants consacrent à Octobre beaucoup plus de temps que dans n’importe quelle autre école francophone, où le chapitre est avalé plus ou moins rapidement.

Se libérer de quoi au juste?, peut-on lire dans le document qui sert de guide aux élèves. La réponse proposée par le document : Le « colonialisme canadien-anglais, la domination et l’exploitation des travailleurs québécois par la bourgeoisie anglophone et les injustices du système capitaliste ».

Étudier à Selwyn house coûte, au dernier cycle du secondaire, 25 000 dollars. Cela inclut les repas, les livres, la scolarité et certaines activités. L’école qui tient son nom d’un collège de Cambridge en Angleterre a été fondée en 1908 par un capitaine anglais du nom d’Algernon Lucas.

Le bâtiment qui l’abrite est magnifique, imposant, noble. Il respire la richesse établie de longue date. 550 élèves fréquentent l’école de la maternelle à la fin du secondaire. Elle est située juste en face de l’hôtel de ville de Westmount, où ont commencé, en 1963, les attentats du FLQ.

Il y a 8 ou 9 ans, on s’est rendu compte que si nos étudiants comprennent Octobre, ils sont plus à même de saisir ce qui va venir par la suite, raconte Marie-Ève Thériault, enseignante d’histoire, mais également chef du département de français de l’école, car le semestre consacré à Octobre, l’est dans le cadre des cours de français.

En Histoire, on devait passer rapidement sur l’épisode et ça nous condamnait à demeurer en surface, précise-t-elle.

Nous formons des citoyens. Cet épisode historique permet à nos élèves d’aller au-delà des clichés de l’opposition français-anglais et de comprendre que les felquistes en avaient contre les privilèges de classes sociales, que le mouvement d'émancipation nationale au Québec n’est pas qu’une affaire de langue.

Marie-Ève Thériault, enseignante d’histoire

À travers le film Octobre de Pierre Falardeau, la pièce de Gratien Gélinas, Hier, les enfants dansaient, une entrevue de Pierre-Elliott Trudeau sur la loi des mesures de guerre, le manifeste du FLQ, les jeunes se sensibilisent à l’autre, explique l’enseignante. Ils comprennent mieux la crise d’Oka, par exemple, le sentiment d’injustice qui peut pousser un groupe à la révolte. Nous mettons aussi ce chapitre en perspective avec ce qui s’est passé ailleurs, la révolution cubaine, par exemple. Les élèves sont souvent surpris d’apprendre que ce qui s’est passé au Québec n’est pas unique.

Dans la classe de madame Vidal, les adolescents qui sont passés par ces apprentissages l’an dernier en ont long à dire.

Matthew, qui a grandi à Westmount, a beaucoup apprécié le film de Falardeau. Je ne savais pas à quel point il y avait une différence économique entre les anglophones et les francophones. Je comprends mieux ma société maintenant. Je mets des morceaux de l’histoire ensemble.

George Adamopoulos prend la parole sur l’application Zoom. Il raconte que ses grands-parents ont eu très peur en octobre 1970. Je ne peux pas me mettre à la place d’un francophone à cette époque, mais quand je vois les statistiques, je constate que c’était vraiment injuste vis-à-vis d'eux, injuste qu’une majorité de francophones soit dominée par une minorité.

Certains élèves font des liens avec des luttes actuelles. Dylan dit qu’actuellement on voit que face aux injustices, il y a deux façons de réagir, des manifestations pacifistes et des actions plus violentes. Ce que l’on retrouvait au sein de FLQ. Une majorité pacifiste et une minorité prête à des actions plus radicales.

Pour Michael, les felquistes se battaient pour que les francophones aient les mêmes opportunités que les anglophones, pour l’égalité. Le mouvement Black Lives Matter se bat aussi pour l’égalité.

Luca évoque le sort de Maurice Richard. C’était un francophone, alors il était discriminé.

Conor, lui, pense que maintenant ce sont les anglophones qui sont discriminés au Québec à cause de la loi 101. C’est difficile de parler anglais sans être jugé. Le jeune homme comprend que la loi vise à protéger la langue contre la disparition, mais il n’est pas d’accord. Ça rend le Québec différent du Canada. Dans les autres provinces, ils se disent : Ah! C’est un Québécois, écoute son accent, il parle français. Ça crée des tensions.

Un débat sur la Loi des mesures de guerre

Les reporters Tim Ralfe et Peter Reilly tiennent leur micro devant Pierre Trudeau à l'entrée du parlement à Ottawa.

Les reporters Tim Ralfe (à droite) et Peter Reilly (centre) demandent à Pierre Trudeau le 13 octobre jusqu'où il est prêt à aller pour maintenir l'ordre dans les rues de Montréal. Le premier ministre lancer alors son célèbre : "Just watch me".

Photo : La Presse canadienne / PETER BREGG

Les élèves de Selwyn House terminent habituellement le semestre sur Octobre par un débat ou un texte d’opinion sur l’adoption de la Loi des mesures de guerre par le gouvernement Trudeau et l’arrestation de près de 500 personnes sans mandat.

Tu ne peux pas suspendre des droits comme ça, dit Danny. Je crois que Justin Trudeau devrait s’excuser auprès des familles des gens incarcérés injustement.

Guillaume est d’avis que c’était tout de même justifié et que l’arrivée de l’armée a empêché d’autres enlèvements, mais je crois que ce n’était pas nécessaire d’incarcérer des sympathisants sans mandat. Je pense que Trudeau devrait s’excuser pour l’hostilité avec laquelle cette loi a été appliquée, mais pas pour avoir appliqué la loi.

John n’est pas d’accord. Ils enlevaient des gens et faisaient exploser des bombes, il fallait sécuriser la population et Trudeau ne devrait pas s’excuser.

Dylan a le (sage) mot de la fin : Je pense que la chose la plus importante que nous ayons apprise : c’était une situation extrêmement complexe et qu’il est difficile 50 ans après d’affirmer des choses avec certitude.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !