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Un ancien employé dénonce la désorganisation dans les hôpitaux de la Rive-Sud

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Raphaël Blouin-Durand

Le reportage de Marie-Pier Bouchard

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Bouchard

Raphaël Blouin-Durand a été traité pour la COVID-19 dans deux hôpitaux de la Rive-Sud, d’abord à Saint-Georges, puis à Lévis quand sa condition s’est dégradée. Selon ce qu’il a observé, le personnel soignant est contraint de passer des zones chaudes aux zones froides plusieurs fois par jour, alors que ça devrait être l’exception.

Le préposé aux bénéficiaires de formation, qui a déjà travaillé pour le CISSS de Chaudière-Appalaches, explique qu’il s’est rendu à l’hôpital de Saint-Georges après avoir ressenti les premiers symptômes de la maladie. Il a rapidement été placé dans un espace désigné pour les patients possiblement atteints de la COVID-19.

C'était délimité par des murs de carton, mais c'était les mêmes personnes qui se promenaient entre nous, et après ça allaient de l'autre côté pour les urgences [qui n'avaient rien à voir avec la COVID-19], s'étonne-t-il. Oui, il y avait un SAS et [le personnel se changeait] entre les deux, mais ça reste que ce que le ministre dit, c’est pas vrai qu'on ne passe pas de zone rouge à zone verte dans la même journée.

J'ai travaillé là et là j'y étais comme patient : les employés sont laissés à eux-mêmes.

Raphaël Blouin-Durand

Il a pu quitter l’hôpital le lendemain pour se placer en isolement à la maison. Quelques jours plus tard, il a développé des problèmes respiratoires et il a été transporté en ambulance jusqu’à l’Hôtel-Dieu de Lévis. Là encore, il a été placé dans une chambre clairement identifiée pour les patients atteints de la COVID-19, mais encore une fois, il affirme que le personnel soignant passait fréquemment d’une zone à l’autre.

Les seules protections qu'il y avait, c'est quand ils rentraient dans la chambre, ils mettaient leur jaquette, encore avec des masques de procédures, dénonce-t-il. Le lendemain, quand il est revenu sur place pour un suivi, il affirme que les agents de sécurité l’ont laissé seul dans l’hôpital alors qu’ils le savaient pertinemment atteint de la COVID-19.

C'est normal qu'il y a des éclosions, quand il y a quelqu'un de positif qui rentre à l'hôpital que tu le swing dans l'ascenseur et il peut aller où il veut. Il n'est pas escorté, qu'est-ce que tu penses que ça va faire? s’emporte Raphaël Blouin-Durand.

Éclosions dans les hôpitaux de Chaudière-Appalaches

  • Hôtel-Dieu de Lévis : 20 travailleurs et 15 usagers
  • Hôpital de Saint-Georges : 5 travailleurs et 6 usagers
  • Hôpital de Thetford Mines : < 5 cas chez les employés et les usagers

Dernier recours

Le directeur adjoint au CISSS de Chaudière-Appalaches, Marco Bélanger, assure que son institution n’est pas en perte de contrôle. On gère la situation au jour de jour. Par contre, il ne faut pas se cacher que ça évolue rapidement, explique le gestionnaire. [...] On gère de multiples foyers d'éclosion et tout ça amène à prendre des décisions rapides.

Il précise que les directives en place stipulent qu’il ne devrait pas y avoir de déplacement de personnel entre les établissements et les départements qui ont des éclosions de COVID-19 et ceux qui n'en ont pas.

Il admet néanmoins que certains déplacements entre les zones chaudes et froides peuvent se produire en dernier recours lorsqu’ils sont nécessaires pour assurer les soins aux patients.

L'Hôtel-Dieu de Lévis

Tous les hôpitaux du CISSS de Chaudière-Appalaches sont aux prises avec une éclosion de COVID-19, à l'exception de l'Hôtel-Dieu de Montmagny.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Nadeau

Masque N95

Lors de ses séjours à l’hôpital, Raphaël Blouin-Durand s’est aussi étonné de voir que l’ensemble du personnel médical portait le masque de procédure, plutôt que le N95. Le Syndicat des professionnelles en soins de Chaudière-Appalaches (SPSCA) réclame d’ailleurs que ce masque, reconnu pour filtrer 95 % des particules, soit mis à la disposition de tout le personnel qui soigne des patients atteints de la COVID-19.

Je pense qu'on a besoin des N95 et l'employeur, et le gouvernement, ne veulent pas nous les donner présentement malgré qu'ils en ont des stocks considérables, dénonce le président du SPSCA, Laurier Ouellet. Une dizaine de syndicats du milieu de la santé dans la région de Montréal ont d’ailleurs fait la même demande, au nom du principe de précaution.

Malgré un inventaire de 55 000 masques N95, le CISSS de Chaudière-Appalaches n’a pas l’intention de déroger des directives de l’Institut national de santé publique du Québec qui recommande l’utilisation de ces masques plus performants uniquement dans certaines situations très précises, lorsqu’un patient doit être intubé par exemple.

Les lignes directrices des groupes d'experts nous disent, par exemple, que l'équipement avec le masque de procédure est amplement suffisant, bien on suit ces lignes-là, tranche le directeur adjoint Marco Bélanger.

Avec les informations de Marie-Pier Bouchard et Camille Simard

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