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L'industrie du cinéma en Saskatchewan pourra-t-elle se relever?

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Un tournage de la série télé The little mosque on the prairie, dans un champ près d'Indian Head en Saskatchewan.

La décision d'abolir le crédit d'impôt pour les emplois dans l'industrie du film a été largement décriée par l’industrie du cinéma.

Photo : WestWind Pictures

En 2012, le gouvernement de la Saskatchewan a aboli le crédit d'impôt pour les emplois dans l'industrie du cinéma. Huit ans plus tard, le Parti saskatchewanais défend encore sa décision tandis que le Nouveau Parti démocratique (NPD) veut le restaurer. Alors que les tensions sont encore vives dans ce secteur, la Saskatchewan peut-elle relancer cette industrie?

Geoffrey Park est décorateur pour les plateaux de cinéma depuis 2008. Il affirme que les perspectives d'emplois sont rares pour lui depuis la suppression du crédit d'impôt. C'est vraiment difficile. Je suis privé de revenus réguliers. Je cours partout et j’essaie de joindre les deux bouts. En fait, j'ai trois emplois en même temps, confie-t-il.

Ses conditions de travail se sont inéluctablement dégradées elles aussi. Dans le passé, il a fait beaucoup d'argent grâce au cinéma, et son revenu lui a longtemps suffi pour subvenir aux besoins de sa famille de trois enfants.

Geoffrey Park dans sa cour arrière.

Geoffrey Park affirme que son métier sur les plateaux est difficile à transposer dans d'autres industries parce que c'est un type de travail très particulier.

Photo : Rob Kruk

Geoffrey Park a constaté au fil des années que l'industrie du cinéma en Saskatchewan n'est plus florissante comme elle l'a été au début des années 2000. Elle a permis à des centaines de personnes de gagner de l'argent et elle a fait venir des gens de l'extérieur qui venaient dépenser de l'argent ici, souligne-t-il.

Ils ont coupé les jambes de notre industrie. Tout le monde est parti.

Geoffrey Park, décorateur

Mis en place en 1998 sous le gouvernement néo-démocrate de Roy Romanow, le crédit d'impôt pour les emplois dans l'industrie cinématographique a permis la production de téléséries telles que Little Mosque On The Prairie et Corner Gas en Saskatchewan, mais aussi des films comme Just Friends, Grey Owl et Wolfcop.

La décision du gouvernement de Brad Wall de l'abolir en 2012, invoquant alors des contraintes budgétaires, a été largement décriée par l’industrie. Le député sortant Gene Makowsky, qui était le ministre des Parcs, de la Culture et du Sport avant le déclenchement des élections, affirme que la décision prise en 2012 était difficile, mais justifiée.

Gene Makowsky devant son bureau de campagne à Regina.

Gene Makowsky croit que la décision d'abolir le crédit d'impôt était justifiée, mais il dit vouloir continuer de travailler avec l'industrie cinématographique.

Photo : Cory Herperger

Quelques mois après le retrait du crédit d'impôt, le Parti saskatchewanais a annoncé la création de Creative Saskatchewan, un organisme toujours actif qui vise à soutenir le secteur par des bourses pour le cinéma, mais aussi la littérature, les beaux-arts et l'artisanat.

Gene Makowsky soutient que si le Parti saskatchewanais est réélu, il va continuer à travailler avec l'industrie pour établir des priorités au sein du gouvernement.

Nous n'avons pas d'argent illimité à dépenser pour les contribuables.

Gene Makowsky, député sortant du Parti saskatchewanais

Gene Makowsky souligne l'appui de Creative Saskatchewan qui a permis de voir des histoires saskatchewanaises racontées sur nos écrans, que ce soit au cinéma ou à la télévision.

Percy, un film saskatchewanais réalisé au Manitoba

Le producteur du film Percy, Daniel Bekerman, soutient cependant que les incitatifs économiques de la Saskatchewan ne permettent pas de tourner dans la province.

Son film, qui raconte l'histoire d'un agriculteur de la Saskatchewan, a donc été réalisé au Manitoba. Le Manitoba était vraiment le choix évident. La Saskatchewan n'aurait pas offert les crédits d'impôt dont nous aurions eu besoin, indique-t-il.

Pour être honnête, notre financement n'aurait pas fonctionné en Saskatchewan, car les crédits d'impôt dans cette province ont été largement coupés, alors qu'au Manitoba les crédits d'impôt sont très importants.

Daniel Bekerman, producteur de film

Ce n’est pas la première fois que Daniel Bekerman choisit d’investir au Manitoba. Ses trois derniers films lui ont permis de dépenser 25 millions de dollars et de créer plus de 500 emplois temporaires.

Le cinéma manitobain en plein essor

Les politiques du Manitoba et de la Saskatchewan sont radicalement opposées en ce qui concerne ce secteur de l'économie. La directrice générale de Musique et Film Manitoba, Rachel Rusen, remarque que les productions ne cessent de croître au Manitoba.

Depuis 2016, les budgets de production ont augmenté, passant de 126 à 260 millions de dollars. Selon elle, plus de 20 compagnies de production ont été actives au cours du dernier exercice financier, ce qui a créé plus de 2000 emplois pour les Manitobains .

Rachel Rusen attribue ce succès aux investissements du gouvernement provincial. Le crédit d'impôt est essentiel pour attirer des productions dans notre province, mais aussi pour maintenir les productions manitobaines en affaires.

Un plateau de tournage (archives).

Selon Statistique Canada, l'industrie du cinéma a rapporté 21 millions de dollars en Saskatchewan en 2017 et plus de 100 millions au Manitoba (archives).

Photo : iStock

L’industrie du cinéma au Manitoba peut compter sur deux crédits d'impôt provinciaux. La province en offre un de 65 % sur les salaires, et un autre de 38 %, sur les coûts de production. De plus, le gouvernement investit directement dans certaines productions cinématographiques sous la forme de prêts ou de bourses.

Selon une étude réalisée en 2017 par l’association de l’industrie de production audiovisuelle du Manitoba, On Screen Manitoba, les programmes coûtent de 15 à 24 millions de dollars par année à la province.

Les productions peuvent-elles revenir en Saskatchewan?

Le chef du Nouveau Parti démocratique de la Saskatchewan, Ryan Meili, s’engage, s'il est élu le 26 octobre, à réintroduire le crédit d'impôt. Il qualifie son abolition de grave erreur .

On sait que l’on a perdu 40 millions de dollars par an à cause de cette coupe. On sait que, si l’on n'investit pas, l’argent ne viendra pas ici. C’est une perte de ne pas le faire.

C'était vraiment une mauvaise idée.

Ryan Meili, chef du Nouveau Parti démocratique de la Saskatchewan

Le NPD ajoute qu'il n'entend pas réduire les fonds consacrés à Creative Saskatchewan. Ce n’est pas nécessaire d’enlever de l’argent aux autres formes d'art pour y arriver.

Dans sa plateforme, publiée vendredi, le parti estime que la mesure coûtera 500 000 dollars au gouvernement dans sa première année, un nombre qui atteindra 1,3 million de dollars pour l’année budgétaire 2024-2025.

Un défi ardu

Le chef du NPD reconnaît toutefois qu'il va falloir un peu de temps pour élaborer ce plan avec l’industrie et de voir les productions revenir.

Geoffrey Park croit lui aussi que le défi sera de taille. Je ne vois pas l'industrie cinématographique revenir ici avec le gouvernement actuel. Ce serait un défi, même pour un nouveau gouvernement. Il faudrait qu'il y aille à fond.

Il aimerait voir un crédit d'impôt comparable à celui de la majorité des provinces, en particulier parce que la Saskatchewan regorge de personnes hautement qualifiées pour briller dans cette industrie. Il y a un énorme studio de tournage à Regina et des équipes professionnelles à des tarifs très compétitifs par rapport à ceux du reste du Canada.

Ça fonctionne partout ailleurs au monde, alors pourquoi pas ici?

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