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Nobel de littérature : l'Académie suédoise fera-t-elle le choix du renouveau?

Difficile de prévoir le choix de l'Académie suédoise, qui peut piger dans un immense vivier de grands écrivains et écrivaines pour le Nobel de littérature 2020. Regard sur l'historique de l'institution qui a connu des jours plus tranquilles.

Une femme ouvre la porte du musée Alfred Nobel, à Stockholm, en Suède, situé dans le même bâtiment que le siège de l'Académie suédoise, où sera remis le prix Nobel de littérature 2020.

Le prix Nobel de la littérature est remis par l'Académie suédoise depuis 1901.

Photo : AFP/Getty Images / AFP Contributor

Agence France-Presse

Après une série de scandales qui ont terni le prix le plus convoité des belles lettres, le Nobel de littérature est décerné jeudi sans garantie de retrouver des eaux plus tranquilles, ni le chemin du renouveau.

L'Agence France-Presse (AFP) a sondé des critiques littéraires de Suède qui identifient une quinzaine de nobélisables, sans qu'émergent de grands favoris ou favorites. On y trouve la poète canadienne Anne Carson, l'Américano-caribéenne Jamaïca Kincaid, le Kényan Ngugi wa Thiong'o, les Français Michel Houellebecq et Maryse Condé ou encore l'Américain Thomas Pynchon.

L'Académie suédoise, qui décerne son 113e Nobel jeudi à 13 h (7 h, HNE), garde secret jusqu'au dernier instant le vote de ses 18 membres.

Le prix de littérature, parmi les plus célèbres des Nobel après celui de la paix, peine à sortir d'une des périodes les plus troublées de son histoire.

Scandale au sein de l'Académie

Fin 2017, l'institution avait été minée par les dissensions sur la manière de gérer les accusations visant un Français, Jean-Claude Arnault, époux d'une académicienne et personnalité influente de la scène culturelle suédoise. Ce dernier a depuis été condamné pour viol.

Le scandale avait déchiré l'Académie en plein cataclysme #MeToo, mettant en lumière les coulisses d'une institution rongée par les intrigues, ébranlant même l'image d'une Suède championne de transparence, de probité et d'égalité.

Tremblant sur ses bases, le temple des lettres avait dû annuler la remise du prix 2018, du jamais vu depuis la guerre. À peine le temps de sortir de la crise qu'il y avait replongé la tête la première en récompensant en octobre 2019 l'écrivain autrichien Peter Handke, aux positions proserbes.

À côté, les débats sur le caractère réellement littéraire de l'œuvre de Bob Dylan – lauréat-surprise en 2016 – paraissent bien anecdotiques.

Un renouveau qui tarde à se concrétiser

L'Académie suédoise, qui avait accueilli cinq membres extérieurs pour reprendre un nouveau souffle, en a vu deux claquer la porte en décembre dernier, dénonçant leur peu de poids dans les deux prix de l'année passée. Pour 2018, la Polonaise Olga Tokarczuk avait d'ailleurs été récompensée rétroactivement.

Portrait de Olga Tokarczuk, dont les cheveux sont ornés de perles bleues, et portrait de Peter Handke, qui porte des lunettes et des cheveux gris.

L'autrice polonaise Olga Tokarczuk et l'écrivain autrichien Peter Handke se sont vus remettre des prix Nobel de la littérature en 2019.

Photo : Reuters / Michele Tantussi/Herwig Prammer

Des grands noms comme le Japonais Haruki Murakami ou le Franco-Tchèque Milan Kundera ont souvent été évoqués dans le passé, mais jamais primés, prenant ainsi la relève de feu Philip Roth, disparu en 2018 sans Nobel.

L'Académie a souvent préféré les candidats et candidates de l'ombre aux plumes déjà en pleine lumière.

Cinq personnes d'Europe ont été récompensées ces six dernières années. L'Académie va-t-elle quitter les rives familières du Vieux Continent cette année? Les Américaines Joyce Carol Oates, Joan Didion ou Marilynne Robinson, le Sud-Coréen Ko Un, la Canadienne Margaret Atwood ou l'Israélien David Grossman pourraient en bénéficier.

Si l'Académie sait ce qui est bon pour elle, elle doit choisir Jamaica Kincaid, souligne Björn Wiman, le rédacteur en chef culture du principal quotidien suédois, Dagens Nyheter.

Écrivant sur des thèmes en vogue – colonialisme, racisme et genre – elle est exactement le type de personne qui mènerait le prix dans la direction idéaliste chère à Alfred Nobel, souligne-t-il, sans toutefois exclure que l'institution ne préfère pas dépoussiérer un vieux candidat prétendant depuis de longues années, comme elle l'a fait avec Handke.

L'Albanais Ismaïl Kadaré, le Roumain Mircea Cartarescu et le Hongrois Peter Nadas pourraient compléter le triomphe de l'Europe centrale l'an passé. Nouvelle venue aussi dans les pronostics : la Britannique Hilary Mantel avec ses romans historiques.

Les prédictions difficiles

Si Kincaid est une écrivaine incroyablement musicale qui est facile à aimer, la critique suédoise Madelaine Levy verrait bien un profil plus conforme aux goûts de l'académie suédoise, comme Michel Houellebecq, coutumier par ailleurs des propos controversés.

Avec une vision pessimiste de l'Europe contemporaine et une vision très négative de l'humanité, où l'homme est un tel échec, le Français de 64 ans crée de la grande littérature sur la faiblesse et la laideur de l'Homme, souligne la critique, dont le choix de cœur serait Joan Didion, et son genre d'essais politico-sociétaux très vivant aujourd'hui.

Le site de prise de paris Ladbrokes voit triompher la Française de Guadeloupe Maryse Condé, avec une cote de 5 contre 1, juste devant la Russe Lioudmila Oulitskaïa, puis Murakami et Atwood.

Mais au jeu des paris, vu le vivier de grands écrivains et écrivaines à travers le monde, on a toutes les chances de se tromper.

L'Académie a surpris tout le monde de nombreuses, nombreuses fois. Ses voies sont impénétrables, souligne Madelaine Levy.

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