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COVID-19 : l'hôpital Maisonneuve-Rosemont sur la corde raide

 L’urgence de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.

La hausse des hospitalisations et la pénurie d'infirmières compromet le maintien des activités régulières à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

L’hôpital Maisonneuve-Rosemont pourrait être incapable d’offrir tous les services médicaux requis si le nombre de personnes hospitalisées en raison de la COVID-19 continue d’augmenter, prévient le chef de son service des soins intensifs.

En entrevue à l’émission Tout un matin, le Dr François Marquis a expliqué que l’hôpital peine toujours à trouver le nombre d’infirmières nécessaire pour soigner à la fois les gens atteints de la maladie et tous les autres qui ont besoin d’autres soins, comme le demande Québec.

Le défi du gouvernement est de maintenir les services à la population qui n’a pas la COVID, en même temps qu’on s’occupe des gens avec la COVID. C’est un défi… je n’oserais même pas dire quotidien; c’est plusieurs fois par jour qu’il faut se réadapter. Et le défi est de trouver assez de personnel, explique-t-il.

Depuis quelque temps, on voit les hospitalisations qui augmentent et, à la remorque de ça, les hospitalisations aux soins intensifs, l’un étant toujours en proportion de l’autre, affirme le Dr Marquis, qui soutient tout de même que l’hôpital parvient à tirer son épingle du jeu jusqu’à nouvel ordre.

Pour l’instant, ça tient le coup. Est-ce qu’on serait capables atteindre nos objectifs fixés par le gouvernement, qui seraient de 16 patients aux soins intensifs COVID, plus les besoins généraux, plus les 90 patients COVID hospitalisés? Présentement non.

Dr François Marquis, chef du service des soins intensifs à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont

Il me faudrait 48 infirmières supplémentaires juste aux soins intensifs pour atteindre cet objectif, poursuit l’intensiviste. Or, on parlait à ma dernière réunion, à 17 h [mardi], qu’on avait peut-être trouvé 13 infirmières sur les 48 qui seraient nécessaires.

Pour l’instant c’est assez, parce qu’on est en début de deuxième vague, mais on est loin d’atteindre ce qu’on aurait de besoin pour maintenir une unité [de soins intensifs] avec 16 patients COVID, plus les besoins normaux, observe le Dr Marquis.

Un hôpital surchargé en zone rouge

La situation est d’autant plus inquiétante que la population de l’est de Montréal est particulièrement frappée par l’épidémie, en raison de nombreux facteurs. Le Dr Marquis évoque pêle-mêle sa population vieillissante, la situation socio-économique, la promiscuité, le taux d’utilisation des transports en commun, etc.

Dans l’est, la problématique qu’on a, c’est qu’on dessert à peu près un dixième de la population du Québec, mais on a plus qu’un dixième des hospitalisations et des cas [de COVID-19]. Donc ça touche encore une fois un peu plus durement l’est de Montréal que d’autres régions.

Dr François Marquis, chef du service des soins intensifs à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont
Un docteur, avec une jaquette protectrice jeune, parle à un patient, hors du cadre de la photo.

Le Dr François Marquis, lors d'un épisode de la cinquième saison de « De garde 24/7 ».

Photo : Télé-Québec / Groupe Avanti

Selon le Dr Marquis, le manque d'infirmières s’explique par une multitude de raisons, dont le retour aux horaires normaux à temps partiel, les départs à la retraite et le manque d'attractivité de l'hôpital.

Lors de la première vague, explique-t-il, toutes les infirmières qui travaillaient en grosse majorité à temps partiel en acceptant de faire des heures supplémentaires se sont mises à faire du temps plein.

Tout ça a disparu. Pour nous, c’est quasiment – je lance un chiffre comme ça – le tiers de nos effectifs qui sont disparus, pas parce que l’infirmière n’existe plus, mais parce qu’elle est retournée à son poste à temps partiel et ne donne plus de temps supplémentaire, explique-t-il.

L’autre chose, c’est qu’on avait complètement paralysé le système de santé lors de la première vague : toutes les infirmières qui travaillaient dans des secteurs autres que les soins intensifs ou l’urgence ou l’hospitalisation avaient quasiment été [récupérées] à s’occuper des patients atteints de COVID.

Là, le mandat du gouvernement, c’est que les secteurs doivent continuer à fonctionner. Donc, je ne peux pas par exemple délester la salle d’opération, qui a déjà des défis extraordinaires de gestion de personnel, pour leur prendre leur personnel. Je ne peux pas, ce n’est pas une option.

Dr François Marquis, chef du service des soins intensifs à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont

D’autres infirmières ont carrément abandonné le métier, et d’autres encore sont allées travailler en agence, sans compter toutes celles qui ont décidé d’aller travailler dans un autre hôpital en anticipant des conditions de travail plus agréables.

Il faut comprendre que Maisonneuve-Rosemont est quand même un hôpital qui tombe en ruine. […] Avec le tunnel qui risque d’être en réparation sous peu, on a beaucoup d’infirmières qui viennent de la Rive-Sud pour qui se rendre à l’hôpital est un défi de transport, ajoute-t-il.

Si on met toutes ces conditions ensemble et qu’on vous offre un poste sur la Rive-Sud dans un hôpital qui n’a pas l’air d’une ruine, c’est certain que c’est intéressant.

Ce n’est pas qu’on ne réussit pas à attirer des gens. On réussit à attirer des gens, on réussit à embaucher. Mais au net, il y a plus de gens qui quittent pour toutes sortes de raisons que ceux qui rentrent. Donc, on est en déficit perpétuel, même s’il y a beaucoup de recrutement qui se fait.

Dr François Marquis, chef du service des soins intensifs à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont

D'autres victimes collatérales de la maladie?

Selon le Dr Marquis, la situation actuelle fait craindre en outre que des personnes malades ne se présenteront plus aux urgences, ou s’y présenteront trop tard, comme cela s’est produit lors de la première vague. Il conteste d’ailleurs l’idée que ces gens ont été abandonnés au profit des patients atteints de la COVID.

On ne les a pas oubliés; ils se sont sauvés! Les chiffres commencent à [le] montrer. Avec la crainte de la COVID […], les gens restaient à la maison, soutient-il.

Ce qu’on a vu, c’est des gens qui se présentaient en urgence de façon extrêmement tardive, avec des maladies extrêmement avancées, des infarctus comme dans les années 80, quand les gens ne se présentaient pas à l’hôpital, des AVC [accident vasculaire cérébral] complétés, des infections extrêmement avancées qui rendaient pour nous le travail beaucoup plus difficile – parce que la maladie est plus avancée, il y a plus de complications.

Il y a probablement beaucoup de gens qui sont morts à la maison par peur de se présenter dans les hôpitaux. Ce phénomène de peur où on reste à la maison parce qu’on ne veut pas se présenter à l’urgence avait amené les urgences à être complètement désertées, quelque chose que je n’avais jamais vu.

On n’en est pas là, mais on a noté une diminution [de la fréquentation aux urgences]. Ça fait que ce phénomène-là est en train de se reproduire, souligne-t-il.

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