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Doug Ford a tort de refuser de fermer les restaurants, disent des experts

Il devrait y avoir des restrictions supplémentaires à Toronto, Ottawa et Peel, pense un virologue.

Des chaises installées sur des tables dans un restaurant fermé.

Toronto presse la province d'interdire le service à l'intérieur des restaurants pour freiner la propagation de la COVID-19.

Photo : Radio-Canada

Le premier ministre ontarien Doug Ford fait fausse route en refusant de fermer les salles à manger des restaurants, affirment plusieurs experts interrogés par Radio-Canada.

La chef de la santé publique à Toronto, la Dre Eileen de Villa, et le maire, John Tory, pressent la province de limiter les restaurants et les bars au service en terrasse et aux plats pour emporter, alors que la Ville fait face à une multiplication des cas de COVID-19.

M. Ford a toutefois rejeté leur requête lundi, soutenant qu'il n'y avait pas assez de preuves pour condamner ces établissements. J'ai besoin de voir des preuves avant de tuer le gagne-pain de quelqu'un, a-t-il affirmé.

La Dre de Villa avait pourtant fourni certaines données à la province en appui à sa requête. Ainsi, selon elle, 44 % des 45 éclosions communautaires à Toronto du 20 au 26 septembre étaient dans des restaurants, des bars ou autres endroits de divertissement.

Elle citait aussi dans sa lettre l'exemple de la région de Melbourne, en Australie, qui a réussi à freiner la propagation du coronavirus en reconfinant une partie de son économie.

Le Dr Isaac Bogoch, spécialiste des maladies infectieuses à l'Hôpital général de Toronto, donne raison à la Dre de Villa. Elle a les données et sait ce qui se passe sur le terrain, dit-il.

Le virologue Hughes Loemba de l'Hôpital Montfort d'Ottawa contredit lui aussi Doug Ford.

Il ne faut pas attendre que les choses soient complètement hors de contrôle avant d’agir. Il faut prendre des mesures proactives, et ne pas réagir seulement après les faits; il ne faut pas attendre que les hôpitaux soient débordés.

Hugues Loemba, clinicien-chercheur

Le Dr Loemba pense que la province devrait aussi fermer les salles à manger des restaurants d'autres zones chaudes, comme Ottawa et la région de Peel, mais pas dans l'ensemble de la province.

Mardi, des 548 nouvelles infections recensées en Ontario, Toronto comptait 201 cas, la région de Peel, 90 et Ottawa, 62.

Les restaurants sont-ils propices aux infections?

Le Dr Loemba dit que plusieurs rapports épidémiologiques un peu partout dans le monde font état d'éclosions dans les restaurants.

Un des premiers rapports venait de Chine et faisant état de ce qui se s’était passé dans un restaurant à Guangzhou, en janvier, raconte-t-il. Il s’agissait d’un patient infecté qui n’était pas encore symptomatique et qui avait transmis le virus à cinq autres personnes, alors qu’il mangeait dans ce restaurant à une distance beaucoup plus grande que 2 ou 3 mètres. Certains chercheurs examinant ce cas avaient noté que la ventilation était mauvaise. Ils avaient émis l’hypothèse que le virus pourrait se propager sous forme d’aérosol provenant de la respiration ou de la parole du patient et il s’accumulait dans l’air au fil du temps, tandis que le fort flux d’air d’une unité de climatisation aidait à faire recirculer les particules.

Il ajoute que les salles à manger des restaurants posent des défis particuliers à cause de leur aménagement, de la ventilation et du comportement des gens. Les comportements potentiellement à risque comprennent les conversations bruyantes, le fait de ne pas porter de masque et de boire de l'alcool, ce qui peut rendre les gens moins conscients des risques, selon lui.

Le premier ministre Ford a soutenu que les restaurateurs avaient installé des barrières en plexiglas et avaient réduit le nombre de tables pour respecter l'écart sanitaire. La province a aussi réduit récemment le nombre maximum de clients par établissement, en plus d'interdire la vente d'alcool après 23 h.

Ça ne suffit pas, selon le professeur Colin Furness de l'École de santé publique Dalla Lana de l'Université de Toronto.

Je suis plus que consterné par l’incompétence de l'Ontario face à la deuxième vague.

Colin Furness, professeur à l'Université de Toronto

Selon lui, il est souvent difficile d'établir un lien épidémiologique entre un restaurant ou un bar et un cas de COVID-19, parce que la personne infectée peut avoir contracté le virus d'un autre client qui était asymptomatique.

Il ajoute que les serveurs et non pas les clients sont ceux qui sont le plus à risque. Ils font face à des centaines de personnes ne portant pas de masque pendant plusieurs heures dans un espace fermé, explique-t-il.

Or, l'Ontario ne peut pas avoir de données sur le taux d'infection des serveurs, note-t-il, parce que la province n'a jamais fait de dépistage proactif auprès de ces travailleurs.

La position de M. Ford n'a pas de sens, dit-il. Il ne comprend pas ce qu'est une maladie infectieuse, alors il ne comprendrait pas plus même si on lui fournissait plus de données.

Le maire d'Ottawa contre la fermeture des restaurants

Le maire d'Ottawa, Jim Watson, s'oppose à la fermeture des salles à manger des restaurants.

En entrevue à l'émission Power and Politics de CBC mardi, il a affirmé qu'il était « satisfait » des restrictions actuelles et a assuré que les inspecteurs municipaux pourraient intervenir au besoin auprès des établissements contrevenants.

La vaste majorité des restaurants et des bars suivent les règles, a-t-il dit.

Pour sa part, l'ancien ministre libéral de la Santé, le Dr Eric Hoskins, pense que le risque d'infection n'est pas lié aux restaurants et aux bars eux-mêmes, mais au comportement des gens dans ces établissements. Selon lui, il n'y a pas lieu d'adopter des restrictions supplémentaires pour l'instant.

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