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Le Nobel de chimie décerné à une Française et à une Américaine

Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna devant une représentation de l'ADN.

Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna remportent conjointement le Nobel de chimie pour leurs travaux sur les ciseaux moléculaires CRISPR/Cas9.

Photo : Reuters / Eloy Alonso

Agence France-Presse

C'est la première fois qu'un duo 100 % féminin remporte un Nobel scientifique : le prix de chimie a été attribué mercredi à la Française Emmanuelle Charpentier et à l'Américaine Jennifer Doudna, deux généticiennes qui ont mis au point des « ciseaux moléculaires » capables de modifier les gènes humains, une percée révolutionnaire.

Cette récompense leur est décernée pour la mise au point d'une méthode d'édition des gènes avec un outil pour réécrire le code de la vie, a souligné le jury à Stockholm en annonçant la récompense.

La Française, 51 ans, et l'Américaine, 56 ans, deviennent les sixième et septième femmes à remporter un Nobel de chimie depuis 1901.

C'est aussi seulement la quatrième fois qu'un prix scientifique est 100 % féminin, après la Franco-Polonaise Marie Curie et la Britannique Dorothy Crowfoot Hodgkin, qui ont obtenu le prix de chimie seules respectivement en 1911 et en 1964 – et l'Américaine Barbara McClintock pour la médecine en 1983.

Les femmes scientifiques peuvent aussi avoir un impact pour la recherche qu'elles mènent, a réagi Emmanuelle Charpentier peu après la remise du prix. Celle qui a notamment reçu un diplôme honorifique de l'Université McGill, à Montréal, en juin 2019, a dit espérer envoyer un message très fort aux jeunes filles pour des carrières scientifiques.

En juin 2012, les deux généticiennes et des collègues décrivent dans la revue Science un nouvel outil capable de simplifier la modification du génome. Le mécanisme s'appelle CRISPR/Cas9 et est surnommé ciseaux moléculaires.

Si la thérapie génique consiste à insérer un gène normal dans les cellules qui ont un gène défaillant, comme un cheval de Troie, afin qu'il fasse le travail que ce mauvais gène ne fait pas, CRISPR va plus loin : au lieu d'ajouter un gène nouveau, l'outil modifie un gène existant.

Il est facile d'emploi, peu coûteux, et permet aux scientifiques d'aller couper l'ADN exactement là où ils le veulent, pour par exemple créer ou corriger une mutation génétique et soigner des maladies rares.

La découverte, quoique récente, était citée depuis plusieurs années comme nobélisable et figurait parmi les favoris cette année. Mais elle fait aussi l'objet de disputes de brevets, notamment avec le chercheur américain d'origine chinoise Feng Zhang, ce qui poussait certains à penser que la récompense attendrait.

Les deux chercheuses ont déjà été couvertes de distinctions : le Breakthrough Prize (2015), le prix scientifique de la Princesse des Asturies (2015) ou encore le prix Kavli pour les nanosciences en Norvège (2018).

Selon William Kaelin, Prix Nobel de médecine l'an dernier, la modification génétique par CRISPR est de loin en tête des découvertes de la décennie en médecine. Les deux chercheuses étaient également citées pour remporter un Nobel de médecine.

Si les Nobel récompensent souvent des découvertes vieilles de plusieurs décennies, les ciseaux moléculaires sont considérés comme l'une des grandes avancées scientifiques des dix dernières années.

Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna doublent ainsi une ribambelle de septuagénaires et d'octogénaires, dans un prix qui ne peut par principe être posthume.

La semaine des Nobel se poursuit

Le prix de chimie 2019 avait récompensé un trio : l'Américain John Goodenough – sacré à 97 ans, un record – le Britannique Stanley Whittingham et le Japonais Akira Yoshino, pour l'invention des batteries au lithium-ion, aujourd'hui présentes dans de nombreuses technologies du quotidien.

Sept femmes seulement ont remporté le Nobel de chimie depuis 1901, pour 183 hommes : Marie Curie (1911), sa fille Irène Joliot-Curie (1935), Dorothy Crowfoot Hodgkin (1964), Ada Yonath (2009) et Frances Arnold (2018), en plus des gagnantes de cette année.

La médecine a ouvert le bal des Nobel 2020, lundi, avec le sacre des Américains Harvey Alter et Charles Rice, aux côtés du Britannique Michael Houghton, pour leur rôle dans la découverte du virus responsable de l'hépatite C.

Le prix de physique a sacré mardi le Britannique Roger Penrose, l'Allemand Reinhard Genzel et l'Américaine Andrea Ghez, trois pionniers de la recherche spatiale sur les trous noirs.

Le prix de littérature, événement le plus attendu du grand public avec la paix le vendredi à Oslo, sera lui annoncé jeudi par l'Académie suédoise.

Les critiques interrogés par l'AFP ont évoqué une quinzaine de nobélisables, avec des profils allant de l'Américano-Caribéenne Jamaïca Kincaid à l'Albanais Ismaïl Kadaré en passant par la Canadienne Anne Carson ou le Français Michel Houellebecq.

Quant à la paix, le prix est particulièrement ouvert cette année, mais les experts penchent plutôt pour la liberté de la presse ou pour Greta Thunberg et les jeunes engagés pour le climat.

Le prix d'économie, de création plus récente, clôturera la saison lundi.

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