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Le logement abordable en Colombie-Britannique : la motivation pour rester ou partir

Des appartements vus de l'extérieur dans des tours de logements à Vancouver.

Le taux d'inoccupation à Victoria et à Vancouver demeure le plus bas au pays en 2019, selon la Société canadienne d'hypothèques et de logement. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Christer Waara

La hausse vertigineuse du prix des propriétés et des loyers en Colombie-Britannique agit comme un étau sur les ménages. En temps de pandémie, ce resserrement a été tellement accentué que beaucoup de locataires se demandent s’il est viable de rester dans le Grand Vancouver à long terme.

Amoureux de voyages, Anthony et Lydie Wauters sont venus s’installer à Vancouver en novembre 2019. Le couple français travaille dans l’industrie du cinéma, et Vancouver était le choix tout indiqué pour y poursuivre une carrière.

Vancouver, c’est l’eldorado pour le cinéma. Son surnom, c’est Hollywood Nord. C’est vrai qu’on travaille bien dans l’industrie du film. On ne pouvait pas espérer mieux. C’était un rêve qui s’est réalisé, raconte le couple de jeunes mariés.

Anthony et Lydie côte à côte dans un salon

Anthony et Lydie Wauters doivent redoubler d'efforts pour trouver un logement dans un marché locatif coûteux en temps de pandémie.

Photo : Radio-Canada / Paul Préfontaine

Dès leur arrivée à Vancouver, ils ont choisi de vivre en colocation afin d’épargner en vue de l’achat d’une propriété.

Alors qu'ils louaient d’abord une chambre spacieuse, le propriétaire leur a demandé de vivre dans une autre chambre de la propriété le temps que des rénovations soient réalisées. La relation avec le propriétaire s’est dégradée au cours des récents mois, puis au début du mois d’octobre, Anthony et Lydie ont reçu un avis d’éviction.

Même s’ils comptent contester l’avis d’éviction, ils se sont mis à la recherche d’un nouveau logement au cas où la situation se détériorait.

C'est très stressant. Je me dis : Qu'est-ce qu'on va faire? On va se retrouver dehors.

Une citation de :Lydie Wauters, locataire

Le couple appréhende la recherche. À Vancouver, c'est pas évident de trouver un logement, particulièrement quand on est deux personnes avec un chat, expliquent Anthony et Lydie, qui sont à la recherche d'un studio ou d'un logement d’une chambre.

On a essayé de voir [pour des logements] jusqu’à 1300 $, et il n’y a pas beaucoup d’offres. C’est au-delà de 1300 $, constate Lydie.

Son mari ajoute qu’en moyenne les loyers oscillent entre 1500 $ et 1800 $ pour un appartement d’une chambre. Afin de trouver un logement à prix plus modique, le couple a commencé à chercher en périphérie de Vancouver, notamment à Burnaby et à New Westminster.

Des loyers à la hausse, bon an mal an

En 2019, le loyer moyen dans le Grand Vancouver était de près de 1469 $, une augmentation de 4,7 % par rapport à 2018, selon les données de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL).

Durant la même période, le taux d’inoccupation demeurait sensiblement inchangé, pour s’établir à 1,1 % dans le Grand Vancouver, ou 1 % à Victoria.

L’offre est rare, et la demande est si forte qu’elle pousse les loyers à la hausse. Par exemple, les locataires qui décident de déménager devront payer un loyer 20,8 % plus élevé que ceux qui vivent dans un logement depuis longtemps.

Depuis l’avènement de la taxe sur la spéculation immobilière et de la taxe sur les propriétés inoccupées, 11 118 copropriétés sont entrées dans le marché locatif du Grand Vancouver en 2019. Un bond de 18,9 % en un an. À Vancouver, une majorité de ces copropriétés sont situées au centre-ville.

La panacée : construire plus

Tom Davidoff, un économiste spécialisé dans le marché de l'immobilier, croit que la taxe sur la spéculation immobilière et la taxe sur l’inoccupation ont permis de rendre le marché plus abordable que si aucune mesure n'avait été mise en place.

En matière de taxes, on a fait du progrès.

Une citation de :Tom Davidoff, économiste

Mais ce n’est pas une cure : nous avons besoin de plus de logements, estime le professeur associé à la Sauder School of Business de l'UBC.

En matière de zonage, ce sont les municipalités qui décident où il y aura des quartiers à forte densité ou à faible densité. Pourquoi une banlieue déciderait de permettre la construction d’appartements densifiant les quartiers. Ça requiert plus de services de sécurité publique, plus de services municipaux, et ils paient moins d’impôts fonciers parce que les logements sont plus petits, explique-t-il.

Tom Davidoff suggère que la province force les municipalités à construire un certain nombre d’appartements chaque année. Si elles refusent, la province pourrait leur retirer le pouvoir de zonage pour un certain temps.

Selon lui, plusieurs autres avenues sont possibles, mais peu populaires.

Des dizaines de tours résidentielles sont au bord de l'eau dans le quartier Coal Harbour à Vancouver.

Des immeubles résidentiels dans le quartier Coal Harbour de Vancouver

Photo : Radio-Canada / Philippe Moulier

Ça pourrait être efficace et aider les locataires d’augmenter les impôts fonciers au plan provincial et de supprimer la taxe de vente provinciale, propose celui qui y voit un avantage pour les locataires qui paieront moins sur leurs biens de consommation. Ça créerait un stimulus pour l’économie. Par contre, ça ferait mal aux propriétaires, et c’est sans doute politiquement pas faisable.

Il propose également que le gouvernement puisse devenir propriétaires de logement. En temps normal, à titre d’économiste, je froncerais des sourcils en pensant que le gouvernement pourrait détenir des logements [...] Cependant, les taux d’intérêt sont extrêmement bas en ce moment. Le gouvernement peut emprunter pour une très longue période à un taux d’intérêt très bas, indique-t-il, ajoutant qu’un retour sur investissement pour les contribuables est possible

Retarder l’inévitable

Anthony et Lydie Wauters sont devant une impasse. Ils se demandent combien de temps ils vont encore rester à Vancouver dans ce contexte immobilier. Si trouver un logement abordable est compliqué, l’achat d’une propriété est encore une tout autre paire de manches.

Comme beaucoup de couples, on rêve d'avoir un enfant, de le voir grandir dans une maison. Mais acheter une maison ici, ce n'est pas possible, on a abandonné l'idée.

Une citation de :Lydie et Anthony Wauters, locataires

La désillusion a maintenant frappé les jeunes mariés. Malheureusement, cette ville est magnifique, mais le logement, ça gâche vraiment tout, et c’est pour ça qu’on a décidé d’aller du côté de Montréal à plus long terme, se désole Lydie.

On ne fait que reporter l’inévitable en restant là, conclut le couple, qui entrevoit un avenir plus épanoui au Québec, où le coût du logement est plus abordable.

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